Football

Bayern-RBL : Un match tactique, de l’intensité… mais pas de buts

Un duel âpre entre Kimmich et Sabitzer, symbole du coude-à-coude au classement entre le Bayern et le RBL.

Ce fut dur et ce fut long, mais le RasenBallsport Leipzig a fait le job en ramenant un point de son déplacement en Bavière. Quant aux Munichois, ils peuvent avoir des regrets du fait de leur outrageuse domination en première période. Malgré l’absence de buts, ce match choc de la Bundesliga aura globalement tenu ses promesses de par sa haute intensité et son niveau tactique.

Les enjeux d’une confrontation-clé

Un match entre un dauphin et un leader, reste toujours un événement. Mais lorsque le deuxième peut passer devant le premier, en cas de succès, l’affiche est tout de suite plus belle. Car avant la rencontre, seulement un point sépare le Bayern Munich et le RB Leipzig. Côté munichois, l’objectif est donc de creuser l’écart avec l’adversaire du jour mais aussi avec Dortmund, défait à Leverkusen samedi. 

Au niveau de la dynamique, celle-ci est clairement à l’avantage des munichois qui restent sur 6 victoires d’affilées en championnat. A l’inverse, Leipzig est en perte de vitesse avec trois matchs sans victoires, dont deux défaites à Francfort et un nul arraché in-extremis contre M’gladbach. 

Le classement de la Bundesliga, après 20 journées.

Outre l’état de forme, les oppositions entre Munich et Leipzig ont toujours un aspect symbolique. C’est le club historique et traditionnel allemand contre le nouveau venu, né en 2009. L’affrontement entre le club détenu par ses supporters et l’équipe créée de toute pièce par le groupe RedBull. Et enfin la confrontation entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est.

Une 1ère mi-temps dominée par les Munichois

Pour attaquer ce match, le Bayern est organisé autour de l’habituel 4-2-3-1 d’Hansi Flick, le onze munichois est donc sans surprise. Concernant le RBL, Julian Nagelsmann a décidé d’aligner une défense à trois avec un schéma en 3-4-3.

Deux schémas de jeu classiques, laissant entrevoir une belle opposition de style entre la possession munichoise et la transition saxonne.

Dès les premières minutes du match, une tendance nette s’installe. Le Bayern semble largement au-dessus techniquement et physiquement, les Munichois en profitent donc pour occuper la moitié de terrain adverse. 

Cette image, illustre le plan de jeu en attaque des joueurs du Bayern, avec le double pivot Kimmich-Thiago. Les latéraux Davies et Pavard occupent chacun les côtés, de par leur positionnement haut. Enfin, une priorité est donnée à l’axe avec la concentration de 4 joueurs : Lewandowski, Gnabry, Muller, Goretzka. 
L’idée étant de favoriser les 1 contre 1 sur les ailes, en mettant de la densité dans l’axe afin de permettre des centres devant le but.

Nettement dominateur, le Bayern peut dérouler son plan de jeu. Le bloc est haut, le pressing est intense (8,74 à l’indice PPDA contre 20,05 pour le RBL) et les rouges sont largement présents à la récupération des seconds ballons. Cette stabilité défensive permet aux Munichois de développer leurs circuits de balles. Avec 3 joueurs capables d’évoluer comme premier relanceur (Alaba, Kimmich et Thiago), multipliant les passes intéressantes vers les ailes sur les latéraux et dans l’axe en profitant des excellents décrochages de Muller ou de Lewandowski ou encore dans les demi-espaces avec les dézonages et les projections de Goreztka et de Gnabry.

Ici, le décrochage de Lewandowski dans le coeur du jeu, ouvre la voie aux projections de Muller, Gnabry et Thiago. Trois options de passe s’offrent au Polonais : jouer entre les lignes avec Thiago ou lancer dans la profondeur Gnabry ou Muller. Cette image, montre la diversité dans le jeu offensif du Bayern, avec un numéro 9 capable de décrocher, des ailiers qui se projettent dans les demi-espaces et un relayeur évoluant entre les lignes.

