Football

Questionnements et impressions : La Ligue 1 est-elle plus faible ou plus homogène cette saison ?

En écrivant le bilan de mi-saison de la saison 2019/2020 de la Ligue 1, en voyant la place d’équipes comme Nantes et Reims, contrastant avec celle de Lyon ou Sain-Etienne, je me suis posé une question. Est-ce que le championnat est devenu plus faible aujourd’hui qu’il ne l’était il y a quelques années ? Est-il devenu plus homogène ? Un peu des deux ? Vu que le sujet est intéressant, il ne méritait pas qu’un paragraphe parmi d’autres. Alors voici une tentative de réponse.

La vision positive : Un niveau qui s’est homogénéisé

Si l’on peut tirer une conclusion depuis quelques années, c’est bien que le niveau général de la Ligue 1 s’est homogénéisé. Le classement de cette première partie de saison le démontre : Saint-Etienne, 14ème, n’est qu’à 4 points de Nantes, 5ème. On a devant nous un championnat indécis, derrière l’ogre parisien. Où chaque match peut avoir de l’enjeu pour les places européennes et où chaque équipe réalisant une série peut se mettre à rêver.

Il y a moins de petites équipes

D’une certaine manière, on peut tirer un parallèle entre notre bonne vieille Ligue 1 et la Ligue des champions. Le niveau se resserre d’année en année, et les « petites » équipes sont de plus en plus capables d’aller chercher des gros. Deux des trois défaites de Marseille cette saison ? Amiens et Reims,. Lille a perdu contre Amiens, Toulouse et Reims. Et Rennes contre Reims – décidément – et Dijon.

La belle surprise rémoise

Les petits n’ont plus vraiment peur des gros, et surtout, sont capables de s’adapter pour tenir le choc, principalement à domicile. Sur un match, cela passe de plus en plus et les surprises n’en sont plus vraiment. Il est vrai qu’il est toujours rare de voir l’exploit d’un petit à l’extérieur, mais chaque match peut s’avérer piège. Le PSG ne dégage plus cette sensation d’invincibilité alors qu’il n’a sans doute jamais été aussi puissant.

Des équipes comme Reims donc, Brest, Strasbourg mais aussi Amiens ou Dijon peuvent tenir tête aux gros. Ce qui densifie le niveau global du championnat et donc plus imprévisible.

Dans le même temps, les gros stagnent

Surtout que, si l’on peut dire que les petits sont meilleurs, c’est aussi en partie lié au fait que, dans le même temps, les gros de Ligue 1 stagnent. Je ne parle pas du PSG, mais de Lyon, Marseille – hormis cette saison – Sainté et Monaco. Par contraintes financières ou recherche effréné du profit sur la vente des joueurs , il n’y a pas vraiment d’alternatives crédibles aux Parisiens. Il suffit de regarder les matchs qu’ont offert ces équipes contre Paris depuis le début de la saison pour se convaincre du manque d’ambition par le jeu. Qui oscille entre le ridicule et le déprimant.

Ce qui est inquiétant, ainsi que malheureusement trop visible à l’échelle européenne : le PSG mis à part, aucune équipe française ne peut réellement jouer le coup chaque année. Et ce n’est même pas qu’une question de budget, on l’a expliqué ici.

Il y a un vraie frilosité ou d’énormes lacunes dans le jeu qui est proposé par les gros cette saison. Là encore, hormis Marseille qui fait un beau deuxième pour le moment. C’est pourquoi il n’est pas étonnant de voir Lille et Rennes aux places européennes. Ce n’est pas toujours génial, c’est irrégulier, mais il reste une certaine cohérence et une vision de jeu dans ce qui est proposé. A ce sujet, heureusement que Stéphan est resté à Rennes et que Galtier continue de faire du bon boulot. Parce que l’incessant turnover des entraîneurs empêche les équipes de trouver la stabilité pour se développer. Lyon en est le meilleur exemple…

Un championnat plus indécis

Comme le dit l’adage populaire, si tu mélanges les deux point évoqués ci-dessus, PAF !, ça fait des chocapics. Mais également un championnat plus indécis et donc passionnant. Tu regardes un Nantes-Reims, il est décisif pour la course à l’Europe. Alors certes, ça ne fait pas rêver – et on évoquera ce point plus loin – mais avec autant d’équipes resserrées, le classement change très vite.

