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Faut-il tout changer au PSG ?

Les années se suivent et se ressemblent pour le PSG. Une élimination précoce en Ligue des Champions, des remous internes, des joueurs peu ou pas concernés et une direction qui donne davantage l’impression de vouloir être l’amie de tout le monde plutôt que de faire respecter l’institution. Avec le retour de Leonardo, les velléités de départ de Neymar et les conséquences à tirer d’une deuxième partie de saison cataclysmique, on peut légitimement se demander s’il ne faudrait pas tout changer au PSG, qui se retrouve à une étape charnière de la période QSI…

Une année mouvementée

On n’aurait jamais cru poser la question d’un grand changement au PSG après la première partie de saison. Pour cause : jusqu’à fin janvier, tout allait bien. Le club piétinait la Ligue 1, avec seulement quatre points laissés en route. Thomas Tuchel innovait avec son 343 modulable qui se prouvait redoutable. Il faisait jouer les jeunes, avec notamment Moussa Diaby. Le club était sorti premier d’un groupe de Ligue des Champions avec Naples, Liverpool et l’Etoile Rouge de Belgrade, avec en prime une victoire de référence au Parc des Princes face aux Reds.

Mbappé après son but inscrit face à Manchester United
Mbappé après son but inscrit face à Manchester United. Crédit photo : FRANCK FIFE/ AFP

Et puis, lors d’un match plus que rugueux face à Strasbourg en Coupe de France, Neymar se blesse. La sentence est irrévocable : cinquième métatarse du pied droit, le même qui l’a privé du retour face au Réal de Madrid l’année dernière. Le début de la fin pour Paris. Avec une avalanche de blessés, Cavani ayant rejoint les rangs du FC Infirmerie, ils ont senti la peur arriver. Alors que, dans le même temps, Manchester United roulait sur Brighton et Newcastle. Qu’importe la victoire tactique à Old Trafford grâce à un Marquinhos impérial et un Mbappé renard des surfaces : la flippe était là.

Mbappé réconforté par Cavani après l'élimination du PSG face à Manchester United
Mbappé réconforté par Cavani après l’élimination du PSG face à Manchester United

Les huitièmes de finale de Ligue des Champions ont ça de beau qu’ils sont espacés d’un mois. Dans cette période, tout a empiré pour le PSG. La défaite invraisemblable face à Guingamp en Coupe de la Ligue et ses trois pénaltys concédés annonçait déjà la déroute à venir. Personne – excepté les anti-PSG et une frange des supporters de Manchester United – ne croyait à cet échec. Face à une équipe résignée et qui attendait son sort, le PSG s’est battu tout seul, au cœur d’une soirée cauchemardesque. La fin de saison fût du même acabit, à tel point que, cette fois-ci, les changements en interne étaient inévitables.

Leonardo, meilleure recrue de l’été ?

On a donc fait le ménage. Exit Antero Henrique et bienvenue à Leonardo. A mon sens, ce dernier représente déjà le plus beau coup de l’été pour Paris. Surtout lorsque ce retour va de pair avec un retrait progressif de Nasser Al Khelaïfi. Je ne sais pas si Leonardo va faire un grand ménage d’été au sein de l’effectif. Mais il va déjà réinstaurer une discipline et un respect du club.

Leonardo est de retour au PSG et c'est une bonne chose
Tu vois ? Au-dessus du club, y a personne ! Crédit photo : Inside/Panoramic/Antonietta Baldassarre

Il ne faut pas oublier que Leonardo était l’homme des meilleurs recrutements de l’ère parisienne, dans un mélange entre talent, expérience, jeunes pépites et surtout respect du club : Thiago Silva, Zlatan, Verratti… Avec également des recrutements malins pour peu cher de joueurs de devoirs : Maxwell, Alex et Lavezzi, des joueurs de devoir. Attiré par le strass et les paillettes, le PSG était depuis deux ans une équipe sans leader et sans âme. Peu de joueurs possèdent la grinta, ce petit plus qui font que les autres joueurs ont envie de se défoncer sur le terrain. C’est d’ailleurs l’un des souhaits de Leonardo, version 2019 : se pencher quasi exclusivement sur des joueurs ayant envie d’aller au PSG.

