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Dans quel club José Mourinho peut-il rebondir ?

Au chômage depuis son licenciement de Manchester United, le Special One cherche activement un nouveau défi pour relancer sa carrière. Technicien étoilé, vainqueur de la Ligue des Champions à deux reprises, Mourinho dispose d’un CV qui ferait rêver les plus grands. Pourtant, après ses récents échecs en Premier League, le défenseur d’un football défensif et pragmatique semble avoir perdu la côte.

« Le football me manque, l’adrénaline, le terrain, mon travail »

Désireux de remédier à sa situation actuelle, Mourinho apparaît comme très actif dans les médias footballistiques. Mais quels clubs pourraient potentiellement accueillir l’ancien coach de Porto ? Quelles institutions pratiquent un football qui conviendrait au technicien portugais ? Et surtout, au vu des récents résultats du Special One, quel président lui fera confiance pour prendre les rennes de son club ? Tentative d’analyse…

Vers la Bundesliga ?

Lors d’un entretien accordé à La Gazzetta dello Sport en juillet dernier, José Mourinho a révélé qu’il apprenait l’allemand, dans la perspective de prendre la tête d’une équipe de Bundesliga à l’avenir. Un championnat étranger au technicien portugais qui a déjà eu l’occasion de coacher en Italie, au Portugal, en Espagne et en Angleterre évidemment.

« En ce moment, j’étudie l’allemand. Je ne connais pas cette langue. Je parle anglais, espagnol, portugais, français et italien. Je n’exclus rien, pas même l’Allemagne »

Championnat spectaculaire à la ferveur inégalée, la Bundesliga dispose de cadors au style offensif qui brillent par leur audace lors des confrontations européennes. En somme, tout le contraire de Mourinho depuis son passage chez les Blues… Alors le Special One peut-il vraiment prendre les rênes d’un club allemand ?

José Mourinho

Si l’on fait l’inventaire des clubs allemands capables d’accueillir Mourinho en termes de moyens financiers tout comme en termes de prestance européenne, la liste n’est pas tellement abondante. Bien évidemment, le Borussia Dortmund et le RB Leipzig seraient en capacité d’ouvrir leur porte au technicien portugais et de lui donner les clefs du club à l’aube d’un prometteur parcours en Champions League, mais les entraineurs à la tête de ces 2 équipes semblent indéboulonnables. Lucien Favre est adulé aussi bien par sa direction que par ses joueurs, en ne mentionnant pas l’hystérie des supporters à son égard, et ses résultats sont excellents depuis son arrivée à Dortmund. Quant à Julian Nagelsmann, ex-coach d’Hoffenheim, sa récente prise de fonction est un net succès et ne laisse aucunement présager le moindre changement au sein de la direction sportive du club.

Wolfsburg, Schalke 04, Hoffenheim et le Borussia Mönchengladbach représentent cette Bundesliga attirante, aux clubs prometteurs à l’échelle nationale tout comme à l’échelle européenne, mais leurs moyens financiers sont encore trop limités pour offrir un contrat alléchant au Special One. Quant à Leverkusen, si Peter Bosz semble quelques peu en tensions avec sa direction, on voit mal cette-dernière prendre le moindre risque en optant pour un licenciement à l’aube d’une saison qui s’annonce cruciale pour le club. Alors que reste-t-il outre-Rhin pour José Mourinho ?

La Bavière fait donc office de seule opportunité concrète pour le technicien portugais. Niko Kovač, en poste depuis plus d’un an maintenant, n’est toujours pas en odeur de sainteté dans le club munichois et des résultats en dents de scie pourraient rapidement avoir raison de lui. Face à une direction qui s’impatiente à l’idée de revoir le Bayern au sommet de l’Europe, le technicien croate n’incarne pas vraiment le renouveau attendu à travers les recrutements de Pavard, Hernandez, Coutinho, Perisic ou encore Cuisance. En outre, dans le groupe de Tottenham en C1, le Bayern Munich devra terminer ses rodages de début de saison avant sa première confrontation face à la dangereuse équipe de Pochettino. De quoi douter du futur de Kovac en tant que n°1 et offrir des motifs d’espoir à Mourinho ?

