La nomination de Marcel Salendro à la présidence du club ou le début de la dégringolade du club
La nomination de Marcel Salendro à la présidence du club ou le début de la dégringolade du club
FootballQue Deviennent-ils ?

La descente aux enfers d’Arles-Avignon

L’histoire semblait si belle et pourtant. Une ascension fulgurante au sein de l’élite du football professionnel français, pour une descente dans les abîmes des championnats amateurs tout aussi rapide. L’entité qu’était Arles-Avignon aura une durée de vie brève et démontre à quel point l’implantation d’un club professionnel dans le Vaucluse est difficile. Entre mauvaise gestion, magouilles, jeu de pouvoir et d’influence : retour sur l’un des plus gros gâchis du football français de la décennie 2010.

Un destin prévisible ?

L’histoire d’Arles-Avignon débute en 2009. Auparavant, le club originaire d’Arles s’appelait l’Athlétic Club Arlésien (ACA comme abréviation, toujours). Lors de sa montée historique en Ligue 2 en 2009, le stade où réside le club ne répondant pas aux normes de la LFP, le club décide d’exploiter le Parc des sports d’Avignon où il n’y a alors plus d’équipes suffisamment importantes pour l’occuper. Enceinte de près de 18 000 places, le lieu séduit les arlésiens et voit revenir en Avignon une équipe de football professionnelle, chose qui n’était plus arrivée depuis la fin des années 70. Tout le monde en sort gagnant et voit de ce mariage sportif naître le nouveau club d’Arles-Avignon .

Néanmoins, pour pouvoir appréhender le destin inéluctable promis à ce club il faut remonter avant les strass et paillettes du monde professionnel. En effet, en 2005 Michel Estevan arrive à la tête de l’équipe première, alors en CFA 2 où elle stagne dans le ventre mou du championnat depuis quelques temps. Celui qui sera le héros de toute une ville et tout un peuple réalise l’impensable : passer de la CFA 2 à la Ligue 1 en 6 ans à peine.

L'enceinte accueillant l'ACA
Parc des sports d’Avignon, stade emblématique de l’ACA

Oui mais voilà, dans le football si le succès arrive plus vite que prévu, la chute est quant à elle imprévisible. Après 1 seule année et une 20 ème place en Ligue 1, l’ACA retourne en Ligue 2 et s’y stabilise. Toutefois, le sort s’acharne. En 2015, la Direction nationale du contrôle de gestion (ou comme on la connaît mieux : la DNCG) qui est un organe dépendant de la LFP décide aux vues de la situation financière critique du club de renvoyer le club arlésien en CFA au motif d’une relégation financière. La rétrogradation ainsi que la perte du statut professionnel pousse le club au dépôt de bilan puis à la liquidation judiciaire, ce qui renvoie cette fois le club en DHR. L’aventure avignonnaise s’arrête ici, le club redevient l’Athlétic Club arlésien et retourne occuper son stade initial : le stade Fernand- Fournier à Arles.

Aujourd’hui, le club est toujours au même niveau depuis sa rétrogradation, soit en Régional 2 (depuis la réforme) et reste engagé dans ce championnat pour la saison 2019-2020.

Mauvais choix et magouilles

En 2010, à l’orée de la nouvelle saison de Ligue 1 qui se profile pour Arles-Avignon; Michel Estevan entraîneur emblématique du club, celui qui a permis une ascension aussi rapide du club est évincé pour des motifs aujourd’hui encore troubles.

Michel Estevan, entraîneur du club jusqu'en 2010
Michel Estevan

Cette éviction fait suite à l’arrivée à la présidence du club de Marcel Salerno, un puissant homme d’affaires montpelliérain. En effet, il est aussi à sa manière un homme emblématique du club, d’abord actionnaire majoritaire du club il devient donc en 2010 président. Comment, pourquoi un homme qui n’a pas grand chose à voir avec le milieu du football peut évincer tout le monde ? Peut être parce que l’argent fait le pouvoir et que le pouvoir fait le football. Mais ce choix marque le début de la fin pour le club bucco-rhodanien. Preuve en est, s’en suit une relégation en 2011 puis une rétrogradation financière en 2015.

