Valentin RONGIER of Marseille during the Ligue 1 match between Olympique Marseille and Girondins Bordeaux at Stade Velodrome on December 7, 2019 in Marseille, France. (Photo by Alexandre Dimou/Icon Sport) - Valentin RONGIER - Orange Vélodrome - Marseille (France)
Football

Rongier, l’homme fort du système AVB

Arrivé à Marseille à la suite d’une longue négociation, finalement achevée le 3 septembre 2019, soit hors période estivale, Valentin Rongier n’a pas déçu. Après des premiers matchs sur le banc, il a su s’imposer comme un élément incontournable du 4-3-3 d’André Villas-Boas. Des performances très bonnes et qui méritent un décryptage poussé.

Rongier, le choix du duo Zubizarreta/AVB

« Il a eu le temps de se préparer parce que ça faisait un moment qu’ils le voulaient à Marseille ». Les mots de l’agent de Rongier, chez RMC, confirment ce qui n’était plus un secret pour personne : l’OM voulait Rongier depuis un moment. Un homme surtout le désirait : Andoni Zubizarreta, le directeur sportif de l’OM.

Dès mars 2018, ce dernier déclarait sa flamme au milieu nantais auprès de RMC Sport : « C’est un très bon joueur. Il le montre. Ce n’est pas moi qui vais dire le contraire. C’est le type de joueur qui comprend le jeu. Il joue vite, il anticipe. J’ai lu une interview qu’il avait accordée à l’Equipe. Il expliquait ce qu’il aime dans le jeu. Avoir des joueurs comme lui qui aiment le football, c’est toujours intéressant« . Effectivement, durant tout le mercato d’été 2018, Zubizarreta tenta de le recruter pour pallier le départ de Zambo Anguissa. Mais il se heurta au refus de l’entraîneur de l’époque, Rudi Garcia, qui préféra investir sur Kévin Strootman.

Souvent invisible, pas le meilleur des communicants, dans l’ombre d’un Garcia qui, clairement, a mené les mercatos autour de joueurs qu’il a eu sous ses ordres, de joueurs passés en Ligue 1 ou autres trentenaires. Il semblerait que le Basque ait subi autant que nous les choix de Rudi Garcia. Pourtant, jamais Zubi ne s’est insurgé des recrutements effectués par l’OM, ou ne s’en est même désolidarisé. Au contraire, il les a même soutenus et y a parfois participé.

Pourtant il y a une certitude : Rongier est un choix de Zubizarreta. Souhaité depuis 2017, il marque la fin de l’ère Garcia. Cette fois l’ancien gardien du Barça de Cruyff aura le dernier mot. Et le reste du mercato l’illustre : Benedetto choix du Portugais a été validé par Zubi, le recrutement d’Alvaro Gonzalez a été facilité par ses soins et donc, Rongier est SON choix. Mieux, il a été validé par Villas-Boas en interne qui lui-même a appelé le joueur. « Il a été séduit par le discours de l’entraîneur quand il l’a eu », confirme en effet son agent. De là à dire que c’en est fini des recrutements hasardeux et qu’on peut espérer un retour des ambitions pour le fameux Champions Project ? Non, pas encore et peut-être jamais tant ce projet est mort-né.

La joie de Rongier, après un succès contre Brest au Vélodrome.

Mais notons que Jacques-Henri Eyraud est moins sur le devant de la scène laissant place au duo AVB/Zubi. Notons aussi l’éclatement du trio d’origine défectueux, la prise de responsabilités comme directeur sportif de l’Espagnol sur ce recrutement et enfin quelque chose devenu trop rare à l’OM ces derniers temps : l’arrivée d’un joueur de 25 ans ou moins. Alors effectivement, il ne s’agit toujours pas de post-formation, ni d’une «pépite inconnue » comme le souhaitent certains, mais Rongier est relativement jeune, ses performances très bonnes et c’est déjà un bon début.

S’il ne faut pas s’enflammer tant la réussite de cette saison se doit surtout à la fraîche arrivée d’une nouvelle tête sur le banc et que le jeu produit n’est pas non plus flamboyant, quoique cohérent, soulignons toutefois ce bon recrutement estival d’un duo. Duo qui, sur le papier, en fait saliver plus d’un.

Ce transfert aurait pu ne pas avoir lieu, car la dureté en affaire du président nantais, Waldemar Kita et le manque de budget de l’OM ont failli avoir raison de l’opération. Si peu de monde imaginait Rongier atteindre son niveau actuel, ce transfert ne paraissait pas vraiment risqué. L’OM recrutait un joueur de Ligue 1 expérimenté (119 matchs joués en première division), avec un profil différent de Luiz Gustavo mais qui correspondait au projet de jeu de l’entraîneur portugais.