Dans la vision quelque peu romantique que je peux avoir du football néanmoins, c’est bien que les plus petits prennent davantage leurs chances. Que ce soit par la cohérence de leur projet sportif – Reims ou Angers – ou bien par l’engouement qu’ils suscitent – Strasbourg ou Brest – ils rajoutent une petite touche champêtre à un championnat qui en était devenu aseptisé, avec toujours les mêmes aux commandes.

La vision négative : Une Ligue 1 plus faible dans le jeu

Néanmoins, pour tous les courageux qui se mangent le multiplex du samedi soir, la première partie de saison n’a pas été folichonne. En cause : la (dé)prime à la défense et à la tactique.

Une Ligue 1 tactique ou frileuse ?

On a tous en tête la fameuse maxime « L’important, c’est les trois points ». Un credo que bien (trop) d’entraîneurs de Ligue 1 gardent comme seul et unique but. Il en résulte des batailles souvent tactiques, d’autres où la qualité de jeu descend en-dessous du niveau de la mer. Il semble y avoir une vraie vision court-termiste du championnat, où le beau jeu et l’ambition footballistique sont relégués en arrière-plan.

Olivier Dall’Oglio, un coach comme on aimerait en voir plus souvent en Ligue 1.

Ce n’est pas pour blâmer des équipes comme Nîmes, Metz ou Dijon, qui font avec les moyens du bord et qui luttent pour ne pas sombrer. Mais quand on voit Brest, qui a comme ambition de se maintenir par le jeu, on se dit qu’il y a quelque chose de mieux à faire pour les équipes à plus petit budget. L’exception brestoise peut être expliquée par une donnée intéressante : l’ADN du club. Sous Jean-Marc Furlan en Ligue 2, les Brestois développaient déjà du jeu. Ils ont récupéré par la suite Olivier Dall’Oglio, qui partage peu ou prou la même philosophie. Et en produisant du jeu, ils arrivent à obtenir de bons résultats, malgré un effectif moins impressionnant que d’autres équipes.

Est-ce un problème de coachs ?

Dès lors, est-ce que le problème ne serait pas aussi à chercher chez les coachs ? Quand on voit le turnover de certains sur les bancs de toute les équipes de France, on peut légitimement se poser la question de si l’on embauche des coachs français pour leur compétence ou leur copinage. Garcia a fait Lille, l’OM et maintenant l’OL. Puel a fait l’OL, Nice, Lille et Sainté. Gourvennec Bordeaux et Guingamp. Mais le meilleur exemple ? Toulouse.

Mauvaise pioche, allégorie.

Alors que le Téfécé avait réalisé un excellent recrutement la saison dernière, recrutant des « joueurs de ballon » dans un état d’esprit offensif, ils décident de piocher Alain Casanova. Un coach qui n’était absolument pas réputé pour ses talents offensifs et qui était très loin de faire l’unanimité à Lens. Échec total l’année dernière avec un Toulouse moribond. Et l’équipe ne va pas mieux sous les ordres du soldat Kambouaré.

Il y a tout de même quelque chose de « rassurant » dans le fait es équipes sans fond de jeu n’y arrivent plus. Mais il demeure que trop de coachs sont en constante adaptation à l’adversité et décident de mettre le bus lorsqu’ils jouent hors de leurs bases. Cela manque de folie, d’inventivité, de romantisme. Encore une fois, difficile de blâmer les équipes de bas de tableau. Parce que, souvent, lorsqu’elles essayent, elles en prennent dans les dents – Troyes il y a quelques années s’en souvient encore…

Ou bien un problème de joueurs ?

