Football

Le Borussia M’Gladbach enfonce le Bayern sur le fil

L’éclaircie qui a suivi la mise en retrait de Niko Kovac, n’aura duré que trois petits matchs pour le Bayern Munich. Avec ce nouveau revers sur la pelouse du leader, le Borussia M’Gladbach, les Munichois s’enfoncent dans la crise et se trouvent maintenant à déjà 7 points de la première place. 

Les enjeux.

On se serait cru de retour dans les seventies, période dorée pour M’Gladbach (5 titres de champions) qui pouvait alors prétendre rivaliser avec l’ogre munichois, avec cette affiche entre le leader rhénan et une équipe bavaroise en quête de rachat après sa défaite imméritée contre Leverkusen la semaine dernière. 

Avant la rencontre, le Bayern totalise 4 points de retard sur Gladbach et se doit de réagir après sa dernière contre-performance. Afin de premièrement, réduire l’écart qui le sépare de son adversaire du jour et deuxièmement, rester dans le coup vis-à-vis de ses concurrents (Leverkusen, Fribourg, Dortmund, Schalke, Leipzig) qui se tiennent dans un mouchoir de poche (5 points entre le septième et le second).  Pour M’Gladbach il s’agit de faire durer le plaisir au maximum, le Borussia réussit son meilleur début de saison depuis 1976, en conservant une première place fragile avec seulement 1 point d’avance sur son dauphin, le Red Bull Leipzig.

Ce classique du championnat allemand est donc savoureux par son contexte, mais aussi parce que sur les dernières années, Gladbach a su poser des problèmes à l’ogre munichois avec notamment un succès 3-0 la saison dernière à l’Allianz Arena. 

Le film du match.
Pour ce choc de la Bundesliga, Marco Rose décide d’innover avec un 4-4-2 losange, exit donc le 4-3-3 installé depuis 2 mois. Au niveau des hommes, Rose se passe de Embolo, Herrmann et Kramer. Enfin pour le style, les principes resteront similaires : pressing haut, intensité maximale et jeu vertical. Côté Munich le 4-3-3 de Hansi Flick est reconduit, mais plusieurs changements notables sont à noter : Gnabry, Pavard, Perisic et Martinez débutent sur le banc au profit de Coman, Tolisso, Thiago et Boateng. 

Dès le début du match une tendance s’installe et se poursuit pour tout le reste de la première mi-temps. Le Bayern est extrêmement dominateur, le pressing tout terrain des munichois se révèle efficace, Munich étant à 5,58 PPDA sur le match (statistique mesurant l’efficacité du pressing d’une équipe, plus le chiffre est proche de 0 et plus celui-ci est performant). Le 4-3-3 munichois se transformant alors en 4-4-2 avec le décrochage d’un des trois milieux de terrain qui vient se placer au niveau de Lewandowski pour presser les centraux de Gladbach et surtout pour déstabiliser Denis Zakaria, véritable rampe de lancement de son équipe. Les côtés sont bloqués par le placement intelligent des ailiers Coman et Müller. Ce pressing ombiné à une agressivité permet au Bayern de dominer les duels (65% de duels gagnés lors des 20 premières minutes). Munich profite de sa domination pour installer son jeu de possession, qui demeure marqué par une recherche de la verticalité forte jusqu’à la sortie de Tolisso sur blessure (20′). Dès lors les munichois repartent dans des circuits de balles plus classiques, en passant plus sur les côtés via les latéraux Kimmich, Davies et Coman qui multiplient les centres (17 centres tentés à eux trois). En conséquence le Bayern se crée de multiples occasions par Lewandowski (14′,16′) et Muller (8′,26′) mais aussi par Kimmich (27′) et Perisic (36′). 

Le Borussia M’Gladbach est donc largement dominé pendant la première mi-temps. En cause, une incapacité chronique à ressortir proprement le ballon avec seulement 72% de passes réussies sur le match contre un taux de 79% en moyenne. Ainsi qu’un contre-pressing plutôt inefficace avec un 9,97 obtenu à l’indice PPDA. Le Borussia ne doit donc ce score qu’aux prouesses de Yann Sommer ainsi qu’aux maladresses munichoises, déjà fatales contre le Bayer Leverkusen sept jours plus tôt. Cependant, il convient de reconnaître aux joueurs de Gladbach une débauche d’énergie assez incroyable, visible lors des replis défensifs.

Au retour des vestiaires, le Bayern ouvre rapidement le score via une reprise de Perisic (47′), sur un beau service de Muller. Et ce sera presque tout, puisque le rouleau compresseur munichois va subitement se mettre à ronronner. Gladbach en profite pour revenir dans le match, timidement d’abord avec des fulgurances de Thuram (avec un joli petit pont sur Boateng), puis de manière plus entreprenante avec une égalisation sur corner par le champion d’Afrique Ramy Bensebaini (60′). 

