Football

FC Bayern Munich : zoom sur le modèle bavarois

Habitué du dernier carré de la Ligue des Champions, vainqueur de l’édition 2013, 7 fois champions d’Allemagne d’affilée… Le FC Bayern Munich est un mastodonte du football allemand et un épouvantail à l’échelle européenne. Une véritable institution dont le palmarès hors-norme s’est bâti sur la base d’un modèle sportif et économique rigoureux. Focus sur un club qui s’est mué au cours de son histoire en une machine de guerre footballistique, vitrine de la région bavaroise.

Exemple de régularité au plus haut niveau, le Bayern dispose de l’un des meilleurs effectifs du monde. Paradoxalement, ce n’est pourtant pas le genre de la maison de flamber sur le mercato. Une vision qui dénote par rapport à la politique galactique du Real Madrid par exemple. Si le vestiaire bavarois est composé de vedettes de la planète foot, la plupart d’entre elles ont acquis ce statut de star lors de leur passage chez les rouge et blanc. Petit Filet décrypte les facteurs qui ont fait du Bayern Munich un modèle de réussite dans le monde du football.

Une institution solide

L’organigramme du septuple champion d’Allemagne en titre prend la forme d’un triumverat. Trois têtes pensantes qui ont chacune leur rôle attitré. Le spécialiste du football allemand Diego Perez nous éclaire sur le fonctionnement de l’équipe dirigeante du Bayern : « Le président Uli Hoeness a montré à de nombreuses reprises que lorsqu’il y a un problème, le boss, c’est lui. » Malgré son passage par la case prison entre 2014 et 2016 pour fraude fiscale, il a été triomphalement réélu président une fois de l’autre côté des barreaux à l’orée de la saison 2016/2017. En-dessous de lui, nous retrouvons Karl-Heinz Rummenigge. « Lui a plus de présence médiatique, il n’hésite pas à dire ce qu’il pense. C’est un personnage cash qui sait taper du poing sur la table quand c’est nécessaire. » détaille Diego Perez. « Depuis peu, Hasan Salihamidzic – ancien joueur nommé directeur sportif – a aussi apporté sa patte dans l’organigramme. C’était compliqué cette année entre Kovač et les joueurs, mais je pense que sans lui, le vestiaire aurait complètement implosé. »

Les dirigeants munichois savent faire régner une discipline de fer dans le vestiaire. Un écart s’accompagne quasi-systématiquement de sanctions. Mais l’art de manier le bâton et la caresse est maîtrisé à la perfection. L’exemple le plus parlant est Franck Ribéry. En 12 ans de présence au Bayern Munich, l’ancien Marseillais a eu le temps de commettre quelques impairs. Si ses blagues potaches comme le saut d’eau renversé sur Oliver Kahn ont plutôt été prises au second degré, d’autres actes ont constitué des pilules plus difficiles à avaler pour les dirigeants. Ces derniers n’ont que très peu goûté aux insultes adressées par le Français à ses détracteurs sur les réseaux sociaux suite à « l’affaire du steak en or ». Salihamidzic avait alors expliqué que le club lui avait infligé une lourde sanction financière en justifiant celle-ci : « Il a utilisé des mots que nous, FC Bayern, ne pouvons pas accepter et que Franck n’a pas le droit d’utiliser, en tant que modèle et joueur du FC Bayern. » Pour autant, tout le club a soutenu coûte que coûte le natif de Boulogne-sur-Mer lors de certains moments très difficiles de sa carrière. Ce fût le cas lors de sa blessure avant le mondial 2014 au Brésil lorsque le staff médical bavarois n’avait pas hésité à s’opposer à celui des Bleus ; ou encore lors de l’affaire Zahia quatre ans plus tôt.

Franck Ribéry, numéro 7 du Bayern Munich
Franck Ribéry, numéro 7 du Bayern Munich

Le refus d’une politique de transferts extravagante…

Jusqu’à cette année, le plus gros transfert de l’histoire du Bayern Munich portait le nom de Corentin Tolisso, au prix de 41 millions d’euros à l’été 2017. Une somme dérisoire lorsqu’on la compare aux plus grosses transactions réalisées par ses voisins européens. 105 millions d’euros dépensés par Manchester United pour Pogba, 125 millions sortis du porte-monnaie du Barça pour Dembélé, ou encore 400 millions déboursés pour le duo Neymar-Mbappé par le PSG. En Bavière et en Allemagne en général, il existe une certaine antipathie à l’encontre des « nouveaux riches » du football mondial, que représentent Manchester City ou le PSG par exemple. Selon notre spécialiste du football d’outre-Rhin, cela s’explique par le fait que « le modèle économique du Bayern a été construit sur la base de résultats, il n’y a pas de fonds étrangers. C’est ce qui dérange l’institution du Bayern, qui craint de se faire doubler par des potentiellement plus riches qu’eux. La mentalité du foot allemand est plutôt basée sur des anti-fonds étrangers. Les RB Leipzig ou Hoffenheim ne sont pas du tout appréciés en Allemagne par leurs pairs. Le Bayern fait partie de ceux qui statuent contre l’arrivée des investisseurs étrangers en tant qu’actionnaires majoritaires dans les clubs. La masse financière dont ils disposent actuellement s’est bâtie sur le fruit de leur travail sur des dizaines d’années. »