Le 11 bavarois contre Mayence
Le 11 de Niko Kovac face à Mayence

Mais le Bayern est-il « Mourinho compatible » ? Rien n’est moins sûr… Lorsque l’on s’attarde sur les 11 retenus par Kovač depuis l’entame de la saison, la présence de joueurs à vocation offensive est sans cesse accentuée par une volonté de constamment porter le jeu vers l’avant, elle-même traduite dans le recrutement estival des bavarois. Ainsi, Coutinho, Perisic et Cuisance sont venus renforcer une ligne offensive qui compte déjà Lewandowski, Gnabry, Müller et Coman. Toutefois, les mauvaises performances défensives des dernières saisons ont remis en question la traditionnelle charnière Boateng-Hummels, au point de contraindre le technicien croate à aligner Hernandez dans l’axe. Dans cette optique, l’arrivée du Special One pourrait être bénéfique afin de relancer le Bayern dans son indémodable 4-3-1-2 à bloc bas.

Enfin, si Mourinho garde un œil sur la Bundesliga, c’est en grande partie dû au fait qu’il n’envisage pas un retour dans le championnat qui l’a à deux reprises poussé vers la sortie. « Je suis de retour à Londres, c’est maintenant mon point de départ. Je pense que le prochain arrêt de ma carrière ne sera pas en Premier League. » déclare-t-il ainsi. Alors, si le technicien portugais ferme, à raison, la porte de la PL, tout comme celle de la Liga NOS jugée trop faible pour accueillir le Special One, peut-il toutefois rebondir du côté de la Serie A ?

Un retour à l’Inter compromis par Antonio Conte ?

Toujours profondément attaché à l’Inter, le technicien portugais a récemment exprimé le souhait de retrouver les terrains à la tête des Nerazzuri. Il déclare d’ailleurs : « À Milan, j’ai trouvé une famille incroyable, ce qui m’a rendu heureux tous les jours à Appiano. Et la connexion avec les fans était le résultat des résultats, car lorsque nous gagnons, nous sommes tous en lune de miel et cette empathie a été créée. À Londres, des supporters de l’Inter m’arrêtent dans la rue et m’embrassent. Je pense que l’Italie était pour moi un habitat naturel, mais quand je suis en Angleterre, je suis un peu différent de ce que je suis en tant que nature. En Italie, le football est joué 24 heures par jour, tout le monde en sait plus sur le football que l’entraîneur, c’est quelque chose de très latin ».

Mourinho soulève la C1 avec l'Inter
Un titre, une légende, la gloire pour l’éternité…

Véritable ode à Serie A, la déclaration de Mourinho laisse planer un potentiel retour chez nos amis transalpins. Mais se fera-t-il au sein de la famille intériste ? La récente arrivée d’Antonio Conte traduit un choix osé de la part des dirigeants, visant à créer une rupture avec la saison passée qui fut décevante sur tous les tableaux. Luciano Spalletti n’ayant pas les épaules pour conduire l’ambitieux projet des Nerazzuri, il a été remercié pour laisser place à un Conte particulièrement clivant en Italie. Après un passage raté chez les Blues, l’ancien entraineur de la Juve et sélectionneur de la Nazionale revient chez lui pour démontrer que son management a raison des mauvaises dynamiques. Mais tout n’est rose pour le technicien italien…

« Je suis actif dans le chat avec l’effectif qui a fait le triplé. Je répète, l’Inter est une famille. C’est toujours là comme si nous avions toujours été ensemble et comme si tout n’était pas arrivé il y a près de neuf ans. Je crois que ce n’est pas possible de faire quelque chose de spécial simplement parce que le coach a quelque chose de spécial. Au dessus de la qualité des professionnels, il y avait un groupe humain et une famille spéciale à l’Inter J’ai aidé beaucoup d’entre eux, individuellement, à atteindre le sommet de leur carrière, mais ils ont réussi à faire de même avec moi »

Les départs d’Icardi au PSG et Nainggolan à Cagliari symbolisent une volonté d’en finir avec les indésirables, et ainsi d’inverser la dynamique intériste pour relancer cette fabuleuse machine à marquer que doit être l’Inter en Serie A. Connu pour ses rapports plus que compliqués avec les joueurs à fort caractère, le Special One ne pouvait que se réjouir de ce revirement philosophique des dirgeants Nerazzuri. Seulement, avec les arrivées de Lukaku, Sanchez et Godin notamment, l’Inter tente un véritable pari en voulant relancer des joueurs eux-mêmes devenus indésirables dans leur ancien club. Et lorsque l’on connait la relation Mourinho-Sanchez, au même titre que celle qu’il entretient avec Romelu Lukaku d’ailleurs, un retour du technicien portugais ferait office d’immense paradoxe dans la politique sportive du club milanais. Alors un retour de Mou à l’Inter est-il impossible ? Malgré nos précédentes considérations, rien n’est moins improbable…

