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Festival du rire de la Ligue Europa : Et Rennes gâcha la fête…

On était pourtant si bien parti. Aucune victoire en Ligue Europa en dix matchs de poules. Deux équipes exsangues et qui perpétuaient une longue tradition française de se battre toute l’année pour se qualifier dans une compétition qu’on prend derrière à la légère. Une logique implacable… qui faisait une fois de plus de la France la grande ridicule de l’Europe. Mais hier, une équipe d’irréductibles Bretons décidait de tout gâcher. Coup de gueule.

De l’espoir pour mieux se ramasser

Cette Ligue Europa sentait déjà bon la lose à la française au vu des équipes qualifiées. Strasbourg s’étant cassé les dents sur l’ogre Francfort en barrages – non sans avoir gagné à domicile 1-0 – il ne restait plus que Rennes et Saint-Etienne. D’un côté, nous avions donc une équipe qui venait tout juste de gagner son premier trophée depuis la découverte du feu. De l’autre, une équipe habituée à jouer la Ligue Europa et rompue au fait de sortir en phase de poules.

Qu’il est loin ce bonheur d’avoir battu Arsenal…

Comme dans toutes les belles histoire de lose, il fallait néanmoins l’ingrédient qui donne toute la saveur au plat : l’espoir. Rennes a réalisé une deuxième partie de saison 2018/2019 séduisante, sous la houlette de la nouvelle star des coachs français : Julien Stéphan. L’équipe bretonne occupait même la deuxième place de la Ligue 1 avant son premier match de Ligue Europa. De son côté, Saint-Etienne avait longtemps titillé les places qualificatives en Ligue des champions, avec une équipe cohérente menée d’un main de maître par Jean-Louis Gasset. Le début de championnat n’était pas des plus fameux, et Gasset s’en est allé, mais l’équipe possédait de l’expérience et le recrutement était malin.

Les deux clubs avaient donc certaines cartes en main pour faire quelque chose, surtout Saint-Etienne avec un groupe homogène mais abordable. Mais si vous avez cliqué sur cette article, vous savez déjà qu’aucune des deux équipes n’a réussi à se qualifier.

Un Rennes master de la lose

Alors pourquoi ? Ce n’est pas franchement dû à un manque de qualité des deux effectifs. Rennes l’an dernier avait réussi à inquiéter Arsenal jusqu’aux huitièmes de finale de la Ligue Europa. Excepté Ben Arfa, l’effectif n’a pas évolué. Pareil pour Saint-Etienne, qui avait perdu Cabella. Mais pourtant, une seule victoire en 12 matchs.

Un an plus tard, le naufrage breton. © DAMIEN MEYER / AFP

Lorsque l’on regarde les matchs, ce qui frappe, c’est le manque de gestion des moments importants. Et il faut franchement féliciter nos deux équipes, puisque l’effort a été collectif. Sur ses deux premiers matchs de poules, Rennes ouvre à chaque fois le score. Contre le Celtic, ils sont même à 11 contre 10. Score final ? 1-1. Puis Morel ouvre la marque à Rome contre la Lazio. Score final ? Défaite 2-1.

Rennes est donc mal parti, mais la lose ne s’arrête pas là. Elle va même s’amplifier. Cluj arrive au Roazhon Park et la terrible armée roumaine fait tellement peur aux Rennais qu’ils se retrouvent à 10, sans leur gardien, au bout de six minutes. Ils sont menés au bout de huit. Et ils se retrouveront même à 9 et livreront un match héroïque… pour perdre 1-0. Une défaite on ne peut plus française, avec les honneurs. Ils se déplacent ensuite en Roumanie et réussissent à perdre à la 87ème. Même feu Raymond Poulidor n’aurait pas pu prédire une telle issue. C’en était fini des espoirs rennais.

Ce qui rend leur jolie victoire 2-0 hier soir contre la Lazio aussi anecdotique que porteuse de regrets. A la fois pour une équipe qui avait largement le niveau pour se qualifier, mais également pour les amateurs de records de lose à la française.

Saint-Etienne, maître des nuls et des buts contre son camp

Pour Saint-Etienne, cela commence avec une défaite à La Gantoise. Avec déjà ce qui fera la marque de fabrique stéphanoise de cette campagne européenne : les buts contre son camp. Loic Perrin mit du cœur à l’ouvrage dans ce match pour apporter sa pierre au toujours plus solide édifice de la lose à la française. Puis vint un nul à Wolfsburg qui allait lancer une série de nuls assez impressionnante. Lors de ce match, les Stéphanois auront mené deux minutes.

Jamais les Verts n’ont réussi à se défaire d’une équipe au budget 10 fois inférieur.