Si ce mode opératoire peut sembler commun dans le monde du football professionnel, de par le tabou financier qui l’entoure et l’opacité des intermédiaires, il n’est pas sans rappeler le parcours de l’Olympique Avignonnais (Claude Le Roy et Laurent Paganelli en ont porté le treillis) dans les années 70 et qui a connu le même destin tragique, 6 petites années et puis s’en vont, cela doit être la deadline avant qu’un projet sportif en Avignon ne s’effondre totalement.

L’illustration de l’échec de l’implantation du football professionnel dans le Vaucluse

Si la capitale vauclusienne a de nombreux atouts (notamment touristiques) dont elle peut se prévaloir, il est important de souligner qu’il n’y a aucun club de football ni dans le monde professionnel ni même dans les grands championnats amateurs. Fort de près de 93 000 habitants, d’infrastructures pouvant accueillir comme avec l’ACA des équipes de Ligue 2 voire de Ligue 1, jamais un club vauclusien n’a réussi à péricliter au haut niveau. Pourquoi ? Et bien l’on vous répondra parce que. Nul ne sait vraiment, ou alors si mais par des « on dit », « il paraît que », personne ne donne de noms ou d’explications claires à ce sujet.

Concernant Arles-Avignon la figure de proue reste celle de son dernier président : Marcel Salerno. Il s’agit d’un self-made man, ce sont les histoires de réussite que l’on aime celle où la réussite ne se doit qu’à sa propre labeur, sauf que l’homme bénéficie d’un véritable empire sur Montpellier (restaurants, hôtels, boutiques…) mais pas grande trace de business sportifs (hormis avec le FC Sète). D’abord actionnaire majoritaire du club arlésien, il devient président par la suite et décide d’évincer la majorité des responsables du club pour d’obscures raisons, connues seulement des principaux intéressés. Il nomme donc aux postes clés des gens qui font partie de son entourage ou de ses connaissances proches, s’il est connu que Faruk Hadzibegic avait pris la relève d’Estevan en 2010, le reste des acteurs du club ainsi que les statistiques du club demeurent difficiles à retrouver.

Michel Salerno, président du club
Marcel Salerno

Le changement de présidence et d’entraîneur ajouté aux règles financières de la LFP semblent avoir condamné l’ACA à un destin funeste; les bruits de couloir murmurent bien d’autres choses pourtant.

En effet, si les accusations liées au football professionnel de corruption, blanchiment d’argent, extorsion de fonds et ingérence mafieuse se savent mais ne peuvent être démontrées factuellement, les lumières restent braquées sur Marcel Salerno. Rien ne permet d’affirmer qu’il a rencontré au cours de son aventure footballistique des personnes de l’ombre du milieu du foot ou qui n’auraient rien à voir avec le foot d’ailleurs et qui auraient précipité le club vers sa fin, mais l’homme n’est pas blanc pour autant. Il a été visé par un procès en 2012 pour une histoire de transaction frauduleuse de bail, le dossier avait été classé sans suite par le juge des référés du Tribunal de Grande Instance de Montpellier suite au désistement du requérant…Étrange si l’on puisse dire, néanmoins cette histoire n’a que peu de lien avec le monde du football hormis son acteur principal, reste que le doute subsiste.

Ainsi, l’histoire du club d’Arles-Avignon s’est terminée au crépuscule du mois de septembre 2015, le club arlésien est retourné dans son stade initial et repris son nom d’antan. Pratiques douteuses des dirigeants du club, simples pantins d’un réseau bien plus vaste ou activistes hors pair ? Le clap de fin sonne 6 ans seulement après le début du rêve. Aujourd’hui le Parc des Sports d’Avignon accueille les rencontres de rugby à XIII, l’un des seuls sports où Avignon possède une équipe d’élite; l’ACA est désormais connu comme étant l’Avenir Club avignonnais dont la section féminine est la plus prolifique (actuellement engagé en Régional 1) et ayant réalisé un très beau parcours lors de la dernière édition de la Coupe de France féminine.

L’échec de la durabilité au sein du monde professionnel d’Arles-Avignon reste un échec pour tous les amateurs du football dans le Vaucluse et montre l’incapacité des différents acteurs à la fois politique, sportif et économique de développer ce secteur dans le département.

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