Si Antonio Conte est indiscutablement un grand entraineur, sa philosophie de jeu risque de ne pas convenir à l’Inter. Adepte du à 3-4-3 ou du 3-5-2, le technicien italien est un amoureux de la verticalité et du pressing tout terrain. Si l’on se souvient du Belgique-Italie de l’Euro 2016, la masterclass tactique livrée par Conte, pour permettre aux Azzuri de s’imposer 2-0 au terme d’un match parfaitement maitrisé, reposait sur une utilisation presque parfaite de la profondeur offensive, une excellente gestion des temps faibles et une verticalité à toute épreuve mise en exergue lors des contre-attaques. Excellent pour mettre à profit les situations de récupération en bloc bas, le technicien italien demande à ses joueurs d’étirer au maximum les lignes offensives et d’abuser des longs ballons pour trouver les attaquants. Sauf que depuis son arrivée à l’Inter, on remarque les mêmes signaux inquiétants que lors de son passage à Londres. L’effectif mis à sa disposition ne convient pas au fond de jeu qu’il souhaite produire, notamment avec le départ de Perisic qui représentait cette touche de verticalité offensive que Sanchez ne peut pas assumer. Lautaro et Lukaku sont de bons joueurs mais peu adaptés au style Conte, et la paire Candreva-Asamoah est trop juste pour que l’Inter atteigne ses objectifs. Au final, seul le magnifique trio Brozovic-Vecino-Sensi est véritablement prometteur sous la direction d’Antonio Conte.

Le 11 de Conte face à Lecce
Le 11 intériste face à Lecce (4-0)

En revanche, comment ne pas fantasmer sur une arrivée du Special One pour prendre en main cet effectif dès l’intersaison ? Adepte d’une défense à 4 certainement plus adaptée aux lacunes des Nerazzuri, Mourinho opte le plus souvent pour un 4-3-1-2 ou un 4-2-3-1 étiré. Si l’on considère que le technicien portugais retiendra le premier dispositif, une charnière Godin-Škriniar fait déjà saliver les observateurs, tandis que D’Ambrosio et Asamoah devraient occuper les couloirs en tant que latéraux. Devant la ligne défensive, le duo de la saison passée Brozovic-Vecino a un temps d’avance sur ses concurrents et pourrait être associé au prometteur néo-international italien Sensi. Très préoccupé par les phases de relance, l’ancien coach du FC Porto ferait de Sensi son Maniche de l’époque pour offrir à son équipe la possibilité de remonter proprement le cuir jusqu’à l’entrejeu où la magie peut enfin opérer…

Le Porto de Mourinho
La projection des offensifs sous les ordres de Mourinho, l’exemple portuan

Dans un trio axial qui pourrait faire trembler les plus grandes défenses européennes sous les ordres du Special One, la paire Lukaku-Lautaro serait cette fois-ci parfaitement à son avantage. En mesure d’exploiter les transitions offensives en se projetant pour Martinez et en libérant l’espace pour le Belge, les deux attaquants Nerazzuri useraient de leur complémentarité pour mettre à profit les transmissions courtes des milieux relayeurs. Enfin, dans le bloc bas et resserré de Mourinho, l’étincelle et la touche de création offensive venait de Deco à Porto. Alors qui pourrait endosser ce rôle de 10 dans le 4-3-1-2 ? Si Alexis Sanchez et Borja Valero pourraient possiblement être intéressants à ce poste, le talentueux Nicolo Barella serait certainement retenu par le technicien portugais. Agile, très à l’aise balle au pied et doté d’un sens du jeu hors du commun, sa qualité de passe et d’élimination ferait des ravages en Serie A.

Alors, si le retour du Mister aux deux Champions League à Milan a de quoi faire miroiter une renaissance intériste aux plus grands amateurs de la Serie A, Steven Zhang n’entend certainement pas rompre la dynamique qu’il a impulsé en faisant venir Antonio Conte. Et, désireux de reprendre du service rapidement, l’ancien coach des Red Devils ne devrait pas patienter indéfiniment pour retrouver un banc qui lui convienne. Mais dispose-t-il d’une alternative viable ?

Le rêve catalan de Mourinho peut-il enfin prendre forme ?