Le tournant du match intervient entre la 60′ et la 70′. Marco Rose décide de repasser en 4-2-3-1 avec les entrées de Embolo et d’Herrmann, tandis que Hansi Flick remplace le triste Boateng par Javi Martinez. Et la tendance continue à s’accentuer, les entrants dynamisent le Borussia qui peut désormais pratiquer correctement son habituel jeu de transition face à un Bayern contrôlant de moins en moins le match. Toutefois le score reste inchangé et on se dirige tout droit vers un partage des points jusqu’à la 92′, lorsque Javi Martinez semble faucher Thuram dans la surface. Au ralenti l’action est très litigieuse, mais l’arbitre Mr.Fritz n’hésite pas et désigne le point de penalty. Bensebaini s’empare du ballon et ne tremble pas, le Bayern Munich est KO debout.

Les tops

Marco Rose 8/10 : Il était critiqué malgré sa première place et la qualité de jeu proposée pour n’avoir pas toujours pas battu de « gros » en Bundesliga. C’est désormais chose faite ! Si le 442 losange proposé n’a pas été efficace, le passage en 4231 à l’heure de jeu combiné aux entrées de Herrmann et Embolo ont dynamisés le jeu du Borussia et ont permis le succès de M’gladbach. C’est ce même Herrmann qui lance Thuram en profondeur sur l’action du penalty.

Ramy Bensebaini 7,5/10 : L’homme du match, très clairement une performance plutôt solide défensivement combinée à un doublé qui offre la victoire à son équipe. 

Joshua Kimmich 6,5/10 : Encore une belle performance pour Joshua Kimmich, toujours très complet que ce soit en milieu de terrain ou en latéral droit. Défensivement il a su rester solide quand Munich a reculé en deuxième mi-temps comme le montrent ses 5 tacles réussis sur 7. Offensivement il a beaucoup proposé avec 4 centres tentés (pour 2 réussis) et une frappe qui passe à un doigt (celui de Sommer) de faire mouche (27′).

Les flops

Jérôme Boateng 4,5/10 : Une bonne première période avec 4 tacles réussis et 2 interceptions réalisées. Cependant il reste fébrile quand son équipe subit. Un grand joueur sur le déclin, Hansi Flick ne s’y est pas trompé en le remplaçant à la 68′ par Javi Martinez.

Robert Lewandowski 4/10 : Si le Polonais réussit un début de saison extraordinaire avec 16 buts en 14 matchs, il a affiché un manque de réussite sur ses deux dernières performances. Il devra impérativement surmonter cette mauvaise passe le week-end prochain contre le Werder Brême. Cependant, il demeure toujours utile dans le jeu, en s’imposant dans les airs (4 duels gagnés) et en combinant toujours intelligemment avec ses coéquipiers. 

Hansi Flick 3,5/10 : Ses trois premiers matchs ont été particulièrement aboutis mais les résultats sont aujourd’hui beaucoup moins positifs, malgré la production offensive importante de son équipe. De plus Flick, à la différence de Rose, a complètement raté le coche en ne changeant rien à son animation offensive en dépit des difficultés de son équipe en deuxième période. Une inaction encore plus troublante, lorsque l’on sait que Gnabry et Coutinho se trouvaient sur le banc…

Les enseignements

Pour Monchengladbach cette victoire permet de garder la première place et de continuer de rêver. Ses résultats consacrent le nouveau cycle engagé par le club, autour de la personne de Marco Rose. Ce dernier malgré un départ en demi-teinte a su instaurer son projet de jeu basé sur les transitions à l’allemande et sur une utilisation assez originale des nouvelles technologies statistiques. Pour l’instant, tous les feux sont au vert pour le Borussia. 

A l’inverse le Bayern Munich retombe dans ses travers et l’effet Hansi Flick semble déjà se dissiper. La faute à une défense très friable (aussi handicapée par les blessures de Lucas et de Süle) et également à un manque de réalisme assez incroyable (le Bayern a touché les poteaux onze fois depuis le début de la saison, un record en Bundesliga) qui illustre la Lewandowski-dépendance. De plus les Bavarois semblent dans l’incapacité de réaliser une performance, totalement aboutie sur un match entier, car si la première mi-temps fut excellente, la seconde fut largement décevante. Au niveau du classement la donne se complique sérieusement puisque Munich est septième à 7 points de son adversaire du jour avec une moyenne inquiétante de 1,7 point par match.  La question de la nomination d’un nouveau coach risque de se poser à nouveau ces prochains jours en Bavière…

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