Llorente célébrant son but redonnant la qualification à Tottenham face à ses supporters
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Man city-Tottenham, entre destin magique et histoire tragique

90 minutes, 7 buts, un city malheureux et un Tottenham historique.Le complexe champions league des citizens que nous évoquions hier dans nos colonnes s’est encore vérifié.

Retour et analyse d’une élimination et d’un match retour particulièrement haletant.

« Il faut oser pour accomplir » – Superbe animation déployée par les supporters des spurs à l’occasion du match aller

Le match aller :

Symptomatique des peurs et craintes des hommes de Guardiola, les sky blues se présentent au Tottenham Hotspur Stadium avec une équipe défensive et un choix tactique surprenant. Kevin De Bruyne, milieu offensif phare de l’équipe est laissé sur le banc au profit de Fernandinho, mileu récupérateur. Une mentalité qui se traduit dans le jeu. Man city apparaît peu inspiré, très prudent, avec notamment des latéraux Delph et Walker qui ne dépassent pas la ligne médiane. Dès lors, dans l’impossibilité de créer le surnombre avec sa possession ( 59 %), city déploie une domination stérile qui se traduit par une punition à la 78ème minute par un but de l’incontournable sud-coréen Heug-Min Son.

Le traumatisme de l’élimination de l’an dernier face au rival Liverpool refait alors surface et permet peut-être d’expliquer ce choix défensif de Guardiola. L’an dernier les citizens avaient perdu 3-0 à l’aller à Anfield, un traumatisme pour une équipe qui s’imaginait déjà atteindre la finale et pourquoi pas soulever la coupe aux grandes oreilles.

Un match retour pleins de promesses :

Ayant perdu à l’aller et sans avoir réussi à marquer ce fameux but à l’extérieur, ce match retour de ligue des champions est alors très attendu. Les Spurs ont perdu leur buteur phare Harry Kane sur blessure et présentent une attaque Lucas/Son/Alli. En face, De Bruyne est bien titulaire, tant dis qu’on enregistre le retour à gauche de Benjamin Mendy.

L’ambiance elle est au rendez-vous. Loin des tifos et de la clameur d’un public qui chante à l’unisson, les supporters mettent une pression sur les Spurs en les sifflant copieusement à chaque touche de balle.Le message de Guardiola semble avoir porté ses fruits, lui qui avait demandé en conférence de presse la veille au public d’être un réel 12ème homme pour l’équipe.

 

Et la promesse se concrétise dès la 4ème minute, Sterling reçoit le ballon sur l’aile gauche, rentre dans la surface, crochète et d’un plat du pied magique frappe petit filet opposé. 1-0 pour les citizens. Tout semble alors au vert. L’équipe, accompagnée de son public et libérée de ses peurs semblent prête à livrer un grand match et à surpasser ses démons européens.

 

Oui, mais voilà

Aymeric Laporte :

Tel un symbole, c’est un des piliers défensifs des sky blues, pourtant si impérial tout au long de l’année qui va replonger city dans le doute.

7ème minute, alors que Dele Alli fait une passe en profondeur, Laporte rate son contrôle/dégagement et adresse une passe décisive à Son qui n’a plus qu’à fusiller Ederson du pied droit face au but. Une première erreur qui va permettre à Tottenham de se mettre en confiance avec le fameux but à l’extérieur qui oblige désormais city à devoir s’imposer de deux buts d’écart avant l’heure et demi de jeu.

10ème minute, Laporte rempile, sur un ballon en retrait, il contrôle mal et pousse trop son ballon, récupération Spurs et but de Son à l’arrivée.

En l’espace de 3 minutes et avec 2 erreurs monumentales, Laporte remet city face à ses démons. Stressé, peu précis, perdant de nombreux duels, Laporte est la personnification du complexe citizens en champions league.

Un manque de réussite :

Mais Aymeric Laporte n’est pas le seul responsable, d’autres faits de jeux sont venu aiguiller la partie vers une qualification des hommes de Pochettino.

Sur le 1er but de Son tout d’abord, bien que surpris par la remise de Laporte, Ederson sort bien et aurait presque pu réussir à bloquer la frappe centrée du sud-coréen.

Ensuite vient le 3ème but des joueurs londoniens, lorsque Llorente (73ème minute ) vient éteindre l’Ethiad (Man city était qualifié depuis 14 minutes avec le but d’Aguero ). Un but « gag » de la hanche tant dis que ce dernier cherchait à placer la tête. Si gag et confus que la VAR va d’ailleurs perdre de longues minutes sur une question de main potentielle, mais non, le but est validé et Tottenham virtuellement qualifié.

