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Comment Liverpool a humilié Arsenal

Affiche majeure de cette troisième journée de Premier League, Liverpool-Arsenal avait tout du match à suspens. Pourtant, des Reds dans une forme olympique et un Salah magique ont facilement eu raison d’une fébrile équipe londonienne entraînée par un Emery dépourvu de réponse. Petite analyse de la rencontre…

Liverpool et Salah en patrons

Salah, Salah et encore Salah. Le résumé d’un match tient en un joueur, capable de changer la donne à lui tout seul. Décisif à deux reprises, l’égyptien permet aux siens de s’imposer dans une confrontation que les Reds ont clairement dominé de la 1ère à la 80ème minute de jeu.

Alignés dans un 4-3-3 devenu légion, les hommes de Klopp ont tout simplement surclassé les Gunners dans une rencontre où l’écart technique s’est fait ressentir dès le coup d’envoi. Portant leur total de tirs à 25 à la fin du match, les coéquipiers d’Henderson ont de nouveau démontré que leur supériorité sur le championnat est écrasante. Avec un bloc haut, couplé au traditionnel pressing tout terrain de Klopp et au Gegenpressing toujours aussi efficace, les Reds ont empêché Arsenal de développer son jeu offensif en bloquant les relances au niveau de la ligne défensive adverse. Un pressing que nous avions d’ailleurs déjà décortiqué ici : https://www.petitfilet.fr/jurgen-klopp-une-philosophie-passionnelle/

Privé du talent de Pépé pratiquement introuvable, et avec un Ceballos impuissant accompagné par un Aubameyang transparent, l’équipe d’Unai Emery s’est vite rétrouvée dans une situation compliquée voire insolvable…

Mohamed Salah face à Arsenal

Au terme d’une première période aisément maîtrisée, Liverpool capitalise logiquement au tableau d’affichage par l’intermédiaire de son central Joel Matip sur un corner parfait du jeune Alexander Arnold. La seconde mi-temps offre à Mohamed Salah l’occasion de prouver une nouvelle fois qu’il est la star incontournable des Reds. Il obtient en effet un penalty à la 49′ dans un duel avec David Luiz, fraîchement arrivé pour renforcer l’arrière garde des Gunners (ou concéder naïvement des penaltys on hésite encore), qu’il transforme en toute sérénité devant un Leno aussi fantomatique que la saison dernière. Puis, sur une passe splendide de Fabinho (très inspiré ce soir), Salah porte son compteur à deux buts à la 58′ et clôt par la même le débat : il n’y a qu’une seule équipe sur le terrain. Alors que certains annonçaient le réveil d’Arsenal cette saison, on se demande déjà à l’issue de cette 3ème journée où sont ces Gunners conquérants…

Des Gunners inquiétants…

Invisibles pendant près de 80 minutes, les hommes d’Emery n’ont presque rien proposé face à Liverpool. Avec seulement 3 petits tirs cadrés, dont deux dans les 10 dernières minutes, ils n’ont pas un seul instant semblé en mesure de rivaliser avec les vainqueurs de la Champions League 2018-2019.

Offensivement, Arsenal a livré une pale copie. Probablement frileux au coup d’envoi, Emery décide de laisser Lacazette sur le banc au profit d’un duo Pépé-Aubameyang, tout sauf convainquant à l’heure de faire les comptes. Esseulés, trop étirés par rapport au reste du bloc et incapables de se trouver dans de bonnes dispositions, les deux attaquants n’ont pas rayonné face à Liverpool. Tandis que, en à peine dix minutes de jeu, l’ancien lyonnais a montré bien plus que tout le reste de l’équipe face à la défense des Reds. Stérile dans ses prises de balle et incapable de porter le jeu vers l’avant, Ceballos est quant à lui la plus grande déception de la soirée. En grande difficulté face au magistral Fabinho, le milieu prêté par le Réal Madrid a paru dénué de solution et plus utile en laissant sa place à un Torreira nettement plus actif, qu’en évoluant en 10 dans le 4-3-1-2 d’Arsenal. Car justement, les choix tactiques d’Emery sont plus que douteux…