À Munich, on préfère bâtir des effectifs sur la base de deux composantes : un centre de formation ultra-performant et un flair particulièrement aiguisé pour le recrutement. Diego Perez explique cette politique : « De nombreux locaux ont percé au Bayern. Des exemples récents ? On peut citer des joueurs comme Müller, Schweinsteiger, Kroos, ou encore Hummels. En qualité c’est très fort. Un Joshua Kimmich est arrivé très jeune aussi. C’est le digne héritier de Philipp Lahm, lui-même formé au Bayern et capitaine emblématique. Et ce sont aussi des mercatos intelligents » continue l’expert du foot allemand. « Les recruteurs bavarois se basent sur des bonnes pioches. Lewandowski est arrivé libre de Dortmund par exemple. Ils ont souvent flairé les bons coups : James, Ribéry, Robben, Javi Martinez, Thiago Alcantara, Neuer, qui vient de Schalke 04… Aujourd’hui, Serge Gnabry, qui a été élu meilleur joueur du Bayern par les fans cette année, a aussi été recruté gratuitement, pour en faire le digne successeur de Ribéry, avec Coman. » Et c’est sans parler de ces joueurs des années 2000 qui se sont révélés aux yeux de l’Europe sous la tunique bavaroise : Roy Makaay, Claudio Pizzaro, Bixente Lizarazu, Oliver Kahn ou encore Roque Santa Cruz.

… Jusqu’à la révolution 2019 ?

Une page va se tourner cette année au Bayern Munich. Les départs des deux légendaires ailiers Robben et Ribéry marquent la fin d’une ère. Ceci étant, leur succession est préparée de longue date : « Cela a été fait de manière intelligente. Et si on regarde cette dernière saison, ces deux-là n’ont pas un joué un rôle essentiel dans la quête du Meisterschale (ndlr :champion d’Allemagne). Gnabry et Coman représentent l’avenir sur les ailes munichoises » avance Diego Perez.

Lucas Hernandez sera un joueur du Bayern l'an prochain
Lucas Hernandez sera un joueur du Bayern l’an prochain

Mais c’est surtout le chantier de la défense qui a été préparé très en amont cette année. Et si les Bavarois ont toujours été réticents à sortir le chéquier, ils se sont finalement résolus à le faire cette saison, conscients qu’il fallait bien s’adapter à l’affolante croissance des prix du marché. Ainsi, deux champions du monde ont été recrutés à prix d’or. Lucas Hernandez a signé contre un chèque de 80M€ envoyé aux Colchoneros de l’Atlético de Madrid. Il n’y a que peu de doutes sur sa qualité de joueur, lui qui a explosé lors de la Coupe du Monde en Russie et qui a confirmé ses prestations de haut-niveau sous les couleurs madrilènes. Cependant, il aurait été légitime de penser que sa sérieuse blessure en cours de saison puisse faire baisser ce prix conséquent. Outre le latéral gauche, c’est sur Benjamin Pavard que les dirigeants du FC Bayern ont jeté leur dévolu pour 35M€, malgré une saison très pénible pour l’ex-Lillois à Stuttgart, descendu en deuxième division.

D’importantes dépenses qui seront peut-être suivies d’autres gros coups cet été, mais qui ne représentent pas des investissements trop risqués pour le club, dont la santé financière est excellente. Le Bayern Munich est une véritable machine économique. Unique propriétaire de son stade depuis 2006, le club génère chaque semaine d’énormes recettes grâce à celui-ci. Chacun des 75 000 sièges de l’Allianz Arena trouve systématiquement preneur les jours de match, ce qui en fait le meilleur taux de remplissage de Bundesliga. Associé à des gros contrats de sponsoring, les droits TV et un merchandising performant, le budget du Bayern Munich oscille autour des 600M€. Tous les feux semblent donc au vert avant de démarrer la saison 2019/2020, à l’exception peut-être des doutes autour de l’entraîneur Niko Kovač. Très contesté pour sa première saison sur le banc des rouge et blanc, le Croate devrait pourtant bien continuer l’année prochaine. Nombreux sont les observateurs ayant été surpris par le fait qu’il n’ait pas été démis de ses fonctions à l’issue de cette saison. Celle-ci a été très éprouvante en termes de tensions notamment, malgré le doublé Bundesliga-Coupe d’Allemagne.

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