Puis vint la redoutable équipe ukrainienne d’Oleksandria. Geoffroy-Guichard verra le travail de Gabriel Silva qui fait tout tout seul : un but à la huitième minute et un but contre son camp à la 14ème. Bonne nouvelle : ils ont réussi à mener trois fois plus de temps qu’au match précédent. Mais le retour est encore plus ubuesque : les Verts mènent depuis la 24ème, Khazri enfonce même le clou… mais la gestion française des moments clés frappe encore. Un but à la 83ème, un second à la 91ème, face à une équipe à 11 millions d’euros de budget. Pour ceux qui tiennent les cordons de la bourse, c’est 10 fois moins que celui de l’AS Saint-Etienne.

Cela oblige les Stéphanois à l’emporter face à La Gantoise. Et même à 11 contre 10, ils finissent par faire ce qu’ils savent faire de mieux : un match nul tout triste 0-0. On plie les gaules et la Gaule, retour dans notre Ligue 1 des talents qui n’a jamais aussi mal porté son nom.

Un manque de solidarité inacceptable avec la Norvège

Perdre c’ets une chose. Le faire en étant ridicule, c’en est une autre. Mais le pire dans cette histoire, c’est que la France a fait preuve d’un manque de solidarité qui n’est pas dans les valeurs de la lose. Avec la victoire pour du beurre bretonne, la France a en effet battu la Norvège dans le championnat des équipes à zéro victoires en Ligue Europa. Trahison.

Trahison.

Clôturer une campagne européenne déplorable et risible par une victoire pour s’éviter de rentrer dans la légende est tellement français. Un peu comme la taule du coup seulement presque légendaire reçue par le XV de France face à la Nouvelle-Zélande en 2011. Cette impossibilité de faire des choses extraordinaires est si français que ça devrait être inscrit dans la devise de notre République. Surtout quand le coupable est un défenseur qui met un doublé à une des meilleures équipes italiennes.

Je préconise donc que Mr. Gnagnon, pour ses actes qui montrent un talent bien trop important pour notre championnat soit purement et simplement destitué de son statut de défenseur de Ligue 1. Va dans un des grand championnats et laisse nous à notre médiocrité.

Finalement, pourquoi ?

On peut rire du record de lose évité. On peut moins rire en se rendant compte que la décennie de football européen qui vient de passer n’a pas été belle pour le football français. Lyon a une demi-finale de Ligue Europa et Marseille une finale. Mais sinon, rien du tout.

Chaque saison, cette Ligue Europa pose le même problème aux clubs français : alors qu’elle représenterait une vitrine plus qu’intéressante pour développer les joueurs, elle est jouée par-dessus la jambe par des clubs qui souhaitent surtout pas rater leur championnat. A cela se rajoute également un manque d’ambition tactique bien de chez nous Français : quand on voit l’Ajax mourir avec ses principes ou le RB attaquer alors qu’il mène encore en Ligue des champions, il y aurait de quoi s’inspirer. Mais quand on voit encore certaines équipes de Ligue 1, y a de quoi pleurer la nuit. Cette frilosité ambiante ne cesse d’ailleurs de faire stagner le niveau global de notre championnat.

Et le pire dans tout cela, c’est d’entendre les discours d’après-matchs, qui se veulent positifs et tournés vers le championnat. Pour viser à la fin de saison, vous l’aurez deviné, la coupe d’Europe. C’est bien gentil de vouloir continuer à exporter la défaite à la française, mais au bout d’un moment, il faudrait peut-être commencer à se montrer cohérent. En 10 ans, seulement la moitié des équipes françaises engagées en Ligue Europa ont passé la phase de poules. Alors que sur la même période, la Turquie, l’Ukraine, la Pologne et la Belgique font mieux. Et que cette année, même Chypre et la Bulgarie ont envoyé une équipe en 16èmes.

Le problème n’est pas budgétaire, il est au niveau de l’état d’esprit. Et tant qu’on s’entêtera dans des préceptes de jeu manquant cruellement d’ambition, j’ai peur que des saisons comme celles-ci, on risque d’en bouffer pas mal. Et ça, ça ne fait plus trop rire.

Cette campagne européenne en Ligue Europa a été catastrophique. Il faudra un jour se demander pourquoi on joue encore le championnat pour se qualifier dans une Ligue Europa que l’on balance derrière. Au moins, le ridicule ne tue pas et permet de faire passer la pilule. Parce que, tout de même, rappelons que la qualification de Lyon en 8ème de Ligue des champions fait que, pour la première fois depuis 2011/2012, aucune équipe française ne sera au rendez-vous des 16èmes de Ligue Europa. Même dans la victoire, on arrive à perdre. C’est ça la French touch

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