Résultat, au bout d’un quart d’heure le Bayern pointe à 75% de possession (69% sur l’ensemble de la rencontre). Au coeur de cette domination, la multiplication de centres via les latéraux Pavard et Davies qui prennent largement le dessus sur Angelino et Adams. Le symbole de cette situation étant l’énorme occasion munichoise à la 39 ème minute. Pavard réalise une superbe passe en prenant appui sur un décrochage de Lewandowski, ce dernier lance Muller qui dézone côté droit. L’Allemand centre au second poteau pour son compère polonais, mais la tête de ce dernier est sauvé sur la ligne par Upamecano.
Toutefois, malgré cette large domination du Bayern, le score reste vierge. En cause, un manque de réalisme dans la dernière passe ou dans le dernier tir (11′ Muller, 25′ Lewandowski, 37′ Gnabry), mais aussi en raison d’une belle parade de Gulasci à la quatrième minute sur une frappe à 25 mètres de Thiago.

Dans le jeu, Leipzig apparaît donc comme le grand perdant, en dépit d’un score de parité à la mi-temps. Largement inférieur, le bloc du RBL a passé les 45 premières minutes autour de sa surface.

La heatmap, montre très bien la capacité du Bayern (à gauche) à occuper le camp adverse, tout le contraire de Leipzig (à droite) qui s’est recroquevillé dans sa moitié de terrain.

En première mi-temps, le plan de jeu de Julian Nagelsmann a complètement loupé le coche. Le fait d’avoir dégarni les ailes au profit de l’axe (trois centraux et deux récupérateurs) a ouvert la voie a une profusion de centres et de corners (7 pour le Bayern en première mi-temps) munichois. Le manque de complémentarité défensive dans le couloir gauche entre Werner, complètement inapte aux replis défensifs et la recrue Angelino livré à lui-même et en grande difficulté face aux montées de Pavard illustre les problèmes du RBL. Rajoutez-y un contre-pressing inefficace (20,05 à l’indice PPDA d’Understat contre un 10,71 en moyenne) et des échecs répétés dans les duels (41% de duels remportés en première mi-temps), puis un déchet technique considérable (63% de passes réussies) et vous obtiendrez tous les ingrédients pour un désastre footballistique. Mais en terme de manque de réalisme suicidaire, le Bayern d’Hansi Flick n’est pas à son premier coup d’essai.

Offensivement, Leipzig n’a presque pas été dangereux (seulement 2 tirs non cadrés en première mi-temps). Avec une seule action construite entre Nkunku et Sabitzer à la 24′ mais Werner a très mal conclu l’occasion. Au final un 0-0 très chanceux pour Leipzig mais qui représente si bien les problèmes du Bayern devant le but, symbole de la Lewandowski-dépendance.


Un rééquilibrage au profit de Leipzig

Le retour des vestiaires, laisse entrevoir une toute autre rencontre. Dès l’engagement, le RBL se projète rapidement et réussit enfin une transition. Mais, malheureusement pour les saxons la percée d’Adams sur l’aile droite ne débouche que sur un gros raté de Sabitzer seul face à Neuer au point de penalty. Cependant, le ton est donné pour cette seconde mi-temps, Leipzig se remet à l’endroit. Car Nagelsmann a rectifié les défauts de sa tactique. Désormais les prises à deux sur Pavard et Davies sont obligatoires. Werner commence enfin à défendre et Laimer parcourt tout le terrain pour compenser les déplacements de ses coéquipiers et pour récupérer les ballons (3 interceptions, 5 tacles et 7 duels remportés). Leipzig défend aussi plus haut, en respectant toujours ses principes de marquage en zone.

L’illustration du marquage en zone du RBL, une première ligne de 3 joueurs (Nkunku-Olmo-Werner) qui couvrent les lignes de passes de Neuer. En rouge toutes les solutions de passes courtes sont coupées par le positionnement des blancs. Une deuxième ligne de trois joueurs bloque les couloirs (Adams-Angelino). La seule dérogation au marquage de zone imposé ici, est la prise en charge individuelle de Thiago par Sabitzer. Le but étant d’empêcher le métronome espagnol de dicter le jeu munichois.

Les ballons sont également plus disputés, puisque sur la seconde mi-temps Leipzig passe à 55% de duels gagnés. Le bloc est donc plus compact et plus agressif, de quoi bloquer le jeu de possession léché du Bayern. Offensivement le RBL, passe la deuxième vitesse en développant ses habituelles transitions dévastatrices (7 frappes tentées après la mi-temps).

Cette action à la 62 ème représente l’occasion la plus nette du match pour le RBL. Laimer récupère le ballon devant sa surface il lance dans la profondeur Nkunku et élimine d’une passe tout le bloc bavarois. L’ex-parisien centre et offre un véritable caviar à Werner, qui rate complètement sa frappe. Cette situation, est l’exemple type du plan de jeu saxon, se projeter vite et atteindre la surface en quelques passes pour profiter de la vitesse et la projection des attaquants.

