Rudi Garcia lors de son premier match sur la banc de l'OL.
Rudi Garcia lors de son premier match sur la banc de l'OL. [Sport 24 - Le Figaro]
Football

Garcia peut-il révolutionner l’Olympique Lyonnais ?

Pour son premier match à la tête de l’Olympique Lyonnais ce samedi, Rudi Garcia a concédé un match nul face à Dijon (0-0). Alors que les Lyonnais affronteront demain soir le Benfica Lisbonne en Ligue des champions, de nombreuses interrogations entourent le nouvel entraîneur sur sa capacité à relever un effectif au bord du gouffre.

L’ambiance est pesante, les messages clairs, hostiles. En cette fin d’après-midi pluvieuse sur les bords du Rhône, Rudi Garcia, nommé le 14 octobre pour remplacer Sylvinho, pénètre pour la première fois sur la pelouse du Groupama Stadium en tant qu’entraîneur de l’Olympique Lyonnais. Une partie du public a décidé de lui réserver un accueil pour le moins mitigé. Son nom est sifflé à l’annonce des équipes. Une banderole du Kop Virage Nord est on ne peut plus claire à son égard : « Garcia, notre patience sera égale au respect que tu as montré au club : nulle ». Si les joueurs sont également visés par les banderoles et les sifflets, l’arrivée de celui qui avait quitté le banc de l’Olympique de Marseille dans un grand fracas en mai dernier n’est pas du goût d’une grande partie du peuple lyonnais, déçu de ce choix autant que des décisions en montagnes russes des dirigeants lyonnais ces derniers mois.

Déterminé à relancer son équipe, Rudi Garcia fait fi du contexte. Tout au long des 90 minutes, il harangue ses troupes, replace ses joueurs, distribue ses consignes sans relâche. Dès les premiers instants, il fait régulièrement le point avec Cornet sur son placement et le rôle qu’il doit tenir, houspille Tete quand il ne se replace pas, apporte des précisions à Aouar sur son rôle au cœur du jeu. Bref, Garcia est à bloc, habité par l’envie de redonner le goût de la victoire à ses joueurs et au public. Il l’avait annoncé dès sa présentation aux médias : « Vous pouvez compter sur moi pour défendre mon club, mon institution, contre tout opposant ».

Houssem Aouar balle au pied face à Dijon, ce samedi.  [@Maxppp]
Houssem Aouar balle au pied face à Dijon, ce samedi. [@Maxppp]

Les débuts d’une transformation ?

La première mi-temps est très terne. Le contraste avec les performances de l’OL sous Sylvinho n’est que peu perceptible. Les Lyonnais sont fébriles et affichent une faiblesse technique inquiétante. Au-delà du choix de l’entraîneur ou de toute considération tactique, des joueurs comme Tete, Tousart ou Cornet ont-ils réellement le niveau technique pour porter le maillot lyonnais ? Garcia va devoir rapidement imposer sa patte, donner un style et une identité à cette équipe. Mais il devra aussi inévitablement faire des choix d’hommes, et peut-être mettre à l’écart des joueurs qui, en dehors d’un manque évident de confiance, affichent des faiblesses techniques beaucoup trop importantes.

La deuxième mi-temps est d’un bien meilleur niveau. Sans proposer un jeu exceptionnel, les Gones sont dans le bon état d’esprit et multiplient les mouvements offensifs, certes bien aidés par des Dijonnais à la limite de la rupture. On note alors les débuts d’une transformation : dans un système de jeu identique à celui choisi par Sylvinho – le 4-3-3 –, les latéraux montent beaucoup plus, conformément à ce que Rudi Garcia annonçait dans ses conférences de presse. Au total, les Lyonnais centreront 32 fois, un premier élément de contraste saisissant avec l’OL version Sylvinho. Pour ce qui est des tirs, la différence est également de taille : les Gones tireront 25 fois au but, cadrant à 10 reprises. Les bases d’une transformation sont posées. Reste à régler un souci évident d’efficacité.

Une situation préoccupante mais pas alarmante

Malgré de légers progrès dans la production du jeu et la présence offensive, le constat général est toujours le même : l’OL n’avance pas. Avec ce nouveau match nul, il enchaîne un huitième match sans la moindre victoire en championnat, signant ainsi la pire série des 32 années de présidence de Jean-Michel Aulas. Désormais relégués à 14 points du Paris Saint-Germain – l’an passé, l’écart était de 19 points au lendemain de la dernière journée –, les Lyonnais ont bien évidemment abandonné tout espoir de concurrencer, ne serait-ce qu’un petit peu, le club de la capitale. Pour ce qui est des inquiétudes au sujet du podium, elles restent limitées : la seule équipe véritablement crédible pour terminer à l’une des deux places derrière le PSG et actuellement bien classée est l’OM, qui ne compte que 6 points d’avance sur son rival lyonnais. D’autant qu’avec le Classique face au PSG programmé lors de la prochaine journée (le 27 octobre) et le match Marseille-Lyon du 10 novembre, les positions pourraient rapidement s’inverser. Et c’est peut-être là l’une des principales menaces qui pèsent sur l’OL : dans ce championnat de France de plus en plus faible, la régularité et l’exigence n’ont rien d’indispensable. Enchaîner deux ou trois victoires suffit à entrevoir le podium.