Arrive alors la 90+4ème minute. Décisive, frissonnante, lorsque un ballon en retrait est dévié par Bernardo Silva, Aguero contrôle de la tête, pousse le ballon et transmet à Sterling. Vient alors l’heure d’un roi, l’Anglais, déjà auteur de deux buts, slalome, feinte et frappe. Le ballon est au fond, l’Ethiad explose, Pochettino envoi sa veste au sol. Et soudain le temps se fige, l’arbitre tend sa main à l’oreillette puis fait le fameux et tant redouté signe de la VAR avec ses mains.

Les images sont claires, Aguero est hors jeu d’un demi-mètre, mais la déviation fait-elle office de remise en jeu ? Pour le corps arbitral, oui. Le but est refusé. S’abat alors un silence de plomb, Guardiola s’effondre au sol, la tête entre les mains. Sonnés, les citizens comprennent et subissent de pleins fouets les effets émotionnels de l’arbitrage vidéo, ils sont éliminés. 

Le destin. Le mythe de Sisyphe, où cet être de la mythologie grecque est condamné à pousser un rocher tout en haut d’une montagne pour toujours la voir redescendre. En cette soirée, après avoir ouvert le score 1-0, être revenu à 4-2 après avoir concédé deux buts en 3 minutes, le rocher Man city s’effondre de nouveau et redescend tout en bas de la montagne. Éliminé, il faudra revenir l’année prochaine, une fois de plus.

 

Pochettino et Son :

Mais Laporte et la malchance n’auraient trouvé bourreaux sans coach Pochettino et l’héro de la qualification Son.

Pochettino pour avoir su trouver la bonne parade à l’absence de son buteur vedette Harry Kane mais surtout pour son coaching durant le match. Fin de première période, Sissoko, son homme à tout faire au milieu de terrain se blesse. Un casse-tête tactique s’engage, sur le banc seul Skipp Oliver (18ans ) peut remplacer le français en poste pour poste. Pochettinocide alors de faire rentrer un attaquant supplémentaire, Llorente, et faire reculer Dele Alli en 6, dans une organisation tactique encore plus offensive. Un choix risqué mais payant, Llorente étant le buteur décisif du 3ème but Spurs, et Alli, bien que moins influent, ayant parfaitement joué son rôle de 6. Ainsi comme face à Dortmund, Pochettino se fend une nouvelle fois de choix tactiques forts et décisifs. Le coach continu de marquer les esprits, comme le souligne d’ailleurs son capitaine Hugo Lloris à la presse après le match :

 « un entraîneur exceptionnel »

Son, déjà unique buteur du match aller, a fait toute la qualification de son équipe à travers son sang froid et ses 2 buts à la 7 et 10ème minute. Il a ainsi marqué 3 des 4 buts marqués par son équipe sur la double confrontation et a par la même prouvé qu’il pouvait être une parfaite alternative à Harry Kane pour porter son équipe vers les demi-finales de ligue des champions, une première depuis 57 ans pour les Spurs.

 

Un match pour l’histoire :

Quelques heures et une nuit de sommeil après ce match à rebondissement, certains parlent déjà d’un match pour l’histoire.

Avec un record , 5 buts en 21 minutes, une première dans l’histoire de la compétition.  Des rebondissements multiples et des performances XXL, comme celle de Kevin De Bruyne, non titulaire à l’aller, qui aura livré la bagatelle de 3 passes décisives.

Mais cette qualification est aussi la victoire d’un modèle. Manchester city en effet, racheté en 2008 par un groupe d’investisseur des Emirats Arabes Unies, a dépensé sur le marché des transferts depuis 2010 plus de 1,5 milliard d’euros. Une stratégie antagoniste à celle de leur adversaire du soir, qui dépensent peu, voir pas du tout. Tottenham a ainsi été le premier club de Premier League de l’histoire à ne recruter aucun joueur payant durant deux mercatos consécutifs. Un pari fou et économe qui n’a pas empêché l’équipe de Pochettino d’éliminer celle à 1,5 milliard de Guardiola.

Au final, c’est la vidéo assistance à l’arbitrage qui conclu ce match, comme le symbole de notre football moderne, où rien n’est laissé au hasard et où les clubs les plus investisseurs n’atteignent pas toujours leurs fins… ( sans rappeler un exemple Français que l’on connaît bien.. hmm).

Historique, les Spurs sont en demi-finale de ligue des champions

 

Tristan Boissier

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