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Enfin un vent d’air frais sur le championnat turc ?

Le palmarès du championnat turc ne laisse que très peu de place à l’éclectisme. Ils ne sont en effet que cinq clubs à y avoir inscrit leur nom. Trois d’entre eux se taillent la part du lion. Fenerbahçe (19), Galatasaray (22) et Besiktas (15) cumulent 56 titres depuis 1957. Seules sept éditions ont échappé aux trois géants stambouliotes, la dernière fois en 2010 avec le sacre de Bursaspor. Cette année, Sivasspor, Trabzonspor, l’Istanbul Basaksehir et Alanyaspor peuvent toutefois espérer briser ce monopole.

Sivasspor en pole position

Après 20 journées, la première place est occupée par Sivasspor. Le club basé à Sivas tourne à une moyenne de 2,05 points par match cette saison, mieux que lors de l’exercice 2008-2009 à l’issue duquel il s’était classé deuxième, à cinq points du Besiktas. Lourdement battu le week-end dernier par Gaziantep (5-1), il restait auparavant sur une série d’invincibilité de 11 matchs en Süper Lig. Une réussite construite sur des résultats positifs dans les rendez-vous importants.

Jusqu’à présent, Sivasspor a en effet bien négocié ses duels face aux gros poissons du championnat. Les hommes de Riza Calimbay ont battu Besiktas à deux reprises (3-0 à domicile au mois d’août puis 1-2 à l’extérieur en janvier, malgré plus de 20 minutes en infériorité numérique). Ils se sont également imposés à domicile contre Fenerbahçe (3-1) et Trabzonspor (2-1). Ils ont par ailleurs partagé les points lors de leur déplacement chez l’Istanbul BB (1-1). Seul Galatasaray a réussi à l’emporter face au leader (3-2). Douzième la saison dernière et encore en 2e division il y a trois ans, Sivasspor peut rêver d’un printemps historique…

Dans ce collectif, l’un des joueurs à se détacher se nomme Mustapha Yatabaré. L’attaquant malien, passé notamment par Guingamp, a déjà inscrit 8 buts et offert 3 passes décisives cette saison en Süper Lig. Il forme un trio offensif redoutable avec Emre Kilinc (6 buts et 4 passes décisives) et Fernando Andrade (5 buts et 2 passes décisives). Dans un rôle de joker, l’expérimenté Arouna Koné apporte lui aussi sa pierre à l’édifice – 4 buts et 4 passes décisives. L’une des forces de Sivasspor est d’ailleurs son banc : neuf buts ont été inscrits par des remplaçants depuis le début de la saison, Erdogan Yesilyurt et Arouna Koné faisant figure de spécialistes avec trois buts chacun dans cette configuration.

Basaksehir, trois clubs stambouliotes peuvent en cacher un autre

L’Istanbul Basaksehir attend enfin son heure. Le club stambouliote a touché le graal du doigt à deux reprises, échouant à quatre points de Besiktas en 2017 et à deux points de Galatasaray en 2019. Cette saison sera peut-être enfin la bonne. Celle-ci a pourtant bien mal commencé avec deux revers d’entrée face à Yeni Malatya (3-0) et Fenerbahçe (1-2). L’Istanbul BB a ensuite enchaîné 16 matchs sans la moindre défaite en championnat, avant de tomber sur la pelouse de Fenerbahçe le 25 janvier (2-0). Il occupe aujourd’hui la deuxième place du classement, à deux points de Sivasspor.

Deux Français jouent un rôle majeur dans cette belle saison : Gaël Clichy, titulaire indiscutable au poste de latéral gauche, et Enzo Crivelli. L’ancien Bordelais n’est ni plus ni moins que le meilleur buteur du club en championnat avec neuf réalisations – contre sept pour Edin Visca et cinq pour Demba Ba. Autres noms familiers présents dans l’effectif : Martin Skrtel, Mehmet Topal, Robinho ou encore Gokhan Inler.

L’une des inconnues reste la manière dont le club va gérer l’enchaînement des rencontres s’il poursuit son parcours continental. Sorti vainqueur de son groupe de Ligue Europa, devant l’AS Rome et le Borussia M’Gladbach, il sera opposé au Sporting Lisbonne en 1/16 de finale. Se battre pour le titre national tout en disputant une compétition européenne n’a rien d’impossible, et le club a plutôt bien géré la situation jusqu’ici – 6 victoires et 6 nuls en championnat dans les matchs disputés juste avant et juste après une journée de phase de poules, soit une moyenne de 2 points par rencontre. Reste à voir si cela perdurera.

Trabzonspor pour renouer avec son glorieux passé

Trabzonspor se distingue des deux clubs précédemment évoqués puisqu’il a déjà remporté le championnat. A six reprises même, entre 1976 et 1984. Une période dorée puisque dans le même temps, les Bordo-Mavi avaient soulevé trois Coupes et six Supercoupes de Turquie. Sans oublier un parcours européen qui les avaient menés jusqu’aux huitièmes de finale de la Coupe des clubs champions en 1977 où, après avoir remporté le match aller 1-0, ils avaient finalement été éliminés par Liverpool, futur vainqueur de la compétition. Un glorieux passé avec lequel les pensionnaires du Stade Senol Günes sont passés près de renouer en 2011. A égalité de points avec Fenerbahçe, le titre leur avait alors échappé à la différence de buts.

