Quart de finale masterclass entre la France et les Etats-Unis
Quart de finale masterclass entre la France et les Etats-Unis
Football

La défaite des bleues, les Etats-Unis vraiment trop fortes ?

Vendredi 28 juin a eu lieu le quart de finale tant attendu par les supporters : France/ Etats-Unis. Ce match choc représentait un véritable test pour les deux équipes, pour la France savoir si les bleues étaient capables de franchir un nouveau cap en franchissant enfin cette étape des quarts de finale qu’elle n’a dépassé qu’une seule fois en 2011; pour les Etats-Unis il s’agissait du premier choc d’envergure dans ce mondial et donc voir si l’équipe qui avait semblé impénétrable lors des matchs précédents allait réitérer les mêmes performances. Retour sur le choc de ces quarts de finale.

Une maîtrise américaine sur l’ensemble du match

Tout au long de la partie les Etats-Unis ont respecté leur plan de jeu initial, à savoir : une pression sur l’adversaire dès le début du match afin de prendre la marque le plus rapidement possible, ce qu’elles feront dès la 4 ème minute sur un coup-franc tiré par la numéro 15 américaine Megan Rapinoe. Ensuite elles ont laissé les françaises prendre le jeu à leur compte, leur laissant même la possession de balle en se contentant de faire parler leur solidarité défensive et essayer de venir inquiéter la gardienne adverse sur des situations de contre ou de phases de coups de pieds arrêtés, ce qu’elles réussiront encore une fois à faire à la 65 ème minute toujours par l’entremise de Megan Rapinoe qui signe sur un contre fulgurant un doublé.

La célébration de Megan Rapinoe sur son deuxième but

La maîtrise impressionnante des Américaines sur le fil du match s’est encore accentuée à la fin du match lorsque les françaises recollent au score à la 81 ème minute grâce à Wendie Renard. Ce but français promet dix dernières minutes de folie, qui ne viendront malheureusement jamais; en effet dès cet instant les Américaines reprennent le cours du jeu et la maîtrise du ballon et empêcheront les Françaises de mener toute offensive dangereuse et éviter les prolongations. En cette fin de match les Américaines ont donc montré toute la classe de leur jeu et donner une leçon de maîtrise mentale et de gestion du jeu. La partie s’achève sur le score de 2 buts à 1 et laisse un goût amer et d’inachevé dans le camp français.

Posséder n’est pas gagner

Même si le but américain a quelque peu assommé les françaises, l’avantage de prendre un but aussi tôt dans la partie est que derrière il reste du temps pour revenir au score surtout que les Américaines se sont contentées de défendre et de gérer le match, laissant la possession de balle et la domination globale du match aux Françaises.

Malheureusement si dominer n’est pas gagner, faut-il encore s’en donner les moyens. La première mi-temps bleue n’a pas été à la hauteur puisqu’il n’y a pas eu de vraie réaction collective suite au but américain même si les françaises dans le jeu sont moins acculées dans leur camp et peuvent mettre leur système de jeu en place. Cependant elles ne parviennent à l’arrivée qu’à trop peu d’occasions franches et à la statistique impressionnante d’aucun tir cadré alors qu’il en aura suffit que d’une seule aux Etats-Unis pour ouvrir la marque.

« Le premier but nous met dedans, sur une erreur. On a dominé le match mais on n’a pas trouvé la faille. On a fait une erreur. Un manque d’expérience, clairement. On n’a pas été assez efficace »

Amandine Henry pour TF1

La seconde mi-temps aura été nettement meilleure côté français puisque les coéquipières d’Amandine Henry se montrent beaucoup plus dangereuses et se procurent beaucoup plus d’occasions franches sans toutefois trouver le chemin du cadre. Le problème récurrent de l’efficacité offensive revient encore une fois dans ce match comme cela avait déjà été le cas contre le Nigéria et le Brésil même si c’était passé de justesse à chaque fois pour les bleues, face aux triples tenantes du titre cela ne suffit plus et les joueuses de Corinne Diacre vont être punies une nouvelle fois sur contre par l’inarrêtable Megan Rapinoe.

Cependant, à l’inverse de la première mi-temps les bleues ne vont pas se laisser abattre et continuer d’envoyer du jeu, à l’image de Kaddidiatou Diani qui tente d’apporter des solutions offensives mais les ballons qu’elle distribue sont souvent gâchés par leur destinataire. L’espoir jaillira de la tête de Wendie Renard, encore une fois, qui inscrit par là son quatrième but du mondial et redonne espoir à tout un peuple. Toutefois, suite à ce but les Françaises ne parviendront plus à remettre le pied sur le ballon laissant les Etats-Unis filer en demi-finale.