Rongier, symbole du pressing marseillais insufflé par Villas-Boas

Si l’on devait résumer la philosophie de jeu du nouvel entraîneur marseillais, on parlerait évidemment d’abord de ses méthodes et notamment de sa volonté de tout contrôler, de son obsession pour effectuer une préparation avec ballon, lui, le défenseur de la périodisation tactique. Mais plus significativement, l’OM d’AVB s’est distingué par trois choses cette saison : d’abord un 4-3-3 quasi inamovible ; ensuite le souhait d’aller chercher haut, de presser en toutes circonstances et d’effectuer beaucoup de courses ; et enfin une capacité d’adaptation selon l’adversaire chère à Villas-Boas. Le Portugais ne s’est jamais autant adapté à ses adversaires que depuis son licenciement de Chelsea qui le vit prendre un virage plus pragmatique et moins dogmatique dans l’approche de ses matchs.

On a, en effet, pu voir Villas-Boas renoncer à la possession lors du déplacement à Angers afin de laisser le ballon à une équipe qui justement n’aime pas l’avoir de par le profil très athlétique de ses joueurs et sa philosophie de jeu minimaliste. Résultat, jamais Angers n’a été en mesure de mettre l’OM en difficulté avec de tels temps de possessions et l’OM a pu user de la verticalité, autre qualificatif du jeu produit cette saison.

Or s’il est bien un joueur qui rentre dans ce moule Villas-Boas c’est bel et bien Valentin Rongier. Son volume de jeu, sa capacité à aller presser, à aller chercher le porteur, ses qualités de passe en font un joueur complet qui non seulement colle à cet esprit mais en plus peut s’adapter en permanence à un entraîneur qui lui-même s’adapte en permanence. Sans compter ses prédispositions idéales pour un 4-3-3, composé d’une pointe basse et de deux relayeurs qui multiplient les courses à hautes intensités. Pourtant, tout n’a pas été facile tout de suite. Le match face au PSG fut l’illustration, si il en est une, des premiers errements de Rongier dans le système et de Villas-Boas lui même.

Sur le 3ème but du PSG inscrit par Mbappé, Verratti trouve Di Maria dans le dos de Sakai et de toute la défense olympienne. Ce but, mais comme bon nombre d’occasions, est l’illustration du pressing raté et suicidaire des Marseillais au Parc des Princes. Avec ce pressing pour le moins raté, pas moins de 6 Marseillais sont effacés en une passe ! Ensuite, le non-cadrage du porteur en l’occurrence Verratti pose question. Avant la cerise sur le gâteau : une défense toute entière prise de court dans le dos.

Sur cette image après une passe en retrait sur Navas d’un Parisien, cinq Marseillais effectuent des courses à haute intensité pour presser le portier de la capitale. Rongier, au centre de l’image, mène la danse et le pressing mais il est très mal accompagné par ses partenaires, qui se trouvent trop loin de l’ancien nantais. Ne renonçant pas aux plans de Villas-Boas, les marseillais vont jusqu’au bout de leur raisonnement…

Avant d’être éliminé en seulement 4 passes, de laisser un trou béant au milieu et de laisser Di Maria s’échapper tranquillement derrière la ligne de pression et servir Mbappé une nouvelle fois dans le dos des défenseurs et ce en toute sérénité.

Pressing mal coordonné, pas efficace, avec un trop gros manque d’intensité à ce niveau, cachant un manque évident de confiance tant le bloc a eu du mal à accompagner, pressing qui n’a jamais été utilisé au bon moment. Bref, il ne fait pas de doute : Villas-Boas s’était trompé. Aller presser au Parc, face à ces joueurs là, qui non seulement ressortent facilement les ballons mais vont très vite dans les phases de transitions et poursuivre de façon aussi grossière en étant pourtant mener avait tout d’une tactique suicidaire. Et quel paradoxe que de se voir contrer au Parc ! Un pressing effacé en 4 passes, qui ne se fait qu’à trois ou quatre plutôt qu’en bloc, des défenseurs qui n’avancent pas voir reculent furent l’illustration d’une équipe encore balbutiante.

