Pierluigi Collina
Pierluigi Collina
FootballQue Deviennent-ils ?

L’arbitrage selon Monsieur Collina

Si le football manque parfois cruellement de reconnaissance envers les arbitres, il n’a pas oublié Pierluigi Collina. Dans les années 1990 et 2000, l’Italien régnait en maître sur le rectangle vert et volait parfois la vedette aux joueurs. Un style, un physique et des performances qui font de lui le meilleur arbitre de l’histoire du football.

 

Pierluigi Collina (59 ans) n’est pas un arbitre comme les autres. Généralement, après un match, nous ne sommes même pas censés retenir le nom de l’homme au sifflet. Mais l’Italien ne passait pas inaperçu. Pendant près de 15 saisons, de 1991 à 2005, le natif de Bologne en Italie se construit la réputation du meilleur arbitre du monde, dirigeant les plus grandes affiches nationales (en Serie A), continentales et internationales. Il est élu six fois consécutivement meilleur arbitre du monde de 1998 à 2003. Mais il n’obtient pas ces récompenses que par ses quelques coups de sifflet durant les matchs. L’homme captive. Son physique, grand, le crâne chauve et les yeux perçants, impressionne les joueurs. Une apparence menaçante mêlée à une autorité immédiate et naturelle et à ses décisions très rarement erronées font de lui quelqu’un d’unanimement respecté et écouté. Un arbitre unique.

 

Une ascension rapide jusqu’aux sommets du football mondial

Collina naît à Bologne en 1959. Il se rêve comme beaucoup footballeur, il joue enfant en défense centrale mais son talent balle au pied n’est pas aussi flagrant que sifflet à la bouche. Il s’inscrit à peine majeur à une formation arbitrale dans sa ville et parvient rapidement à officier au plus haut niveau amateur. A peine dix ans après ses débuts d’arbitre, il est promu en troisième division italienne, et trois ans plus tard, au niveau professionnel (Serie A et B). Ses performances ne rendent déjà personne indifférent, et en 1995, à 36 ans, Pierluigi Collina devient arbitre FIFA, le grade le plus prestigieux. Il le détiendra jusqu’en 2005.

Pierluigi Collina en 2002
Pierluigi Collina en 2002

C’est pendant cette période qu’il bâtit son palmarès d’arbitre. Tout d’abord aux Jeux Olympiques de 1996, sa première compétition internationale, où il dirigera la finale. Ensuite, de nombreux matchs de Ligue des Champions, dont la mémorable finale en 1999, remporté dans le temps additionnel par Manchester United aux dépens du Bayern Munich. En 2002, c’est lui qui arbitre la finale de la Coupe du Monde entre le Brésil et l’Allemagne, scellée par un doublé de Ronaldo, dont le maillot sera récupéré par Collina. Ajoutez à cela la finale de la Coupe de l’UEFA  2004 où il expulse Barthez, et l’Euro de la même année, sa dernière compétition internationale. Les plus grands matchs sont pour lui.

Collina sort le rouge face à Barthez en finale de Coupe de l'UEFA 2004
Collina sort le rouge face à Barthez en finale de Coupe de l’UEFA 2004

 

Un caractère bien trempé

Si son nom est resté dans les esprits, c’est surtout grâce à ses attitudes durant ces matchs prestigieux. Il ne se laisse jamais impressionner ou dominer par les joueurs qui peuvent pourtant être très virulent : « Pas facile de m’intimider », dit-il dans une interview pour l’UEFA en 2012.  Dans son championnat, la Serie A, il n’était pas rare au début que les rugueux défenseurs italiens viennent protester au front de Pierluigi Collina. Il y répondait de la même façon, les regardant droit dans les yeux et en hurlant plus fort qu’eux. A l’Euro 2000, il intervient physiquement pour séparer un Tchèque et un Hollandais, mettant alors rapidement un terme à l’altercation, les joueurs mis en cause étant tellement surpris de ce genre de comportement de la part d’un arbitre.

Ce physique impressionnant lui est atypique. Du haut de son mètre 90, il est aisément reconnaissable par son grand crâne chauve et ses yeux exorbités. Pourtant, cela n’a pas toujours été un avantage. Cette apparence est due à une maladie qu’il a contractée très rapidement au début de sa carrière, lorsqu’il officiait en Italie. Il perd en 10 jours ses cheveux et doit alors convaincre qu’il peut tout de même arbitrer, ses supérieurs pensant que cela pouvait influer sur sa capacité à tenir un match. Une prétendue faiblesse qui est devenue pour lui une force.

Collina recadre Thomas Repka

 

Arbitre populaire et médiatique

Le sens du dialogue et la proximité qu’il a avec les footballeurs, pas commune pour un arbitre, est aussi une de ces qualités. Comme si les joueurs appréciaient enfin quelqu’un capable de leur tenir tête. Au cours de sa carrière, on ne retient pas vraiment d’erreurs d’arbitrages flagrantes ayant changé le cours d’un match. L’honnêteté et le respect est son credo. Lors de la fameuse finale de Ligue des Champions 1999, on le voit tenter de relever et réconforter des Munichois abattus après le deuxième but décisif de Solksjaer pour Manchester United. Il a une certaine intimité avec les grandes stars du football, comme avec son joueur préféré, David Beckham. Quand le scandale des matchs truqués dans le Calcio a éclaté en 2006, le sulfureux dirigeant de la Juventus mis en cause a déclaré que Collina demeurerait incorruptible et trop objectif, ce qui est finalement la plus grande qualité d’un arbitre.

Pierluigi Collina et David Beckham
Pierluigi Collina et David Beckham

Sa popularité devient médiatique, et sa fin de carrière est marquée par cette notoriété. Se voyant offrir un contrat de publicité pour la marque automobile OPEL, par ailleurs sponsor de l’AC Milan, il se brouille avec la fédération italienne et présente alors sa démission. Cette dernière avait pourtant rallongé d’un an la limite d’âge pour les arbitres, passant de 45 à 46 ans, l’âge d’alors de Collina, pour lui permettre d’officier une saison de plus dans le Calcio. Il n’a cependant pas totalement quitté le monde du football, car il était encore jusqu’à 2018 à la tête de l’arbitrage à l’UEFA. Une manière pour l’institution de profiter encore de ses précieuses expertises et pour nous, d’encore espérer que l’arbitrage à la Collina n’est pas mort.

Benjamin Claude

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