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Kevin Strootman : Pourquoi ça ne fonctionne pas ?

Je me souviens d’un milieu hollandais qui était un grand joueur. Plus jeune il était considéré comme l’un des meilleurs milieux de terrain d’Europe et tenait la comparaison avec Mark Van Bommel. Son de jeu niveau était tel, que son sélectionneur national lui avait confié le brassard de capitaine à seulement 22 ans, au détriment de Robin Van Persie et d’Arjen Robben. Sa capacité à ressortir proprement chaque ballon incita même Rudi Garcia à le surnommer la « machine à laver ». En outre sa grinta et son charisme firent de lui le chouchou des tifosis de la Roma. L’histoire raconte qu’il fut même capable, le temps d’un quart de finale retour de Ligue des Champions, de faire déjouer la légende Andrès Iniesta.

Malheureusement force est de constater que Kevin Strootman n’est plus que l’ombre de lui-même. Lenteur, manque de vivacité et passes latérales, voici les mots caractérisant le mieux ses performances sous le maillot olympien.

Car pour l’instant la recrue phare du mercato 2018 de l’OM est pour les plus indulgents une déception. Cependant pour les plus négatifs il reste le pire investissement en rapport qualité-prix de l’histoire du club marseillais.

Un joueur initialement extraordinaire

A l’origine de sa carrière Kevin Strootman est un milieu de terrain complet, un box-to-box comme il en émerge rarement, le type de profil faisant saliver la plupart des entraîneurs.

En effet sa palette est large, son sens tactique lui permet d’être toujours placé justement et son impact physique lui offre un volume de jeu élevé. De plus ses qualités techniques lui assurent la possibilité de casser les lignes à volonté et de combiner facilement dans les petits espaces. Enfin sa grinta et son charisme en font un leader du vestiaire à même de replacer et remotiver ses coéquipiers. Cette capacité à peser dans les deux surfaces, symbole de son profil varié ressort largement dans les statistiques. 

Statistiques offensives et défensives

PSV (TCC)2011-2013(88 matchs)28 passes décisives14 buts1,9 passes clés par match1,2 interceptionspar match3,2 tacles par match
Roma (TCC)2013-2014(29 matchs)7 passes décisives6 buts1,7 passes-clés par match1,1 interceptions par match3,3 tacles par match

Strootman semblait donc promit au gratin européen mais son avenir brillant se brisera dans le San Paolo de Naples, à cause d’une terrible blessure aux ligaments croisés. Il s’en suit deux années de galères marquées par trois opérations au genoux (dont une ratée) et une rechute en janvier 2015.

La première version de Kévin Strootman était donc complète et de haute voltige. Il aurait donc dû logiquement rejoindre un club de top niveau européen.

Un joueur plus « normal » après sa blessure

Après deux années minées (13 matchs joués entre avril 2014 et août 2016)  par ses blessures au genou, le hollandais retrouve donc le onze titulaire de la Roma lors de la saison 2016-2017. Le fait que ses qualités techniques, tactiques et mentales demeurent intactes lui permet aisément de retrouver une place de titulaire dans l’entre-jeu au côté de De Rossi et Nainggolan. Cependant son corps ne suit plus le rythme, il ne peut retrouver son volume de jeu et ses atouts de percussion s’amenuisent.

Strootman est donc contraint de se réinventer, car désormais ses genoux défaillants l’empêchent de multiplier les courses vers l’avant, il en résulte un profil moins complet et plus défensif. Par exemple en 44 matchs disputés en 2017-2018 il n’inscrit qu’un seul but et délivre une unique passe décisive.

Strootman I était un box-to-box capable de tout faire, Strootman II est un milieu de terrain à vocation plus défensive et limité physiquement.

Toutefois c’est là qu’apparaît la subtilité de l’affaire, puisque les deux dernières saisons romaines de ce quasi-miraculé du football ont été bonnes. Pourtant sous le maillot marseillais Strootman n’y arrive pas malgré quelques bons matchs ponctuels, les performances ne sont pas à la hauteur de l’investissement considérable effectué par l’OM (25 millions d’euros de transfert combinés à un salaire de 500 000 euros bruts par mois).