Avec un match en retard, Trabzonspor pointe à la troisième place du classement, trois points derrière Sivasspor. Le club dispose de l’attaque la plus prolifique du championnat avec 43 buts inscrits en 19 matchs. Son fer de lance : Alexander Sorloth, meilleur artificier de la Süper Lig (16 buts). Le Norvégien, auteur de 10 buts sur ses 8 derniers matchs, marche sur l’eau. Sa forme étincelante a de quoi faire rêver les supporters, d’autant que son compère Anthony Nwakaeme n’est pas en reste – 7 buts et 6 passes décisives. Tout aussi précieux dans un registre différent, l’expérimenté John Obi Mikel est l’un des éléments les plus utilisés par Hüseyin Cimsir.

Contrairement à Basaksehir, Trabzonspor va pouvoir se concentrer pleinement sur le championnat après son élimination en phase de groupes de la C3. Une victoire lors de son match en retard contre Yeni Malatya, club de milieu de tableau, et Sivasspor serait virtuellement en tête grâce à sa différence de buts… La réception du leader le 16 février marquera peut-être un tournant dans cette bataille acharnée.

Alanyaspor, la surprise du chef

Voilà l’invité surprise de la course au titre. Alanyaspor dispute actuellement sa quatrième saison consécutive dans l’élite. Avant sa promotion en 2016, le club de la province d’Antalya n’avait jamais connu la première division. L’apprentissage a été progressif : douzième en 2016-2017 et en 2017-2018, il a terminé neuvième en 2018-2019, à trois points de l’Europe. Jusqu’à cette saison.

Alanyaspor a pris un départ canon, si bien qu’il a occupé la première place du championnat de la troisième à la dixième journée. Une place que Steven Caulker et consorts ont ensuite cédée, la faute à un énorme trou d’air en automne : seulement une victoire en sept matchs, pour trois nuls et trois défaites. Le club s’était ainsi retrouvé au huitième rang au sortir de la 15e journée, à dix unités de la tête. Le voir revenir dans la course était impensable. Sauf qu’Alanyaspor vient d’enchaîner cinq victoires. Ce qui lui a permis de se replacer en quatrième position, à trois points de Sivasspor.

Papiss Cissé fait feu de tout bois dans cette équipe. Bien épaulé par Junior Fernandes et Anastasios Bakasetas, le Sénégalais a trouvé le chemin des filets à six reprises lors des cinq dernières journées et totalise déjà 15 buts en Süper Lig. Seul Alexander Sorloth fait mieux. Dans ce championnat ultra-serré, bien malin celui qui saurait prédire le futur champion, et impossible d’écarter dès à présent Alanyaspor de la liste des candidats.

Fenerbahçe et Galatasaray s’accrochent, Besiktas distancé

Pendant que Sivasspor, Basaksehir, Trabzonspor et Alanyaspor font la course en tête, les trois ogres du pays affichent quelques faiblesses. Pour le moment, le Fener est celui qui s’en sort le mieux. Cinquième du classement, il accuse quatre points de retard par rapport au leader. Loin d’être insurmontable, surtout si le duo formé par Vedat Muriqi et Max Kruse – dix buts cumulés lors des sept dernières journées – continue de flamber. Mais Luis Gustavo et ses coéquipiers ont du pain sur la planche. Comme un symbole, alors qu’ils restaient sur quatre succès de rang en championnat, ils ont chuté samedi dernier contre Trabzonspor (2-1). Fenerbahçe n’a plus remporté le moindre trophée depuis 2014 et l’attente n’a que trop longtemps duré pour des supporters qui aspirent à mieux, beaucoup mieux, que la sixième place de l’an passé.

Même constat pour Galatasaray, sixième, un petit point derrière le Fener. Le champion en titre manque cruellement de régularité cette saison. La qualité est pourtant évidente avec des éléments tels que Ryan Babel, Radamel Falcao, Younes Belhanda ou Sofiane Feghouli. Offensivement, la mayonnaise peine à prendre puisque Galatasaray n’a que la septième attaque de la Süper Lig. La phase de poules de la Ligue des Champions a laissé le même constat : bon dernier de son groupe, devancé par le PSG, le Real Madrid mais aussi Bruges, le club n’a inscrit qu’un petit but en six rencontres. Les dernières semaines peuvent toutefois inciter à un peu plus d’optimisme puisque le champion de Turquie reste sur quatre succès consécutifs en championnat.

La situation est plus compliquée pour Besiktas. Après un début de saison calamiteux et seulement cinq points pris après six journées, l’automne a laissé entrevoir du mieux. Pas pour longtemps… Georges-Kevin Nkoudou et son équipe sont sur une pente glissante. Déjà battus à sept reprises en Süper Lig depuis le début de la saison, ils ont entamé 2020 avec l’humiliation d’une élimination dès les huitièmes de finale de la Coupe de Turquie par Erzerum, club de deuxième division. Ils sont aussi sortis par la petite porte de la Ligue Europa, après cinq défaites en six matchs. Des mauvais résultats qui ont coûté son poste à l’entraîneur Abdullah Avci, remplacé par Sergen Yalçin fin janvier. Les Aigles Noirs ont désespérément besoin de redonner un peu d’éclat à une saison bien terne. Septièmes du classement, ils n’en prennent néanmoins pas le chemin… Voir le BJK terminer la saison avec un titre relèverait du miracle au regard de la dynamique actuelle – 8 défaites lors des 10 derniers matchs toutes compétitions confondues.

La route menant au titre est longue. 14 journées restent à disputer et rien n’est encore joué. Le scénario de la saison 2018-2019 est là pour le rappeler. L’Istanbul Basaksehir disposait en effet de huit points d’avance sur Galatasaray après 20 journées il y a un an. A l’arrivée, ce sont toutefois les Lions qui avaient été sacrés. La prudence est donc de mise. Le monopole des trois géants du football turc est mis à mal, mais ces derniers n’ont pas dit leur dernier mot…

Quentin Ballue

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