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Del Piero est-il le plus grand second attaquant de l’Histoire ?

343 buts et 151 passes décisives pour un total de 868 matches disputés en professionnel, cela vous présente le personnage. Éternel amour des tifosi de la Juve, grandissime star de la Nazionale et artiste majeur de notre sport, Alessandro Del Piero a marqué son temps plus que quiconque. Attaquant créatif, polyvalent et doté d’un talent presque inconcevable, celui que Gianni Agnelli surnomme « il Pinturicchio » s’est distingué par sa classe inégalable sur le carré vert au tournant du siècle. Alors, Del Piero est-il devenu la référence absolue au poste de second attaquant ? Tentative d’analyse…

Un amour inconditionnel pour la Vielle Dame

En 18 saisons sous le maillot bianconero, Alex Del Piero est devenu l’icône de d’une attaque turinoise victorieuse au tournant du siècle. Capitaine emblématique, régulièrement « capocannoniere » de Serie A et tireur de coup-franc hors pair, il Pinturicchio s’impose comme l’un des plus grands joueurs offensifs de sa génération. Souvent positionné en soutien de la pointe, le vainqueur de la Ligue des Champions 1996 a pourtant débuté sa formation… gardien de but.

Fils d’électricien, il découvre le Calcio dans la commune vénitienne de Conegliano dès son plus jeune âge. Repéré par le Calcio Padoue quelques années plus tard, le jeune italien quitte sa commune natale pour affiner sa formation. A seulement 17 ans, il effectue ses grands débuts en professionnel, titulaire dans le 11 de Padova en Serie B, le numéro 16 floqué dans son dos. Une carrière d’un joueur au destin immense vient de débuter…

Alex Del Piero

Séduit par les qualités de ce jeune renard prometteur, le recruteur et émissaire de la Juventus Franco Causio fait parvenir à ses dirigeants un rapport complet concernant les qualités de Del Piero ainsi que ses axes de progression. A 19 ans, Alessandro réalise alors son plus grand rêve : jouer pour son club de cœur, la Vecchia Signora. Devenu incontournable en peu de temps, il brille sous les couleurs des bianconeri de 1993 à 2006. Aux côtés des légendes Roberto Baggio, Gianluca Vialli et Fabrizio Ravanelli, celui qu’Agnelli surnomme il Pinturicchio en 1998 pour ses talents d’artiste sur le carré vert trouve sa place en tant que second attaquant, le numéro 16 cédant finalement sa place au légendaire 10 dans le dos.

Passé le scandale et l’humiliation de la rétrogradation administrative, les tifosi ont enfin eu l’occasion de voir qui attache une réelle importance à l’amour du maillot. Et si le cas de Buffon inspire le respect, que de dire de Del Piero ? Buteur star des juventini, il n’a pas hésité à revenir en Serie B pour participer personnellement à la renaissance bianconera. Un fait d’arme qui va marquer sa fin de carrière. Alessandro Del Piero prolonge à son retour en Serie A jusqu’en 2012 et continue d’alimenter sa légende. Auteur de 317 buts et 136 passes décisives en 796 matches sous le maillot turinois, il Pinturicchio remporte également la Ligue des Champions, 6 titres de champion de Serie A, une Supercoupe de l’UEFA et une coupe intercontinentale, un titre de champion de Serie B, et 5 titres nationaux. Un palmarès immense pour l’icône d’une génération.

Del Piero, capitaine des juventini

Capitaine, leader charismatique et fin tacticien, Del Piero fut un joueur moteur pour cette Juve. Intelligent dans son déplacement sans ballon entre les lignes défensives adverse pour offrir de l’espace à ses coéquipiers, et toujours dans la recherche de solutions en passes courtes, son apport au football moderne est aussi important dans l’aspect sportif que dans le tournant qu’il impose en termes de respect des institutions footballistiques. Alors pourquoi Del Piero est-il devenu la référence au poste de second attaquant pour les techniciens modernes ? L’international italien a-t-il un rôle tactiquement sensible ? Comment il Pinturicchio pouvait-il changer le cours d’un match en quelques prises de balles ?

La clef du système offensif turinois

Sous les ordres de Lippi, positionné en soutien de Trezeguet, Il Pinturicchio a su se rendre indispensable dans un système où Nedvěd faisait la loi. Entouré des plus grands milieux de l’histoire, le capitaine historique de la Vielle Dame avait cette faculté unique lui permettant de bonifier le jeu à chaque offensive où le ballon lui revenait. Véritable renard à l’approche des 25 mètres, son jeu sans ballon est presque encore plus déroutant que ses prises de balles incisives. De facto, avec Camoranesi en regista, la Juve de Lippi jouissait d’une capacité inédite de projection rapide. Sauf que, pour le buteur soit trouvable en jeu de remise ou bien en profondeur, le déplacement de l’attaquant de soutien est primordial afin de percer la ligne défensive adverse. Ainsi, dans un système à deux axiaux, il était presque impossible de gérer Del Piero autrement que par un marquage individuel intensif.