Unai Emery

Enthousiasmante depuis la reprise, la formation londonienne nous avait habitués à de plaisantes prises de risque offensives et audacieuses. Ce soir, il n’en était rien. Emery a certainement eu peur des critiques ou bien ravalé sa fierté et négligé ses principes de jeu au moment de la causerie… En alignant ce surprenant 4-3-1-2 à la portuane façon José Mourinho, le technicien espagnol a choisi de tout miser sur son 10, Dani Ceballos. Sauf que Ceballos n’est pas un 10, et que le pressing de Liverpool a littéralement bloqué toutes les relances potentiellement dangereuses d’Arsenal. Résultat, la production offensive des Gunners était proche du néant et le spectateur neutre est frustré de ne pas avoir eu la chance de voir un match ouvert avec des choix tactiques osés.

Toutefois, Arsenal aurait pu s’en tirer avec un nul 0-0 même sans la moindre production offensive. Il suffisait d’appliquer les principes défensifs prévus par Emery, c’est-à-dire un bloc bas, compact, usant et abusant des fautes tactiques et des phases de relance interminables. Mais impossible avec une défense aussi catastrophique… Entre Luiz, capable de faucher Salah comme un malpropre alors que l’égyptien est bien le seul joueur offensif à illuminer de son talent cette rencontre, et son partenaire grec au nom aussi imprononçable que sa présence sur le terrain est incertaine (honnêtement, il est presque aussi transparent que Nacho Monreal, presque ! ), les Gunners sont bien partis pour encaisser entre 40 et 50 buts cette saison. Pas très réjouissant pour un club qui ambitionne de terminer dans le big four

Des Reds déjà essoufflés ?

Si l’on a vu les hommes de Klopp s’amuser pendant 80 minutes ce soir, c’est en grande partie du à la performance quasi ridicule des Gunners. Émoussés physiquement dès la 75′, les Reds ont eu du mal à finir cette rencontre, comme en témoignent les rares occasions obtenues par Arsenal en fin de match, et la statistique de possession qui grimpe à près de 60% en faveur des hommes d’Emery dans le dernier quart d’heure. Après une préparation tronquée, et à la suite d’une saison plus longue que jamais, l’effectif de Liverpool peut souffrir cette saison…

Jürgen Klopp

L’entrée de Torreira à la place de Ceballos marque un tournant dans ce match. Ouvertement axé sur l’intensité de ses courses et sa capacité à exploiter les récupérations hautes qu’il effectue, Lucas Torreira est l’un des rares Gunners qui fut capable de mettre en danger les Reds. Intelligemment positionné plus haut que d’habitude pour exploiter les transitions offensives de son équipe, son but reflète parfaitement le manque d’agressivité des défenseurs de Liverpool sur le porteur de balle en fin de match. Physiquement à bout, on les a sentis déboussolés lorsque l’équipe adverse a fait preuve d’un peu de mental pour revenir au score. Alors déjà assiste-t-on déjà aux signes d’une défaillance dans la préparation des joueurs du technicien allemand ?

Van Djik dribblé pour la première fois en PL depuis une cinquantaine de match… une statistique anodine qui semble plus utilisée pour faire rire que pour affirmer quoique ce soit. Pourtant, la réalité que souligne parfaitement l’intersaison est que Liverpool souffre d’un cruel manque de profondeur de banc. Les titulaires indiscutables des Reds s’épuisent depuis maintenant plus d’un an sans avoir eu de véritable pause, tandis que l’équilibre et les résultats de l’équipe reposent presque uniquement sur eux. Si les Salah, Mané, Firmino, Van Djik, Alisson et Fabinho venaient à se blesser simultanément, qu’adviendrait-il du 11 de Jürgen Klopp ? The Special One (devenu consultant à ses heures perdues) a d’ailleurs récemment déclaré qu’il pressentait comme favori pour le big four le banc de Manchester City. Alors au-delà de l’éternelle provocation de l’ex-entraîneur des Red Devils, un constat se dresse et une question se pose : Liverpool est-il suffisamment armé pour jouer simultanément le titre en Premier League et en Champions League ?

Jules Grange-Gastinel

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