Le sujet est beaucoup plus vaste que l’esquisse d’analyse qui va suivre, mais les équipes françaises privilégient davantage les joueurs solides dans l’effort plutôt que les « créateurs ». En Ligue 1, on mise d’abord sur l’impact physique pour gagner des duels. Angers, que l’on vente un peu partout comme une équipe de qualité – ce qui est le cas – densifie énormément son milieu de terrain avec des joueurs d’impact. Tout comme Strasbourg. Avec Stéphane Moulin – maître tacticien – et Thierry Laurey – bien plus intelligents que les médias parisiens aimeraient nous faire croire – ces équipes sont capables de produire du jeu, et notamment parce que l’entraîneur a la mainmise sur son effectif, et donc les joueurs qu’il choisit. Mais on mettra davantage en avant l’envie que la technique lors des analyses d’après-match.

Strasbourg produit souvent du jeu.

Très peu de meneurs de jeu sont dans notre championnat et ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas qu’une question de températures : Monaco, Nice, Marseille, Bordeaux ou même Toulouse ont un climat favorable. Mais celui de notre championnat l’est bien moins. Dès lors, les joueurs étrangers de ce profil (Brésiliens, Argentins, Espagnols…) choisissent plutôt l’Espagne qu’une Ligue 1 où l’important est de gagner la bataille du milieu.

Franchement, parfois, on s’endort

Résultat des courses ? Même si on l’aime notre Ligue 1, parfois l’ennui prédomine fortement. Les systèmes de jeu sont souvent les mêmes, il n’y a que peu de vraies tentatives de la part des coachs de proposer quelque chose de différent. Et la perspective d’un Metz-Toulouse fait frissonner plus d’un intrépide.

Pour preuve, si l’on se penche un peu sur les statistiques de notre Ligue 1 ; cette année, 467 buts ont été marqués. Ce qui représente une moyenne de 2,5 buts par match. Le total le plus faible depuis la saison 2013/2014. Une stat qui en amène une autre : les résultats les plus courants cette saison sont les matchs avec un but marqué avec 23% (14,4% pour le 1-0 et 8,6% pour le 0-1), suivis du 2-1 (20 matchs et 10,7%), du 1-1 (19 matchs et 10,2%) et enfin notre bon vieux 0-0 (14 matchs et 7,5%).

Un stade bien vide à Reims…

Bien entendu, les stats ne disent pas tout. Mais elles permettent de mettre les mots sur une réalité, que l’on perçoit tous lorsque l’on est devant notre téléviseur. Et les supporters l’ont bien compris, même ceux des équipes qui réussissent. Reims a un fort problème pour remplir son stade, malgré toute la cohérence du jeu proposé. Nantes a moins de supporters cette saison en moyenne dans son stade alors qu’elle occupe la cinquième place. Le Matmut Atlantique bordelais et l’Allianz Riviera sonnent désespérément creux. Et regarder un mauvais match sans ambiance devrait être le dixième cercle de l’enfer selon Dante. Peut-être que Mediapro mise sur le désertement des stades pour financer ses abonnements ubuesques à 25 patates par mois…

Oui la Ligue 1 est plus homogène et donc plus indécise. Cela ne rime néanmoins pas avec passionnante. malgré quelques éclats, le plaisir de l’incertitude et la joie de suivre notre équipe de coeur, le championnat semble encore enfermé dans des principes tactiques frileux. A terme, cela pourrait être dangereux pour notre compétitivité européenne. Si ce ne l’est pas déjà. Dès lors, on peut s’interroger sur l’augmentation drastique des droits télé et ses effets sur la Ligue 1. Est-ce que cela va permettre de ramener des joueurs différents ? De surpayer ceux que l’on a déjà ? Ou financer des grands stades qui en mettent plein les poches aux amateurs de BTP tout ça pour enlever toute l’ambiance sous le joug de la modernité. Plein de questions qui commenceront à livrer leurs réponses l’année prochaine. Mais d’abord, on a une deuxième partie de saison à regarder. Et malgré tout ce que j’ai pu écrire, j’ai quand même hâte de revoir du foot à la télé !


Crédit photo de couverture : © Maxppp – Maxppp

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