Éternel amoureux du Barça, José Mourinho n’a jamais caché son incontrôlable besoin de retrouver le goût des soirées européennes sous le maillot Blaugrana. Eloigné de la cité catalane depuis son départ du staff de Van Gaal, le technicien portugais a toujours eu cette obsession de devenir un jour le numéro 1 au FC Barcelone, et ce même lors de son passage à Madrid. Et les conditions sont peut-être enfin réunies…

« Aujourd’hui, demain, et pour toujours avec le Barça dans le cœur »

Madrid, 2011

Avec seulement 4 petits points en 3 journées, le FC Barcelone réalise une entame de saison catastrophique. Décevant en préparation, faible dans son contenu et dans sa créativité, le jeu catalan repose toujours plus sur son prodige Léo Messi. De joueur extraordinaire à véritable homme providentiel, l’argentin profite pleinement de l’arrivée d’Ernesto Valverde pour faire valoir son impact crucial sur les résultats des Blaugranas. Parallèlement, le technicien espagnol démontre, match après match, sa méconnaissance du traditionnel fond de jeu catalan et son incapacité à réagir tactiquement face à une situation compliquée. Plus que jamais sur la sellette, le coach du Barça pourrait bientôt faire ses valises et ainsi libérer la place à José Mourinho.

Alors en quoi le Special One conviendrait-il parfaitement au Barça ? Adepte du jeu de position et des relances courtes, le technicien portugais favorise, contrairement à ce qui est communément dit à son sujet, les longues phases de possession et la construction léchée. S’il a perdu une part conséquente de son idéalisme après son passage en Premier League, l’ancien coach portuan conserve la volontée d’évoluer à 3 au milieu pour ouvrir le jeu à toute la largeur du terrain. Nettement plus en phase avec les valeurs catalanes que Valverde, le double vainqueur de la Champions League opte le plus souvent pour une ligne défensive étirée et un milieu très proche des centraux pour permettre à l’équipe de remonter progressivement balle au pied, tandis que les ailiers usent et abusent des appels en profondeur et dans le cœur du jeu.

Le triangle axial, clef de l’entrejeu des équipes de Mourinho

Dans l’optique d’une prise de fonctions au Barça, Mourinho devrait retenir une ligne offensive composée de Messi, Suarez et Griezmann positionné à gauche. Le quintuple ballon d’or disposerait, à l’instar d’Eden Hazard à Chelsea, de toute la liberté dont il nécessite pour rentrer dans le jeu et soutenir la paire Arthur-De Jong au milieu. Un trio qui pourrait d’ailleurs dynamiter la plupart des défenses européennes tant la couverture qu’assure Sergio Busquets est limpide. Quant à Suarez, son apport serait similaire à celui de Lukaku à Manchester United, avec une forte tendance à offrir de l’espace à Antoine Griezmann en réalisant une course croisée avec Messi pour former un 4-1-3-2 ou 4-4-2 losange en phase offensive.

Pour ce qui est de l’animation défensive, les 36 buts encaissés en championnat l’an dernier auraient certainement été évités avec la méthode Mourinho. Dans une ligne de 4 composée de Lenglet-Piqué dans l’axe avec Umtiti qui apporte une concurrence de haut niveau, et Alba-Roberto sur les couloirs devant l’incontournable Ter-Stegen, l’animation serait claire : les centraux seraient forcés de se rapprocher frénétiquement jusqu’à se retrouver à moins de 5 mètres de distance, tandis que les latéraux auraient bien moins d’opportunités de monter car le Special One requiert des défenseurs qui tendent vers le cœur du jeu. Positionnée au niveau du reste du bloc médian, la ligne aurait ainsi toute l’envergure nécessaire pour coulisser proprement et défendre aux ¾ de manière à dépoter l’adversaire dans le couloir. Parallèlement, le Barça retrouverait l’occasion de presser un peu partout sur le terrain pour contraindre ses opposants à jouer long. Quant à la couverture de la profondeur défensive en bloc haut, le jeu au pied de Ter Stegen est suffisamment rassurant pour ne pas s’inquiéter démesurément.

Tacticien unanimement couronné au tournant des années 2010, José Mourinho a clairement besoin d’un second souffle après ses récents échecs. Lorsqu’un CV impressionnant ne suffit plus pour convaincre les cadors, la réputation et la philosophie d’un entraineur comptent plus que tout. Mais quel technicien moderne n’a jamais adapté sa philosophie pour atteindre un objectif en club ? Qui bâtit la réputation des coachs modernes ? José Mourinho est-il devenu un pestiféré uniquement parce que ses résultats en Premier League sont globalement décevants ? Ou bien le caractère atypique du portugaisconstitue-t-il un obstacle à sa prise de fonction dans un grand club ? Aurait-on déjà oublié le génie d’un Homme qui a tout gagné sous le maillot portuan à seulement 41 ans ? Reverra-t-on un jour le seul, l’unique, le Special One sur le toit de l’Europe ? Comment ne pas le souhaiter…

Jules Grange-Gastinel

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