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Cette saison, Lille va-t-il mordre à nouveau ?

Au bord du désastre financier et sportif l’année dernière, le LOSC s’est magnifiquement rattrapé cette année : deuxième de la Ligue 1 Conforama, un jeu attrayant basé sur la vitesse et la percussion, une bonne grosse claque infligée au PSG et une très belle qualification en Ligue des Champions. Le tout, en révélant de nombreux jeunes. Le problème, c’est qu’une équipe comme Lille doit vendre ses meilleurs joueurs, qui attirent nombre de convoitises, et donc presque repartir sur des bases entièrement neuves. On peut alors légitimement se demander quel sera le visage des Dogues la saison prochaine. Tentative de réponse…

Une saison 2018/2019 remarquable

Si peu de monde misait sur une telle saison du LOSC, c’est probablement parce que l’on était nombreux à les voir descendre l’année dernière. En 2017/2018, ce fût un véritable cauchemar : le couac Marcelo Bielsa dès une deuxième journée lunaire perdue face au Racing Club de Strasbourg – De Préville est passé gardien après l’expulsion de Mike Maignan, ndlr –, un effectif trop jeune et peu aguerri aux batailles de tranchées requises pour se maintenir et un fond de jeu inexistant. L’arrivée de Christophe Galtier a permis un sauvetage express alors que le paquebot lillois se dirigeait dangereusement vers l’iceberg de la Dominos Ligue 2.

Dès lors, humilité et travail étaient les maître-mots de cette saison 2018/2019. Tout d’abord, pour rentrer dans les clous de la DNCG – l’arbitre financier du foot français, ndlr –, il a fallu dégraisser : pas moins de neuf départs. Dans le même temps cependant, le recrutement a été une réussite : des joueurs d’expérience comme Jose Fonte, champion d’Europe 2016 avec le Portugal, mais aussi des jeunes prometteurs, comme Leão, Bamba ou Ikoné.

La fameuse BIP : Bamba/Ikoné/Pépé. Crédit photo : AFP

Dans un 4231 rigoureux, les hommes de Christophe Galtier ont su trouver un équilibre entre une solide assise défensive et une attaque supersonique, avec sa fameuse BIP – Bamba, Ikoné, Pépé. L’OM et Saint-Etienne sont vite dévorés par des Dogues morts de faim, qui s’installent rapidement à une deuxième place qu’ils ne quitteront presque plus. Enfin, ils terminent leur saison en beauté en éparpillant le PSG façon puzzle à domicile, cinq buts à un. Le tout pour finir tranquillement deuxième du championnat. Pas mal du tout, pour un club si proche du précipice une saison auparavant.

Une politique de plus-value à objectif double : performance immédiate et pari financier sur l’avenir

Néanmoins, les choses évoluent cette saison. En effet, dans un club comme Lille, la politique menée est celle de la plus-value. Dès lors, l’acquisition d’un contrat de joueur présente un double enjeu : c’est une opération de recrutement de talent qui répond à une logique sportive d’amélioration des performances de l’équipe. Les joueurs fonctionnent tels des actifs amortissables comme tels sur la durée de leurs contrats. Grâce à leurs talents sportifs, ils sont directement ou indirectement pourvoyeurs de revenus multiples pour leur club, tels que des indemnités de mutation considérables en cas de revente avant terme des joueurs, de droits télévisuels nationaux et internationaux, de recettes de sponsoring, de publicité et de produits dérivés ou de vente de billets au stade.

La manière dont se gère ce capital joueur est alors intimement liée à la gestion du capital de la marque club. Cette situation tranche avec la majorité des biens et services de grande consommation étudiés en marketing pour lesquels les employés ne sont pas forcément vus comme des investissements et ne sont pas autant en lien direct avec la gestion de la marque et des clients.

Lille, un club qui doit faire avec l’incertitude du football

Il faut effectivement ajouter l’incertitude qui est à la base du football. La logique sportive ne doit pas être oubliée, d’autant plus que les différents grands championnats fonctionnent sur des systèmes de montée-descente, avec des clubs de la division inférieure qui rejoignent la division supérieure. Cette réalité de la compétition sportive oblige les clubs à faire des choix de politiques sportives. Bien entendu, ce sont les clubs avec le moins de budget qui sont obligés de faire des « paris sportifs », avec des recrutements moins chers, ou alors en mettant plus d’argent sur un joueur, alors que sa valeur sur le marché n’est pourtant pas équivalente.

Lille suit donc l’exemple des « clubs intermédiaires », qui sont réputés pour leur politique efficace de spécialisation dans les transactions à forte marge, comme Monaco, Porto et désormais le RB Leipzig, mêlant détection, formation et scouting. Parce que, contrairement au PSG qui peut tout changer, Lille doit (au moins en partie) tout renouveler.

Départs de quelques cadres : millions à gogo, compétitivité au caveau ?

Le grand ménage de l’été a d’ailleurs déjà bien commencé. Les premiers départs à noter côté lillois sont ceux de Thiago Mendes et Youssouf Koné, tous les deux partis à Lyon. 22 millions pour le premier, 9 pour le second, alors qu’ils avaient été achetés 9 millions et rien du tout.

Thiago Mendes, parti à Lyon. Crédit photo : © DENIS CHARLET / AFP

Encore plus marquant, le départ de la pépite portugaise Rafael Leão. Arrivé libre du Sporting Portugal l’année précédente, l’avant-centre part pour l’AC Milan – jamais loin lorsqu’il s’agit de claquer des billets sans raison – pour la somme de 35 millions d’euros.