Un arbitrage sensiblement défavorable

Le vent de l’arbitrage semble avoir tourné sur ce match pour les Françaises, s’il avait été favorable lors des matchs précédents notamment contre le Nigéria, un certain nombre de situations ont été en la défaveur des tricolores sur ce quart de finale.

Tout d’abord, un penalty qui semble avoir été oublié par la VAR à la 86 ème minute, en effet la défenseur américaine Kelley O’Hara s’est rendue coupable d’une main dans la surface, si cette règle peut sembler absurde de par la proximité avec la joueuse et le fait qu’elle n’influe pas particulièrement sur l’action, des penaltys similaires avaient déjà été sifflés au cours de la compétition ce qui rend incompréhensible la décision de l’arbitre de la rencontre Kateryna Monzul. De plus, ce fait de jeu aurait pu changer la face de ce match (ou pas d’ailleurs) puisqu’à ce moment les bleues n’étaient plus menées que 2 buts à 1 et ce penalty aurait éventuellement pu permettre d’arracher une prolongation dans les derniers instants de la rencontre.

Penalty oublié ?

Outre ce fait de jeu, l’arbitre de la rencontre à trop de fois été influencée par les Américaines qui ont décidé à elles seules d’arrêter le match à plusieurs reprises sur des possessions françaises à l’image d’Alex Morgan à la 31 ème minute qui souffrant de la chaleur interpelle l’arbitre en se mettant à terre, annihilant ainsi une offensive bleue. Tandis qu’à la reprise de la seconde mi-temps, Amandine Henry se retrouve au sol le souffle coupé après avoir contré un tir américain, l’arbitre n’arrêtera pas le match pour autant.

Autre fait remarquable, les Américaines ont commis beaucoup plus de fautes que les françaises (11 côté américain, 8 côté français) pourtant elles n’ont écopé d’aucun carton jaune sur l’ensemble de la rencontre contrairement aux Françaises qui en recevront deux (un pour Griedge Mbock et un autre en fin de match pour Amandine Henry). Pourtant les Américaines se sont elles aussi rendues coupables de fautes d’antijeu répréhensibles par plus qu’un simple avertissement verbal.

Néanmoins, malgré ces décisions défavorables, les joueuses de Corinne Diacre ne peuvent pas se cacher derrière l’arbitrage pour expliquer la défaite et leur manque de hargne sur ce match puisque l’arbitrage est une composante dont il faut faire abstraction même s’il joue en leur défaveur et montrer de ce fait une volonté encore plus forte, ce que n’ont pas fait les bleues.

Les françaises à leur place ?

Elles étaient annoncées comme ultra favorites par tous les médias français malgré un palmarès international vide, l’engouement autour de cette équipe a peut être fait perdre un certain sens des réalités à certains, puisqu’en effet internationalement la meilleure performance des françaises reste une quatrième place au mondial 2011.

Palmarès de l’Equipe de France (Wikipédia)
Palmarès USA (Wikipédia)

En effet, malgré un effectif de qualité : des joueuses avec l’expérience du plus haut niveau avec leur club ou des joueuses plus jeunes mais avec un potentiel énorme, l’Equipe de France est restée en deçà de niveau auquel on l’attendait hormis le match d’ouverture face à la Corée du Sud. Cette déception dans le jeu passe par une inefficacité offensive constante et récurrente à chaque match avec trop peu de tirs cadrés notamment lors de ce quart de finale (5 tirs cadrés pour 20 tirs tentés) contrairement aux USA qui elles ont moins tentés (10 tirs) mais se sont montrées beaucoup plus efficaces (8 tirs cadrés dont 2 buts). Outre ce ressenti d’inefficacité offensive, cette impression est symbolisée par la meilleure buteuse de ce mondial chez les françaises qui n’est autre que Wendie Renard pourtant défenseur centrale qui a inscrit 4 buts.

