L'Ajax Amsterdam et l'équipe des Pays-Bas
L'Ajax Amsterdam et l'équipe des Pays-Bas
InternationnalLigue Des Champions

La renaissance orange, le plus dur arrive

Les Pays-Bas, absent des deux dernières compétitions internationales majeures, et l’Ajax d’Amsterdam, club historique en Europe, sont revenus cette saison sur le tout devant de la scène : une finale de Ligue des Nations pour l’un, et une demi-finale de Champions League pour l’autre. Deux équipes que tout semble rapprocher, et dont les avenirs, même à court-terme, ne sont pas aussi assurés qu’on peut le penser.

Il y a bientôt 40 ans naissait un principe de jeu légendaire, qui passionnent et que regrettent parfois encore tous les amoureux du football. On a bien eu le tiki-taka espagnol dans les années 2000 et 2010, emmenés par Messi, Xavi, Iniesta, Guardiola ou Rijkaard. Mais si ce genre de tactique a réussi à s’exporter jusqu’en Espagne, il ne faut pas oublier qu’elle trouve ses sources aux Pays-Bas. C’est le football total, celui qui éclaboussait le monde du football dans les années 1970. Trois coupes d’Europe des clubs champions d’affilés pour l’Ajax (1971, 1972 et 1973), et une magnifique Coupe du Monde 1974 pour les Pays-Bas, défait en finale par la RFA, mais dont la beauté de leur jeu ont séduit tous les observateurs, qui en ont fait les vainqueurs moraux. Le vrai football, c’était eux.

Cruyff avec les Pays-Bas à la Coupe du Monde 1974
Cruyff avec les Pays-Bas à la Coupe du Monde 1974

 

L’Ajax, au bon souvenir du Hollandais volant

S’il y a une seule personne à associer au football total, c’est bien Johan Cruyff. Le regretté Hollandais volant est le plus grand représentant de ce dispositif, avec qui il fera les beaux jours d’Amsterdam et de Barcelone, en plus de sa sélection nationale. Comment décrire le football total ? Un jeu offensif basé sur le mouvement de tous les joueurs, des défenseurs aux attaquants, tout le monde défend et tout le monde attaque. Cela en occupant tout l’espace disponible, avec un déplacement incessant de la balle et des onze acteurs. « Jouer au football est très simple, mais jouer simple au football, c’est la chose la plus difficile qui existe », disait Cruyff. Une philosophie qui colle parfaitement au système. Une excellente rigueur tactique et une intelligence de déplacement sont les deux qualités que doivent avoir l’équipe. Plus facile à dire qu’à faire.

« Jouer au football est très simple, mais jouer simple au football, c’est la chose la plus            difficile qui existe » Johan Cruyff

Cette année, l’Ajax c’était ça. Tout d’abord, une équipe jeune, couvée au centre de formation, un des meilleurs d’Europe, véritable berceau du football total où il est enseigné comme une religion. Derrière cela, encore Johan Cruyff. Il reprend le club en main en 2010 et entame la « révolution de velours ». Il place ses hommes à la tête du club et donne une place très importante au centre de formation et aux jeunes. Décédé en 2016, il n’aura pas pu admirer le point d’orgue de sa révolution.

Mais l’Ajax de cette saison est bien la parfaite représentation de « son » football total. Moins de 25 ans de moyenne d’âge, un jeu offensif, léché, parfaitement intégré par une équipe soudée, et des joueurs avec des intelligences tactiques et des qualités techniques parfaitement complémentaires. Résultat des courses : Une demi-finale de Ligue des Champions, seulement battu par une remontada de Tottenham, après avoir sorti les triples champions d’Europe en titre du Real Madrid, et après avoir fait sauter l’hermétique verrou turinois. Sous la houlette de l’entraîneur Erik Ten Hag, un hollandais bien sûr, Amsterdam a redonné à l’Europe une saveur presque oublié.

 

Les Pays-Bas, tube de l’année sur la scène international

Sortir les deux derniers champions du monde en phase de poule de la toute nouvelle Ligue des Nations est du même acabit que le tableau de chasse 2018/2019 de l’Ajax. Comme si les amateurs de football n’avaient pas eu leurs doses de Bataves en Champions League, l’équipe nationale en a remis une couche. Après avoir maté la France et l’Allemagne à la mi-saison, ils atteignent le dernier carré de la première édition de la Ligue des Nations, où ils seront battus par le Portugal de Ronaldo en finale. Leur parcours sur ces dix dernières années ressemble à une montagne russe, mais ils remontent la pente au même moment que le club d’Amsterdam . Une finale de Coupe du Monde perdue en 2010, une demi-finale en 2014, et puis plus rien. Ils n’ont pas réussi à se qualifier pour l’Euro 2016 et la Coupe du Monde 2018, ce qui laisse présager des changements à effectuer en interne. Depuis, Ronald Koeman est aux commandes, et bien évidemment, c’est un ancien de l’Ajax et de Barcelone.