Interrogé par L’Equipe quelques heures après Lyon-Dijon, le président Aulas, très clairement de retour en première ligne dans le quotidien du club, a souligné les apports indéniables de l’arrivée de Rudi Garcia. « Il a amené une rigueur qu’on avait perdue. Il n’y en avait pas à l’entraînement et dans la vie de tous les jours ». Sylvinho, arrivé à Lyon avec l’image d’un général d’armée, avait perdu les commandes et s’était montré de plus en plus laxiste. Rudi Garcia est lui arrivé avec d’importantes exigences vis-à-vis de son groupe. A force de travail et de rigueur, il pourrait rapidement aider l’OL à renouer avec la victoire. Mais est-il, sur le long terme, une bonne solution pour l’Olympique Lyonnais ? Les fondations d’une révolution posées en mai dernier se sont-elles déjà effondrées avec cette arrivée ?

Aulas et Juninho face à la presse. [RMC Sport]
Aulas et Juninho face à la presse. [RMC Sport]

La fin de la révolution de mai ?

Ce qui est sûr, c’est que ce choix pose question. Car choisir Rudi Garcia interroge sur la continuité avec la nomination de Sylvinho. Car ce choix a semblé principalement dicté par le président Aulas et interroge de fait sur le poids de Juniho dans les décisions du club. Et enfin parce que les différences entre les entraîneurs qui précédèrent Sylvinho et Rudi Garcia peuvent paraître ténue.

En présentant son 29ème entraineur, le président Aulas a insisté sur la manière dont celui-ci avait été sélectionné. De façon collégiale, avec un rôle prépondérant donné à Juninho. Plusieurs éléments ont pourtant laissé penser le contraire : suite à l’échec de Sylvinho, choisi par Juninho au printemps dernier, Jean-Michel Aulas a semblé reprendre la main sur les décisions, envoyant aux oubliettes la révolution vendue en mai dernier. Oui mais voilà. Juninho a posé à côté de Rudi Garcia pour la photo de présentation. Juninho a dit tout le bien qu’il pensait de son entraîneur dans le communiqué de presse publié le 14 octobre, évoquant une « véritable connexion football avec lui ». La communication de l’Olympique Lyonnais laisse à croire que la légende locale est en première ligne. D’autres éléments peuvent faire penser le contraire. Tout cela sera plus clair dans quelques semaines, en observant le rôle et la présence de Juninho dans la vie du club. Mais les nombreuses interventions médiatiques récentes du président Aulas laissent de nombreux indices sur les rapports de force en interne.

Si cette décision n’avait appartenu qu’à Juninho, on peut légitimement douter du fait qu’il eut choisi Rudi Garcia. En effet, les rumeurs qui ont suivi son arrivée à l’OL en tant que directeur sportif faisaient état de contacts avec des entraineurs tels que Jorge Sampaoli, Thiago ou Mikel Arteta. Des noms qui semblent n’avoir que très peu en commun avec Rudi Garcia. Avec ce poids qui semble donc relatif dans les décisions prises par la direction lyonnaise, Juninho pourrait ainsi se voir peu à peu reléguer au second plan. A moins que la solution Garcia ne soit que temporaire.

Les premières images de son arrivée ont eu quelque chose d’assez incongru. Aux côtés de Jean-Michel Aulas et de Juninho, Rudi Garcia ne semblait presque pas à sa place. Parce qu’il a intensément participé à exacerber la rivalité entre Marseillais et Lyonnais ces dernières années. Parce qu’il a souvent attaqué frontalement l’Olympique Lyonnais lors de ses deux ans et demi à l’OM. Et parce que les échanges tendus avec le président Aulas étaient monnaie courante. Si toutes ces anciennes querelles semblent pour le moment reléguées au second plan, ne pourraient-elles pas resurgir rapidement, et même dans quelques jours si Garcia ne parvenait pas à redresser l’OL ? La question peut légitimement se poser. Le match de demain à Lisbonne pourrait, en cas de contre-performance, déjà donner quelques indices.

Rudi Garcia donne ses consignes à Bertrand Traoré lors du match face à Dijon, ce samedi.
Rudi Garcia donne ses consignes à Bertrand Traoré lors du match face à Dijon, ce samedi.

Garcia en chef de file de la révolution ?

Les événements de ces dernières semaines ont en tout cas semblé faire de la révolution lyonnaise amorcée avec l’arrivée du duo brésilien en mai dernier une anecdote pour les livres d’histoire. Au cœur de la crise, l’éternel Jean-Michel Aulas est très vite réapparu. Preuve que la gestion de ce club est définitivement unique et que l’omnipotence de son président en est la caractéristique la plus saillante. Reste une question majeure : l’Olympique Lyonnais va-t-il poursuivre sa transformation, qu’Aulas présentait comme indispensable pour faire de ce club un acteur majeur du football européen ? Ou la nomination de Rudi Garcia est-elle un indicateur criant du retour à la normale sur les bords du Rhône ? Comme pour l’immense majorité des sujets concernant l’Olympique Lyonnais, seul Jean-Michel Aulas a la réponse. Mais les clés sont pour le moment dans les mains de Rudi Garcia. Et celui qui laissa un souvenir impérissable au supporter du LOSC en 2011 – signant un doublé coupe – championnat – a laissé des indices sur sa volonté de faire du jeu un élément central de son mandat lyonnais : « Je pense que le contenu des matchs mène aux victoires […], et qu’en jouant bien, on a beaucoup plus de chances de gagner des matchs », confiait-il lors de sa présentation. Un discours qui, sur le papier, plaira aux décideurs lyonnais ainsi qu’au public. Il en était certes de même pour celui de Sylvinho. Mais contrairement à son homologue brésilien, Garcia a déjà prouvé. Et dans ces moments si rares où l’on se trouve devant une page blanche, à l’heure où tous les espoirs sont encore permis, rien n’indique qu’il ne deviendra pas le symbole de ce nouvel OL si ardemment souhaité.

Pierre-Louis Käppeli

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