Rafael Leão, pépite du LOSC partie à l’AC Milan. Crédit photo : @MAXPPP

On est ici dans la pure politique de plus-value, parfaitement dans l’esprit de la direction lilloise. Sauf que ces départs vont faire mal, les trois hommes s’étant révélés précieux cette saison. On le verra par ailleurs, pas sûr que les jeunes joueurs recrutés apporteront tout de suite satisfaction. D’un autre côté, il se peut que le mercato lillois soit conditionné au plus gros dossier de son été.

Le dossier Pépé : enfin bouclé ?

Nicolas Pépé sort en effet d’une saison en tous points remarquable : 22 buts marqués et onze passes décisives pour le maître à jouer de l’équipe lilloise. Au-delà même des stats, l’Ivoirien a réalisé une saison presque parfaite, et va partir pour beaucoup, beaucoup d’argent. Après qu’un concert de grands clubs se soient transformés en courtisans de premier ordre (l’Inter de Mila, le Bayern de Munich, naples, Arsenal), il semblerait, selon les informations de France Football, que ce soit les cannoniers d’Arsenal qui tiennent la corde.

Des scènes que l’on reverra sans doute, mais pas sous le maillot de Lille. Crédit photo : @Maxppp

Pour 80 millions d’euros, et un contrat de cinq ans, Pépé pourrait donc rejoindre une attaque qui irait vite, très vite. Reste à savoir si le fait qu’il préfère jouer à droite en faux pied combinera bien avec Aubameyang et le système d’Unai Emery, mais c’est sans doute le sujet d’un autre article.

Investir sur la jeunesse : le savoir-faire lillois

Niveau recrutement, pour le moment pas de surprise : Lille, à travers Luis Campos, son directeur sportif, continue sa politique de Football Manager, à savoir recruter des jeunes talents. Timothy Weah est arrivé en provenance du PSG pour 10 millions, tandis que Saad Agouzoul, défenseur marocain de 21 ans, est venu renforcer l’effectif pour 600 000 euros et Reinildo Mandava, latéral gauche mozambicain est également venu garnir les rangs.

Timothy Weah, un joueur d’avenir

A ces deux recrues appelées à jouer un rôle conséquent se joignent l’attaquant burkinabé Abou Ouattara, 19 ans, le gardien Léo Jardim, 23 ans et le milieu défensif angolais Show, qui a lui 20 ans. Lille continue de faire confiance aux jeunes et en leur capacité à réussir des plus-values conséquentes à la revente.

Crédit photo : Losc.fr

Le recrutement est donc cohérent côté lillois. Et ça ne les empêche pas de miser gros : iIs ont même fortement investi sur le tout jeune croate, Domagoj Bradaric. Pour 6.5 millions d’euros, ils se sont attachés les services du latéral gauche du Hajduk Split.

Néanmoins, ces jeunes joueurs recrutés sont des incertitudes sportives : ils auront sans doute besoin d’un temps d’adaptation au climat particulier de notre chère Ligue 1. La saison 2017/2018 doit toujours servir d’exemple pour les Lillois, pour ne pas s’enfermer dans une simple politique d’avenir. Ce dernier est incertain, et les jeunes joueurs ne sont pas forcément fiables immédiatement. Dès lors, il faut également se pencher sur des joueurs plus expérimentés.

Garder des cadres pour garder l’identité de jeu

Il y a tout de même beaucoup de joueurs qui sont partis en cette intersaison. S’ils ne sont pas encore tous numériquement remplacés, ils vont laisser un gros trou dans l’équipe-type lilloise. D’où l’impératif de garder quelques cadres. En ce sens-là, la défense semble être épargnée, puisque seul Koné est parti. L’assise défensive est l’une des raisons de l’excellente saison lilloise et il faut la conserver. Mike Maignan reste d’ailleurs cette saison, et c’est une excellente nouvelle : le gardien a montré qu’il était plus calme et mature, contribuant grandement à l’assise défensive du LOSC.

Benjamin André, une excellente recrue pour Lille. Crédit photo : Losc.fr

Au milieu, le départ de Thiago Mendes laisse un vide, mais le club a recruté intelligemment. Le socle rennais, Benjamin André, est en effet arrivé dans le Nord, pour seulement 7 millions d’euros. Un joueur d’expérience, sérieux et une vraie bonne pioche pour le LOSC.

Enfin, le plus gros chantier sera sûrement l’attaque : avec les départs de Pépé et Leão, plus la grosse blessure de Jonathan Bamba, il va falloir recruter. Timothy Weah est prêt à s’épanouir sous ses nouvelles couleurs, mais c’est pour l’instant un peu maigre, et ce même si Loïc Rémy a retrouvé des couleurs la saison dernière.

Finalement, quel visage aura le LOSC la saison prochaine ? Je n’aime pas jouer les Madame Irma, mais c’est aussi le but de tels articles. Au vu de ce qui a été développé ci-dessus, il me semble que Lille n’aura pas un visage si différent que ce qu’on aurait pu redouter après sa très belle saison. L’attaque est à mon sens le plus gros chantier, mais tant qu’ils garderont l’assise défensive qui a été la leur, l’équipe sera à n’en pas douter compétitive.

Fort d’une politique de plus-value très bien menée cette année, le club aborde donc la saison 2019-2020 avec de l’argent, des certitudes et un fond de jeu qui ne va pas vraiment changer. Reste maintenant à recruter des joueurs expérimentés, et notamment rompus aux joutes européennes, pour ne pas faire simplement de la figuration en Ligue des Champions. Parce que pour qu’un modèle économique fonctionne au mieux, ses produits doivent avoir la meilleure exposition possible. Et pour cela, quoi de mieux que de briller dans la plus grande compétition européenne ?

Crédit photo de couverture : La Voix du Nord

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