Martin Odegaard
Martin Odegaard avec la Real Sociedad
Football

Le grand retour du « talent du siècle »

Considéré comme tel par Karl-Heinz Rummenigge et plébiscité par les plus grands clubs d’Europe, Martin Odegaard s’est depuis son arrivée au Real Madrid en 2015 un peu fait oublier. A 20 ans, le Norvégien renaît enfin en prêt à la Real Sociedad et commence à démontrer son immense talent au plus haut niveau.

Il y a d’abord des chiffres. Des chiffres qui prouvent souvent à quel point un joueur est talentueux et précoce, générant d’autres chiffres parfois astronomiques pour s’octroyer la personne en question afin que le monde du football, s’émerveillant ou s’impatientant de voir le prodige éclore, ait les yeux rivés sur l’homme bien sûr, mais aussi sur le nom du club dont il porte le maillot. Ceux-ci appartiennent à Martin Odegaard, un milieu offensif, rapide, dribbleur et très technique, arrivé au Real Madrid en janvier 2015 en provenance d’un modeste club norvégien du doux nom de Stromsgodset IF pour 4 millions d’euros. Jusque-là, ce montant ne veut pas dire grand-chose tant que l’on n’a pas dit pour quelles raisons il a été dépensé. D’ailleurs, si on reprenait ce montant et les autres statistiques qui vont avec aujourd’hui, ils souffriraient largement de la comparaison avec un autre illustre prodige de la génération d’Odegaard, un poil plus connu quand même, Kylian Mbappe, né 3 jours après lui. Mais quand même, ceux du Norvégien valent le détour.

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Recordman de précocité

Revenons-en à ces fameux chiffres donc. Quels sont-ils ? A 15 ans et 118 jours, c’est le plus jeune joueur de l’histoire du championnat norvégien. 11 jours plus tard, le plus jeune buteur. 4 mois plus tard, plus jeune joueur de l’histoire de la sélection norvégienne, et encore 2 mois plus tard, plus jeune joueur de l’histoire des phases de qualification de l’Euro. Pour tous ces records, le Real Madrid fut prêt à débourser 4 millions d’euros, tout en le gratifiant d’un salaire de 2.2 millions d’euros par an (soit environ 180 000€/mois), une fortune pour un joueur d’à peine 16 ans (expliqué dans l’encadré ci-dessous).

Pourquoi avoir dépensé autant pour un gamin de 16 ans ? Son talent justifie une partie des ces dépenses, mais son origine y contribue tout autant. Si le jeune blond, premier Norvégien à jouer au Real Madrid, est bien le crack que l’on présente et si ses performances explosent en même temps que sa popularité, celle du Real Madrid va tout autant augmenter en Norvège. Cela aura des répercutions directes sur les ventes de maillots et les droits TV en Scandinavie, ce qui renflouera rapidement les comptes. Un autre exemple est celui du danois Christian Eriksen à Tottenham, ou même en basket-ball,  où les frères Gasol et Dirk Nowitzki ont permis de développer la marque NBA et leurs clubs en Espagne et en Allemagne.

Avec de tels records de précocité et le prix déboursé, tout le monde s’attend à ce que Martin Odegaard éblouisse les terrains. Faisant un peu preuve d’impatience, nous oublions que le gamin fêtait tout juste ses 16 ans à sa signature. Le public n’imaginait sans doute pas le même parcours et l’évolution souhaité par le Real Madrid et le joueur lui-même. Pourtant, à sa conférence de presse de présentation le 22 janvier 2015, le programme était d’évoluer tout d’abord à la Castilla (la réserve du club) sous les ordres de Zinedine Zidane, de s’entraîner à mi-temps avec les pros et de participer à quelques bouts de matchs. Sans exclure des éventuels prêts, le but était à terme d’intégrer pleinement l’équipe première de la Maison Blanche quand le Norvégien aurait assez mûri. Le programme est pour l’instant bien suivi, mais son relatif oubli réside dans les attentes qu’il suscitait, attentes qui ne prévoient pas de programme.

« Il a un grand avenir devant lui »

Cristiano Ronaldo

De prêt en prêt

Ce dernier est pourtant à peu près bien suivi. Après son arrivée, il intègre comme prévu la Castilla. Gaucher, petit (1m75) et vif, l’ange blond au pied d’or n’est pas sans rappeler un certain Lionel Messi, dont le Real croit tenir le nouveau. Il participe aux entraînements du groupe professionnel, remplace même Cristiano Ronaldo contre Getafe en mai 2015, mais joue surtout en réserve. En un an, 62 rencontres, 5 buts et 8 passes décisives. Trop peu ? Il est prêté début 2017 en Eredivisie pour un meilleur temps de jeu dans une division supérieure. A Heerenveen, 3 buts en 46 matchs. On a peut-être décelé le point faible d’Odegaard : moins impressionnant car pas assez décisif et tueur devant la cage, malgré un apport conséquent dans la construction grâce à sa technique et son excellente vision du jeu.

Après ce prêt enrichissant, le natif de Drammen tout près d’Oslo revient dans la capitale espagnole au printemps 2018 mais ne fait pas encore parti des plans de l’entraîneur Lopetegui. Il est alors de nouveau prêté en Eredivisie, au Vitesse Arnhem cette fois. Comme avec son ancienne équipe hollandaise, la finition est imparfaite mais dans la construction du jeu et les actions offensives, c’est un vrai crack. La progression et l’expérience qu’il acquiert en deux ans aux Pays-Bas est importante, et ces performances lui permettent de retourner en Liga espagnole, au Real, non pas de Madrid, mais à la Sociedad, chez qui il est encore prêté depuis cet été.

La Sociedad avant Madrid ?

Cette année semble bien être celle de l’explosion pour Odegaard. En atteste son début de saison canon. Parfaitement intégré dans le dispositif tactique de la Real, il évolue milieu offensif, faisant le lien entre les attaquants et les milieux. Il déborde, feinte, casse les lignes et les reins. Le week-end dernier, c’est lui qui donne la victoire aux siens face à Majorque en toute fin de match. Des débuts très prometteurs qui ravissent son équipe et les observateurs, déjà prêt a de nouveau s’extasier sur la pépite norvégienne.

S’il doit un jour retourner au Real, où il est sans doute arrivé trop tôt, ce ne sera pas sans mal que Martin Odegaard y sera parvenu. Jouer dans le plus grand club du monde, « ça viendra quand ça viendra», déclare t’il. Son avenir promis doré a connu quelques embûches, mais ces dernières lui forgeront un mental d’acier, résistant à l’exposition et au niveau du Real Madrid.

Benjamin Claude

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