Dans cette deuxième mi-temps le Bayern est beaucoup moins dangereux, l’équipe ne trouvant pas la réponse face aux modifications tactiques de Nagelsmann. Pire elle a semblé plongée physiquement, apparaissant incapable de lutter face au regain de forme du RBL. Il en résulte une possession plus stérile, seulement 4 frappes tentées en seconde mi-temps. Les seuls circuits de balles fonctionnant reposent alors sur la complémentarité Muller-Lewandowski (à l’origine du penalty, finalement annulé par la VAR) ou sur les passes verticales de Kimmich ou Thiago.

Cette passe verticale de Thiago, élimine 6 joueurs et permet à Lewandowski de combiner avec Goretzka. Ce mouvement aboutit à l’occasion la plus nette de la mi-temps pour le Bayern avec un magnifique arrêt de Gulasci. Elle montre aussi le manque de créativité munichoise, trop dépendant de certains joueurs.

La fin de match se rapprochant, le bloc de Leipzig commence à reculer dans sa moitié de terrain. Et face au manque de créativité de son équipe, Flick décide de lancer Coman (84′), en remplacement de Goretzka, mais le changement intervient trop tard. Malgré une action toute en percussion et en dribbles à la 92′, qui représente l’ensemble des manques munichois en deuxième mi-temps.

Au final, le match nul est logique. Le Bayern a dominé en première mi-temps mais a manqué de réalisme. Au retour des vestiaires, Leipzig a corrigé ses manques et a bien résisté face à une équipe munichoise beaucoup moins inspirée.

Les Tops

Upamecano fut impérial dimanche soir.

Dayot Upamecano, 8/10 : Titulaire indiscutable sous Nagelsmann, il n’a pas déçu en étant impérial tout au long du match. Solide dans les duels ( 6/9 remportés) et rugueux sur l’homme (2 tacles). Il sauve sur la ligne une tête de Lewandowski à la 39′. Le taulier de la défense du RBL.

Konrad Laimer, 7.5/10 : Très présent dans l’entre-jeu, il n’a pas ménagé ses efforts pour compenser les espaces, récupérer les ballons et relancer proprement. A l’origine de la plus grosse occasion de Leipzig à la 62′. Un match excellent, il est un des grands artisans du bon match nul obtenu par son équipe.

Thiago, 7/10 : Un match complet pour le milieu espagnol, propre techniquement (87% de passes réussies), juste dans son jeu vers l’avant (1 passe-clé) et une grosse présence dans le coeur du jeu (9 duels remportés sur 14). Au départ de l’énorme occasion de Goretzka à la 79′.

Les Flops

Le remplacement de Boateng par Lucas, symbole d’un changement de cycle.

Serge Gnabry, 4/10 : De la volonté et de l’envie en première mi-temps. Mais une présence globalement insuffisante et une influence trop faible sur le jeu de son équipe ( 2 tirs pour 0 cadrés, 2 centres pour 0 réussis, 0 passe-clé). Remplacé par un Coutinho bien modeste à la 69′.

Jérôme Boateng 3,5/10 : Titulaire du fait des absences de Lucas et Süle, Boateng est complètement hors du coup. Si la première mi-temps fut correcte, la seconde a été catastrophique. Remplacé par Lucas à la 67′, dont le retour fera le plus grand bien à la défense bavaroise.

Dani Olmo 3/10 : C’est un crack, quiconque l’ayant observé à l’Euro espoirs en 2019, ne peut le nier. Mais Olmo n’a pas réussi à faire parler son talent, de grosses difficultés à s’intégrer dans l’animation et le tempo de son équipe. Là encore, Nagelsmann ne s’est pas trompé en le remplaçant par Schick à la 69′.

Les enseignements

Dayot Upamecano au duel avec Leon Goretzka.

On peut tirer de ce match un bilan mitigé, chaque équipe ayant eu son moment. Pour les points positifs, on peut retenir la diversité offensive proposée par Munich en première mi-temps, ainsi que la belle réaction tactique et physique de Leipzig lors de la seconde période. Au niveau du classement, le Bayern demeure leader et Leipzig reste au contact tout en stoppant sa spirale négative. Cependant, la lutte pour le titre demeure indécise. On pourrait presque se dire pour résumer ce match « tout ça pour ça » ?

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