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Le TFC est-il voué à descendre en Ligue 2 ?

Les saisons passent et se ressemblent au Toulouse Football Club. Présent dans l’élite depuis 2003, le club de la ville rose vit des jours compliqués en Ligue 1 et voit la menace de la relégation en Ligue 2 se préciser. Le club, qui n’a plus terminé dans la première partie de tableau de Ligue 1 depuis l’exercice 2013-2014, est à l’agonie cette saison. Valse des entraineurs, modifications tactiques ou encore utilisation du centre de formation, tous les remèdes sont employés pour soigner les maux du TFC, mais rien n’y fait. Même les supporters inconditionnels du « Téf’ » sont résignés. Bien que spécialiste des « opérations maintien » ces dernières années, le TFC est au bord du précipice et rien ne semble pouvoir l’arrêter dans sa chute. Avant de se déplacer au Stade Vélodrome pour affronter l’OM invaincu en 2020 et alors que tous les voyants sont au rouge, le Toulouse Football Club peut-il encore échapper à la relégation ?

 

Un club à la dérive depuis quelques années

Qu’elle est loin l’époque où le Téfécé était le petit Poucet de la Ligue 1. Cette époque où Olivier Sadran, jeune entrepreneur toulousain, décidait d’investir dans le club et lui permettait de retrouver l’élite du football français. Plus loin encore la saison où Toulouse, emmené par Élie Baup, tutoyait les sommets du championnat et se qualifiait en Ligue des Champions lors de la dernière journée de Ligue 1, en 2007. Mais ce temps est largement révolu. Aujourd’hui, le Téf n’est plus que l’ombre de lui-même et pourrit dans les profondeurs du classement. La faute à quoi ou plutôt à qui? À une succession de choix qui tirent le club vers le bas mais tous approuvés par un homme Olivier Sadran. Président du club depuis 2001 et brillant homme d’affaire dans le business du catering, il est aujourd’hui la cible principale des supporters et des spécialistes. Après avoir brillamment relevé le club dans les années 2000, on ne peut que constater son désintérêt envers le club ces dernières années et donne parfois l’impression que l’avenir du club ne l’importe que très peu.

Président du club depuis 2001, O. Sadran n’est pour beaucoup plus l’homme de la situation

Entouré de ses hommes forts, Jean-François Soucasse, Pantxi Sirieix ou encore Dominique Arribagé, Olivier Sadran ne semble plus nourrir aucune ambition pour un club auquel il a tant apporté mais qui lui aussi servi à développer sa fortune. « Vouloir faire du neuf avec du vieux » tel est le projet mis en oeuvre par Olivier Sadran ces dernières saisons. En juin 2018, il nomme Alain Casanova à la tête de l’équipe, alors que ce dernier avait été limogé en mars 2015 après des résultats peu convaincants. À la cellule de recrutement, c’est Dominique Arribagé, ancien joueur et ancien entraîneur du club, qui a été nommé et les dernières recrues permettent de douter de la qualité du travail effectué par la cellule de recrutement. Le transfert record de Wesley Saïd cet été, arrivé pour 8 millions, pose question tant le rendement du joueur déçoit tout comme l’arrivée de Gen Shoji qui est reparti six mois plus tard. Le projet dans ce club n’existe pas et les ambitions d’Europe sont réduites à néant lorsque l’équipe effectue de bons résultats. En 2016, après un début de saison en fanfare et des victoires contre le Paris SG et l’AS Monaco, il avait été demandé à Pascal Dupraz et ses hommes de baisser le pied pour éviter de se qualifier en coupe d’Europe. Un club qui coule dans l’indifférence depuis des saisons et qui évite la relégation année après année. Pourtant, cette saison semble être celle de trop pour les Violets et Blancs. 

 

Une saison chaotique comme symbole de la déroute toulousaine

Le début de saison toulousain avait pourtant bien commencé avec deux victoires, un nul et une défaite. Beaucoup pensaient que cette saison était celle du renouveau à Toulouse, à commencer par Jean-Francois Soucasse, directeur général du club, qui déclarait même en début de saison : « On a tous à coeur de se plonger dans cette nouvelle saison. Nous sommes un club revanchard, avec des atouts et les mois et années qui arrivent seront plus favorables ». Les principes de jeu prônés par Alain Casanova donnaient envie de regarder jouer le TFC. Pourtant, force est de constater que, cinq mois plus tard,  le TFC est à l’arrêt. Bon dernier de Ligue depuis la 15ème journée, Toulouse n’a plus gagné en Ligue 1 depuis 19 octobre 2019. Les entraineurs se sont succédés sur le banc de touche depuis le début de la saison et les résultats n’ont fait qu’aller en s’empirant. Alain Casanova a démissionné le 10 octobre 2019 suite à des menaces de mort à son encontre. C’est Antoine Kombouaré qui est arrivé dans le Midi avec l’objectif de relever le club. Mais très vite, on s’est rendu compte que le club s’était embarqué dans la mauvaise direction. Dix sept matchs entrainés avec Toulouse pour onze défaites, Antoine Kombouaré est parti aussi vite qu’il est arrivé. Denis Zanko assure l’intérim jusqu’à la fin de la saison. Mais les résultats ne vont pas en s’améliorant. Le match contre Brest a révélé les doutes qui hantaient l’équipe toulousaine, qui a mené tout le match avant de s’effondrer dans le dernier quart d’heure de jeu (défaite 5 à 2). 