Les raisons de son échec marseillais

Premièrement une mauvaise intégration dans le vestiaire olympien explique en partie les prestations décevantes du milieu batave. En effet son statut de plus gros salaire du club a fortement déplu à certains cadres du groupe tel que Dimitri Payet voir également Florian Thauvin. Cette situation combinée au fait d’être considéré comme le « fils » du coach Rudi Garcia a suscité de la jalousie voir de la méfiance a son égard. Il l’a d’ailleurs reconnu dans les colonnes de l’Equipe en mars 2019 « on va écrire beaucoup de choses dans les journaux. on va dire que le vestiaire est contre toi, tu peux en arriver à penser que seul le coach t’a embauché et que les joueurs ne te soutiennent pas », « Tu es nouveau, tu lis dans certains articles qu’ils (ses partenaires) ne sont pas contents à cause de ton salaire, ce genre de choses. Peut-être que certains joueurs pensent ainsi. Je sais comment ça marche dans le football ». 

Deuxièmement une méconnaissance qui peut être vue comme de l’arrogance vis-à-vis de la L1 est sans doute une autre cause de son bilan négatif à l’OM. Provenant d’un club et d’un championnat supérieur (le Corriere dello sport qualifia son transfert de « déclassement ») et attendu par les observateurs comme une des futures stars de la « Ligue des Talents » Strootman a sans doute considéré le défi français comme abordable pour un joueur de son calibre. Là encore fidèle à sa réputation de joueur direct et honnête il admet avoir sous-estimé la L1. 

Troisièmement cette même méconnaissance du championnat français interroge sur le profil du hollandais, une nouvelle fois il l’explique lui-même « Je suis arrivé dans un nouveau pays et dans un nouveau championnat. En Italie, c’est beaucoup plus tactique, en France, c’est beaucoup plus physique. » Et c’est là où le bât blesse, Strootman n’est pas un mauvais joueur mais son physique (ses genoux combinés désormais au poids de l’âge) ne suit plus et bride ses capacités. 
Dans un championnat français basé sur l’explosivité et l’intensité un joueur aussi lent et limité physiquement que Strootman est forcément en difficulté. A l’inverse la Série A correspond mieux à ses capacités actuelles car cette dernière est plus tactique et moins intense.

Enfin quatrième raison, des joueurs tel que De Rossi et Nainggolan pouvaient compenser les faiblesses physiques de Strootman, mais cela n’est pas le cas des Maxime Lopez, Morgan Sanson ou Valentin Rongier.

Quel avenir pour Strootman ?

Au mois de juin 2019 la donne semblait claire Strootman était poussé vers la sortie par son président sous prétexte que son salaire n’était pas économiquement viable en raison de la non-qualification en LDC. «  Dans une discussion avec le président (Jacques-Henri Eyraud), on m’a dit que je suis très cher et difficile à conserver sans Ligue des champions. Ils veulent se débarrasser de moi, tel est le message. ». Cependant le peu d’intérêt des autres clubs (la Roma c’est renseignée) et la volonté de Villas-Boas de conserver le hollandais ont provoqué un statut-quo.

Initialement positionné en relayeur gauche dans le 433 d’AVB pendant une préparation estivale qui fut très bonne pour lui, le départ de Luiz Gustavo le projette dans un rôle de sentinelle. Si son mois de septembre à plutôt été bon, ses performances ont commencé à décliné pour atteindre le quasi-néant à Monaco en Coupe de la Ligue. Cette situation à même poussé Villas-Boas a relancer Kamara au poste de numéro 6, choix clairement payant puisque l’OM vient d’enchaîner deux victoires contre des « gros » : Lille et Lyon.

Actuellement Strootman est donc dans une impasse car désormais remplaçant.  De plus la majorité des supporters et des observateurs le considèrent comme finit.

Un départ semble donc le plus logique de par son salaire et de ses performances insuffisantes. A titre personnel j’ai beaucoup défendu Kevin Strootman, parce qu’il a toujours fait partit des joueurs que j’appréciais. Cependant il faut se rendre à l’évidence ses problèmes physiques ne lui permettent plus d’évoluer au haut niveau.

Maël Kebabsa

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