Un manque de concurrence

Le recrutement, parlons-en justement : sans doute que beaucoup de personnes ne seront pas d’accord avec moi, mais j’ai trouvé la saison de Juan Bernat plutôt bonne, et notamment en Ligue des Champions. C’est un type de joueurs qui ne paye pas de mine, mais qui se bat sur le terrain, a de l’expérience et est là pour jouer la concurrence avec Kurzawa. Une concurrence qui manque cruellement au Paris Saint-Germain.

Juan Bernat a effectué une première saison solide au PSG, après des débuts difficiles.
Crédit photo : Icon Sport

C’est pareil partout : quand tu ne te sens pas menacé dans ton travail, que tu évolues dans un fauteuil, il y a peu de chance que tu progresses. Certains joueurs du PSG, c’est pareil. Je ne pense pas que ce soit un hasard que Di Maria ait sorti quelques excellents mois en 2017, après l’arrivée de Draxler. Il faut sortir les joueurs de leur confort quotidien.

Un recrutement qui va dans le bon sens

En ce sens, le recrutement d’Ander Herrera est une bonne nouvelle. Non content de perpétuer la tradition de prendre un joueur faisant partie d’une remontada contre le PSG, c’est surtout le profil de milieu de terrain qu’il faut à Paris. Un chien, qui ne lâche jamais rien et qui a surtout envie de venir et de réussir à Paris.

Même analyse pour Pablo Sarabia, transfuge du FC Séville. En plus d’un prix très raisonnable selon les critères parisiens – 18 millions d’euros – il offre plusieurs possibilités au milieu à Thomas Tuchel. S’il s’est révélé en tant que numéro 10, au sein d’un 352 concocté par Pablo Machin – une excellente nouvelle pour son acclimatation au PSG – le gaucher espagnol peut apporter de la technique, de la profondeur et de la variété dans un milieu parisien parfois trop limité de ce côté-là. J’attends ‘ailleurs de voir un Paredes avec toute la préparation physique dans les jambes.

Le cas Neymar : la dernière samba ?

Comment ne pas parler de ce probable besoin de changement, sans évoquer l’artiste génial qu’est Neymar ? On le sent depuis quelques temps, il a envie d’aller voir ailleurs. Sauf qu’on entend un peu tout et n’importe quoi sur le Barça, sur le PSG et les rumeurs de transfert. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il souhaite s’en aller. Alors plutôt que de lire dans une boule de cristal, interrogeons-nous sur le cas du Brésilien.

Neymar sort d'une deuxième demi-saison avec le PSG et n'a jamais été aussi proche de s'en aller

S’il part, le PSG aura de l’argent, et peut-être des joueurs en échange. Ça pourrait être un excellent compromis, avec des joueurs moins talentueux que la Ney, mais davantage concernés par l’identité du PSG que par les anniversaires de sa sœur. Ce serait aussi faire remarquer que, aussi talentueux puisse être un joueur, on ne le fait plus passer au-devant de l’institution. Neymar servirait d’exemple et c’est d’ailleurs bien la première fois qu’il en serait un à Paris.

Dani Alves quitte le PSG après deux années au club.
Oui Dani, la sortie, elle est pas là. Crédit photo : RMC Sports

Enfin, avec le départ de Dani Alves et peut-être celui de Thiago Silva, ce serait également la fin de la mainmise des Brésiliens sur le vestiaire parisien, et laisserait la porte ouverte a plusieurs autres joueurs pour briller, tout en laissant les clefs du camion à Mbappé. Le seul point négatif dans l’affaire, c’est le football : qu’un joueur aussi génial que Neymar n’ait pas pu réussir en France devra nous aussi, nous interroger sur la propension que l’on a à descendre des joueurs exceptionnels, une fois qu’ils évoluent dans notre championnat.