Alessandro Del Piero 10

Parallèlement, le registre particulièrement large de l’international italien lui permettait d’évoluer un peu partout sur les fronts de l’attaque. Ainsi, il était tout à fait envisageable de le faire jouer en pointe dans un système sans pointe à la Spalletti dans son époque romaine et sa manie de faire jouer Totti en faux 9, ou bien à la Guardiola façon 3-7-0 made in Barcelona. On pouvait d’ailleurs tout aussi bien l’imaginer un cran plus bas, comme ce fut le cas dans certaines compositions de la Juve en 4-2-3-1 avec un vrai 10, ou encore ailier dans un 4-3-3 avec la possibilité de décrocher sans cesse vers l’axe et de provoquer ainsi un déséquilibre offensif des plus intéressants pour déstabiliser la ligne défensive adverse.

En termes de volume de jeu, si l’on est aujourd’hui habitués à voir des attaquants de soutien paresseux, dont la production offensive ne diffère guère du néant en phase sans ballon (car oui il est possible d’attaquer sans ballon si vous en doutiez encore), Alessandro Del Piero ne rentre clairement pas dans cette catégorie. Avec une moyenne de plus de 8 kilomètres parcourus par match, Il Pinturicchio ne lésine pas sur le front de l’attaque. Toujours en recherche de solution offensive à travers un déplacement constant, l’international italien est un poison pour les défenseurs ayant une notion approximative de ce qu’est le positionnement. Une certaine charnière Boateng-Hummels aurait aujourd’hui du mal à le marquer…

Alessandro Del Piero

Enfin, ce qui est le plus marquant dans le jeu d’Alessandro Del Piero, c’est cette faculté à être chirurgical devant le but adverse. S’adjugeant en moyenne une vingtaine de réalisations par exercice, Il Pinturicchio laisse dans l’inconscient collectif footballistique l’image d’un finisseur hors pair, présent du départ à la fin de l’action. Alors comment se priver d’un tel artiste ? Les divers sélectionneurs italiens se sont bien posés la question, et la réponse fut uninime…

Les mémoires nationales d’un éternel patriote

Retenu en sélection pour la première fois en 1995 à seulement 21 ans, Alessandro Del Piero a marqué au fer rouge l’histoire de la Nazionale durant ses 13 fidèles années de service. Eternel numéro 10 du duo magique avec Francesco Totti sur le front de l’attaque italienne, Il Pinturicchio échoue en finale de l’Euro 2000, avant d’être consacré pour la première fois de sa carrière sous le maillot azzuro face à la France en 2006.

Malgré des débuts poussifs voire décevants, le jeune prodige de la Juve inscrit son premier but lors de sa 7e sélection dans une rencontre face à la Lituanie remportée 4-0 par les hommes de l’immense Arrigo Sacchi. Peu utilisé lors de l’Euro 1996 et blessé pour l’édition 1998 de la Coupe du Monde, il assiste impuissant aux cruelles éliminations successives de la squadra azzura, notamment face à la France en quarts de finale. Lors de l’Euro 2000 en revanche, s’il est au départ relégué sur le banc par Totti, le sélectionneur italien Giovanni Trapattoni l’intègre progressivement à l’équipe avant de faire de lui un acteur majeur de la qualification italienne pour la finale de cette édition. Mais, dans une rencontre à la pression démentielle, Del Piero manque de réalisme devant le but de Fabien Barthez et l’Italie échoue à quelques minutes du terme. Une terrible désillusion pour le jeune attaquant bianconero.

A. Ferguson sur Del Piero : « Quand quelqu’un me demandera de mentionner un joueur que j’aurais toujours voulu entraîner je répondrai Alessandro Del Piero. Pour lui, j’aurais fait des folies« 

L’échec de l’Euro 2000 face à la France va forger chez Alessandro Del Piero une rage de vaincre inestimable avec le maillot de la Squadra Azzura. Il Pinturicchio sait qu’il doit absolument remporter un titre majeur en sélection. Et la Coupe du Monde 2006 est une aubaine en or après la défaite italienne en huitièmes face aux sud-coréens en 2002. Sous les ordres du légendaire Marcello Lippi, le capocannoniere de Serie A se montre décisif dans la phase éliminatoire de l’édition 2006. Excellent face à l’Australie et l‘Ukraine, il offre la victoire à son pays face à l’Allemagne avec un but à la 120e minute de jeu, synonyme de qualification pour une finale qui s’annonce comme les sanglantes retrouvailles face au bourreau français.

A l’aube d’un duel au sommet décisif entre rivaux de toujours, Del Piero débute sur le banc et ronge son frein à l’idée de ne pas entrer et de revivre les évènements de 2000. Finalement, il entre en prolongation et pousse la France reculer dans une fin de match qui se transforme en véritable siège italien. 4e tireur lors de la terrible séance finale, Il Pinturicchio se présente devant Fabien Barthez, les duels ratés de 2000 en tête. Son pied tremble. Mais le mental du natif de Conegliano prend le dessus. Il expédie le cuir au fond des filets du gardien marseillais avec une rage sans nom. Une revanche personnelle et un immense accomplissement pour le bianconero. Del Piero offre ainsi l’opportunité à Fabio Grosso de donner la victoire à sa sélection. Tout un peuple se lève, un long frisson traverse le stade, et Alessandro Del Piero exulte enfin. L’Italie est championne du monde et Il Pinturicchio entre un peu plus dans la légende de notre sport…

Jules Grange-Gastinel

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