Avec lui donc, une splendide première campagne en Ligue des Nations, vainqueurs magnifiques des Français et des Allemands en poule, des Anglais en demi-finale, mais butant sur le Portugal en finale. Mais le jeu est pleinement retrouvé, l’équipe est complémentaire, et les joueurs ont explosés cette année. Pour ne citer qu’eux, en charnière centrale, que l’on a osé murmurer comme la meilleure du monde actuellement, Van Dijk-De Ligt. Au milieu, une redoutable paire De Jong – Wijnaldium. Et en attaque, un Memphis Depay, qui quand il le veut, fait des merveilles. Voilà pour l’ossature. Parmi celle-ci, deux sont champions d’Europe avec Liverpool,  et deux sont de magnifiques demi-finalistes Amsterdamois. Ceci  explique cela.

 

Deux équipes magnifiques, à eux d’en faire des générations durables

Si on prend l’équipe de l’Ajax d’Amsterdam, on observe tout d’abord une équipe très jeune. Les fers de lance De Ligt (capitaine à 19 ans !), Blind, Van de Beek, De Jong, Ziyech, Tadic, et Neres ont une moyenne d’âge d’à peine plus de 24 ans. Au passage, les quatre premiers noms font aussi partie de l’équipe nationale des Pays-Bas. La première chose que va devoir gérer le club cet été est l’énorme potentiel de ses jeunes, et conséquence du football moderne, leurs très grandes valeurs marchandes.  Comme Monaco, déplumé de ces nombreux talents dont Mbappé, Mendy, Silva, ou Bakayoko après leur parcours en Ligue des Champions 2016-2017, l’Ajax peut s’attendre à devoir céder ses protégés qui se disperseront dans les gros clubs européens durant le prochain mercato. Et cela a déjà commencé, avec la vente dès cet hiver de Frenkie de Jong au Barça pour quelques 75 millions d’euros. Le risque de voir les principaux joueurs de cette formation quitter le navire après seulement un premier exploit est plus qu’élevé, ce qui va sûrement vite faire oublier la superbe saison du club.

 

Le risque pour la sélection est différent, mais tout aussi important. Premièrement, De Ligt et De Jong vont quitter le berceau pour rejoindre les cadors européens. L’adaptation peut être difficile, ce qui pourrait influer sur le résultat des Hollandais compte tenu de leurs places dans l’équipe.  Deuxièmement, si les Van Dijk, Blind, Cilessen, Wijnaldum,  Depay ou encore Dumfries peuvent largement tenir la barraque face aux toutes meilleurs équipes nationales à long terme, la question est plus incertaine pour le reste de l’équipe. Sur les ailes par exemple, Babel et Bergwijn ne valent pas Mbappé, Sané, Sterling, ou Silva, si on prend que les européens. La profondeur du banc est aussi sujette à amélioration, l’avenir de l’équipe étant dépendante de la progression de la plupart de ses membres, en plus de tous ces autres facteurs.

 

Malgré une saison magnifique, le football néerlandais est encore loin de renaître pleinement de ces cendres, celui qui par le passé a fait la fierté et la reconnaissance de tout un pays. D’ailleurs, on ne sait pas si le football moderne permettrait de revivre sur une plus longue période ce genre de moments et ce type de jeu. Aujourd’hui, le pragmatisme défensif a remplacé le romantisme offensif, les blocs-bas foisonnent à la place des attaques flamboyantes, et l’argent a déboulé pour diriger le tout. Les Pays-Bas et l’Ajax d’Amsterdam ont peut-être suivi les conseils de Johan Cruyf, qui affirmait que « si vous choisissez le meilleur à chaque poste, vous n’aurez pas une bonne équipe mais onze numéros uns ». Les Pays-Bas n’ont pas de véritables grandes stars, et l’Ajax n’a pas le budget du Real ou de la Juve. Mais si nous écoutions encore une fois le Hollandais volant, on pourrait répondre qu’ « on a jamais vu un sac de billet marquer un but ».

Johan Cruyff (1947-2016)
Johan Cruyff (1947-2016)

Benjamin Claude

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