Jusqu’à aujourd’hui; j’aurais été tenté de faire un paragraphe étudiant les possibilités que Neymar reste au PSG. Mais au vu de son attitude – sécher la reprise – et du communiqué du PSG, qui « déplore cette situation et prendra les mesures appropriées qui en découlent », il ne fait aucun doute qu’il ne rempilera pas pour une saison supplémentaire. Un mal pour un bien, selon moi, et même Leonardo, qui a ouvert la porte à un départ de la star brésilienne.

Peut-on réellement lutter contre sa nature ?

Avec toutes ces paroles sur le changement, sur la nécessité ou non de changer, une question finale demeure néanmoins : le PSG peut-il réellement changer ? Malgré l’arrivée de Leonardo, le départ de joueurs problématiques comme Rabiot ou Dani Alves, la lose ne serait-elle pas ancrée trop profondément dans l’ADN du club de la capitale depuis l’ère QSI ?

Verratti abattu après la défaite 6-1 à Barcelone.
Crédit photo : AFP

Depuis des années, le PSG connaît un sentiment de flippe aigu. En Ligue des Champions, dès que cela compte, l’équipe recule. Même les supporters semblent l’avoir accepté : au Parc, lors du pénalty – discutable – sifflé à Kimpembe, aucune contestation, des joueurs comme du Parc. Tous étaient prostrés, en silence, se tenant la tête à deux mains ; comme si c’était normal, comme si désormais c’était devenu le destin du PSG de se manger un but au bout du temps additionnel. Le club est, dans une ère de remontadas tellement fréquentes qu’on utilise à tout va ce terme, le seul dont toute l’Europe se fout de la gueule. L’Atletico s’est fait manger au retour par Ronaldo, le Barça par Manolas et la Roma, puis par un corner d’Arnold pour Origi, et pas grand-monde a sourcillé.

Dès lors, je pense que si changement il doit y avoir, il passera d’abord par l’attitude du PSG. Le club, pas grand-monde ne l’aime en France. C’est logique, il s’y opère les mêmes logiques qu’entre Paris et le reste de la France : on n’aime pas les parisiens, on n’aime pas Paris. A mon sens, ces derniers devraient essayer d’arrêter d’être les amis de tout le monde. Notamment celui de Lyon et Jean-Michel Aulas, bien trop souvent engoncé dans son rôle de victime. C’est le jeu, et chacun doit jouer son rôle.

Cavani célébrant un but en Ligue des Champions
Crédit photo : Getty Images

Certains diront que le PSG est la vitrine du Qatar et qu’il est un instrument de géopolitique sportive trop important pour se laisser aller à des querelles de Twitter, d’autres affirmeront que le problème réside plutôt dans l’attitude de Nasser quant au fair-play financier. Des arguments valables, qui apportent un peu de nuance à mon propos. Néanmoins, je pense sincèrement que tant qu’il n’y aura pas un changement d’attitude au sein du club, il sera illusoire de le voir chez les joueurs. Alors pour l’indice UEFA de la France, j’espère vraiment que Paris changera d’attitude. A trop être gentil, tu perds ton identité. Et ils ne peuvent plus se permettre d’être la risée de l’Europe, une nouvelle fois.

Alors, le PSG doit-il faire comme Léodagan et tout cramer pour repartir sur des bases saines ? Ou doit-il faire comme Pompidou et amorcer du changement dans la continuité ? Comme souvent, la réponse se situe probablement entre les deux. Le retour de Leonardo et les premiers recrutements indiquent des changements positifs, mais qui ne seront rien si la direction ne suit pas également le mouvement. Le PSG, pour s’imposer comme un grand club d’Europe, doit en premier lieu apprendre à se faire respecter. C’est sans doute cela, le plus grand changement de tous.

Crédit photo de couverture : ParisFans

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