Pour le premier match de Denis Zanko, Toulouse s’est effondré contre Brest

La gestion des joueurs pose aussi question comme en témoignent les affaires autour de Baptiste Reynet qui n’a pas du tout accepté d’être relégué sur le banc de touche au profit de la recrue Lovre Kalinic et surtout l’affaire Dossevi. Ce dernier a été surpris en train de regarder le Classico sur son téléphone, révélant un manque de professionnalisme criant. Pour couronner le tout, Toulouse est éliminé des Coupes de la Ligue et de France. L’élimination contre le club de National de Saint-Pryvé Saint-Hilaire en 32ème de finale a eu un goût amer pour les supporters. Ces derniers ne reconnaissent plus leur équipe cette année et le font bien savoir à la direction.

 

Un divorce entamé avec les supporters

Le TFC ne peut plus compter sur son douzième homme cette saison. L’affluence au Stadium est l’une des pires en Ligue 1 et le stade est souvent vide. La scission entre la direction et les groupes de supporters toulousains n’est plus à cacher. Les Indians Tolosa, principal groupe de supporters et présent en Tribune Brice Taton, ont lancé un bras de fer face à la direction et revendiquent la démission des dirigeants du club. Dans un précédent communiqué, ils déclaraient : « Les limites du fonctionnement en vase clos ont été atteintes et mêmes dépassées. N’oubliez pas M. Sadran que nous étions présents en National, que nous sommes présents aujourd’hui malgré les années de galère ». Olivier Sadran, très maladroit dans sa communication, avait annoncé qu’il était prêt à ce que le club rembourse les abonnements de supporters qui ne voulaient pas assister aux matchs en deuxième partie de saison. Des propos qui ont rajouté de l’huile sur le feu et qui ont montré une fois de plus le désintérêt du Président pour son club. Une scission qui n’a fait que s’aggraver lors de l’hommage rendu par le groupe à Brice Taton pour les 10 ans de sa mort, avec la sono du groupe coupée volontairement par la direction.

L’hommage des Indians Tolosa à Brice Taton, 10 ans après sa mort.

L’élément déclencheur de cette tension entre les deux camps remonte aux violences policières en marge du match TFC-LOSC, il y a deux ans. La direction du club n’avait pas souhaité se positionner dans le sens des supporters ce qui avait eu pour effet d’irriter les Indians. Dernièrement, c’est l’arrestation de quatre Indians pour utilisation d’engins pyrotechniques qui a été approuvée par la direction et qui a continué de creuser un fossé entre les supporters et la direction. 

 

Garder espoir pour tenter une nouvelle fois de créer l’exploit

Mais aujourd’hui, Toulouse doit se relancer et quoi de pire que de se déplacer dans le bouillonnant Stade Vélodrome face à une équipe de Marseille en pleine confiance, qui n’a toujours pas encaissé le moindre but en 2020. Les Violets et Blancs pointent à huit points du barragiste Nîmes et à onze longueurs du premier non-relégable Dijon. L’espoir fait vivre mais la possibilité d’un exploit toulousain est peu probable. L’effectif est trop faible et ce sont les joueurs formés au club – Manu Koné, Quentin Boisgard, Ibrahim Sangaré – qui doivent porter l’équipe pour se maintenir en l’absence de Max-Alain Gradel par exemple. Le TFC est la pire équipe en championnat à domicile comme à l’extérieur. L’union sacrée derrière l’équipe est nécessaire pour que Toulouse entame sa remontée au classement.

Yann Bodiger avait sauvé le TFC de la relégation en 2016 au terme d’un match épique

Dans cette logique, Didier Lacroix, le président du Stade Toulousain Rugby, a participé au mouvement « Tous derrière le TFC » lancé par les clubs sportifs de la région, pour montrer son soutien à la situation difficile que vit le club. Mais malgré toute la volonté du monde, la tâche va être rude pour le Téf qui reste sur une série de quatorze matchs consécutifs sans victoire. Même si le club est un habitué des opérations maintien. Sur les quatre dernières saisons, les Toulousains se sont sauvés trois fois à la dernière journée in extremis. Tout le monde a en tête ce match extraordinaire avec une victoire à l’arrachée contre Angers en 2016, alors que tout le monde pensait le TFC condamné. Comme le dirait très bien Pascal Dupraz : « C’était pas hier, ça ne sera pas demain. Les couverts sont dressés, il n’y a plus qu’à manger ». 

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