« On aurait pu en prendre un autre à un autre moment mais celui-ci, il fait mal. Je pense que l’on a fait ce qu’il fallait. On n’a pas fait le match parfait parce qu’il n’est pas gagné mais, malgré tout, que voulez-vous que je reproche à mes joueuses, à part avoir manqué d’efficacité ? C’est comme ça. Il fallait un vainqueur ce soir. Ce sont les Etats-Unis. Ça ne passe pas encore ce soir on était pas loin, on n’a pas à rougir. On a fait de belles choses mais il faut encore travailler, tout simplement. J’espère qu’on n’a pas déçu trop de monde ce soir. J’espère que ça va aider notre discipline à grandir encore un peu. » 

Corinne Diacre pour TF1

Autre reproche possible aux bleues, leur manque d’agressivité en défense. En effet si l’on compare la manière de défendre des françaises face à celle d’autres sélections de renom, les bleues n’ont pas dans leur ADN cette idée de couper le jeu par des fautes (bénéfique pour le spectacle mais parfois utile pour annihiler une offensive adverse), parfois refusent les contacts voire de mettre le pied ce qui laisse une impression de défense lisse. De plus, le marquage est trop souvent étiré à l’image du jeu défensif de Marion Torrent face à Megan Rapinoe où la tricolore était toujours à contretemps sur l’américaine et pas toujours bien placée comme lors du premier but où elle est prise dans son duel en vitesse du fait d’un mauvais placement et oblige Griedge Mbock à commettre une faute hautement préjudiciable pour les bleues.

En outre, beaucoup de spécialistes du football diront que la première des défenses c’est l’attaque et par conséquent que la première des défenses c’est le pressing offensif qui a trop peu était suivi, en effet lorsqu’en première mi-temps Valérie Gauvin enclenchait un pressing, elle n’était jamais suivie par les milieux ce qui coupait l’équipe en deux et était inefficace dans la récupération de balle.

Les choix de Corinne Diacre peuvent eux aussi être contestés, déjà contre le Brésil avec l’entrée tardive de Delphine Cascarino qui avait permis de redynamiser l’équipe avant de finalement s’imposer sur le score de 2 buts à 1. Face aux Etats-Unis, encore une fois malgré le fait d’être mené au score depuis la 4ème minute et même 2-0 à partir de la 65 ème, le premier changement français n’est intervenu qu’à la 76 ème minute pour sortir une attaquante à savoir Valérie Gauvin, ce qui lorsqu’on est mené par deux buts d’écart peut sembler étonnant puisqu’il fallait revenir au score coûte que coûte. De plus, seulement deux changements ont été effectués et à chaque fois il s’agissait de deux attaquantes donc Valérie Gauvin puis Eugénie Le Sommer alors que d’autres joueuses paraissaient en grande difficulté au cours de ce match notamment Marion Torrent comme constaté précédemment face à son adversaire du soir Megan Rapinoe mais également sur son jeu défensif et sa rigueur de placement (sa titularisation pour ce match pouvait également être contestable vue ses précédentes performances) ainsi qu’Elise Bussaglia qui a fait preuve de lenteur technique tout au long du match et ralentissant les actions lors des phases de transformation du jeu.

Autre constat lors de ce match, l’absence d’impact d’Eugénie Le Sommer sur le jeu offensif comme en témoigne son occasion ratée à la 57 ème minute qui aurait pu permettre aux bleues de revenir au score, et lorsque cette joueuse a des absences cela se ressent sur l’ensemble du jeu tricolore comme lorsqu’elle a été mise sur le banc à l’occasion du match face au Nigéria. En effet beaucoup d’attente se cristallise autour de cette joueuse considérée souvent et à raison comme la meilleure joueuse de cet effectif et comme l’élément X de cette équipe capable de renverser des matchs compliqués à elle toute seule de par son talent et sa grande expérience du haut niveau. Oui mais voilà lorsque la maestro n’y arrive pas force est de constater que peu de joueuses n’arrivent à avoir le même impact physique et technique.

En conclusion, même si comme a pu le déclarer Wendie Renard les Etats-Unis n’ont rien montré, les américaines ont tout de même maîtrisé le match de bout en bout avec un fight spirit incroyable. Toutefois, la France avec une plus grande rigueur défensive et une meilleure efficacité offensive aurait pu se qualifier pour le tour suivant. Ainsi ce match est plus à analyser comme une contre-performance française qui n’a pas réussi lors de ce mondial à montrer toutes les qualités dont cette équipe dispose et nous laisse quelque peu sur notre faim et par dessus tout qui ne participera pas aux jeux olympiques de Tokyo en 2020, malgré l’émergence de jeunes joueuses sur lesquelles il faudra compter à l’avenir comme Kaddidiatou Diani : révélation française de ce mondial.

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