La montée en puissance de Rongier symbole d’une saison marseillaise qui décolle

Si on a pu voir face au PSG, mais de façon générale lors du début de saison, des tatonnements, des hésitations au sein du collectif marseillais ces faiblesses vont petit à petit disparaître. Or il n’aura échappé à personne qu’un OM avec un grand Rongier n’est jamais aussi aisé mais que celui-ci est lui-même dépendant du collectif. Avec toute la meilleure volonté du monde, dans une équipe qui ne fonctionne pas et ne performe pas, un joueur seul aussi Rongier soit-il ne peut porter l’équipe. Et qui dit que l’an dernier Rongier aurait été aussi performant ? Mais à ce compte là, l’équipe toute entière aurait pu être meilleure avec Rongier.

En somme, Rongier et l’OM ça fonctionne parce que les deux sont en formes. «Ça marche bien parce que c’est lui personnellement, qu’il est comme ça. Mais ça marche bien aussi parce que l’équipe tourne bien cette année. Tout ça c’est un enchaînement logique. En plus, on l’a dit, le recrutement a plutôt été bien fait», poursuit son agent chez RMC.

Depuis Paris, en effet, l’entraîneur de la cité marseillaise a rectifié le tir, ses troupes aussi. Deux matchs ont illustré la capacité des olympiens à asphyxier leurs adversaires : ceux de Montpellier et celui de Brest. On a là sûrement les matchs les plus aboutis de la première partie de saison marseillaise. Mais aussi les plus complets tant cette pression a duré tout le match. Contre Montpellier, privé de ses supporters et à huis-clos, l’OM livre son premier match abouti de la saison. 65% de possession, tout les joueurs devant le ballon, un Montpellier acculé, pas moins de 15 corners, des occasions qui pleuvent. D’autant que, bien que menés les Phocéens poursuivent, posent le jeu et parviennent à égaliser. Les expulsions de Payet et Kamara coûteront cher, au bout il n’y a pas de victoire mais un nul, mais déjà le contenu rassure.

Plus significativement le match face à Brest qui voit l’OM effectuer pas moins de 34 tirs (!) , dont 10 cadrés et ainsi établir un record en L1 depuis 6 ans, est sûrement le match le plus abouti de la saison olympienne. Pressing haut, utilisation de la verticalité, temps de possession longs (64% de possession) ce match est une franche réussite et Rongier effectue un très grand match. Un de plus. Et la réception du rival historique bordelais va être l’illustration la plus parfaite du poids de Rongier dans le pressing marseillais.

Ici, Rongier et Germain sont au pressing sur Pablo suite à une relance hasardeuse de Costil sur Aurélien Tchouameni qui remet tout aussi bêtement sur le Brésilien. Encore une fois Rongier vient presser jusque dans la surface adverse ! Ce qui, après des années de Garcia, ne déplaira pas aux amoureux de gegenpressing

Le ballon revient sur Sanson suite à un dégagement précipité d’un Pablo pressé, Sanson crochète et finit d’une lourde frappe. 2-1, l’OM reprend l’avantage. Rongier par ses courses incessantes et son pressing est, indirectement, décisif dans un match très important. Ce pressing très haut et tout terrain des olympiens, dans un match d’une telle importance et à ce moment de la partie, est un symbole de plus de l’intériorisation du style Villas-Boas par l’équipe et Rongier en premier.

Alors que l’OM mène et pourrait gérer en faisant rentrer des joueurs à caractères défensifs comme ce fut beaucoup trop souvent le cas ces dernières saisons, ici l’infatigable Rongier une fois encore, continue de presser. Dans ses 40 mètres sur cette image, le pressing phocéen non seulement dure et perdure mais a lieu partout, tout le temps sur le terrain et ne se borne pas à presser un Bordeaux en difficulté à la relance.

Et pour ceux qui trouveraient encore à dire sur ses qualités balle au pied ou pour être décisif, Valentin Rongier dans la foulée de cette formidable récupération s’en va même délivrer une passe décisive. Après une course de plus de 40 mètres ! Si on devait résumer son jeu en une action, ça serait celle-ci. Du pressing, des qualités balle au pied et une grande qualité de passe enfin. A son arrivée pourtant, outre les comparaisons hasardeuses et stéréotypées avec ses compères Sanson et Lopez, beaucoup s’inquiétaient de ses talents de récupérateur. Il n’en est rien ! Sanson, Lopez et Rongier ont bel et bien trois profils différents. Rongier a des qualités de récupération que très peu possèdent et le gabarit d’un joueur n’a jamais dit sur ses qualités ou son talent.

Une mobilité et un jeu vertical essentiel dans l’animation offensive phocéenne

Ce qu’il y a d’intéressant chez Valentin Rongier, c’est l’extrême compatibilité entre ses qualités et le jeu prôné par AVB. Son atout premier étant sa mobilité extraordinaire. Rongier est, en effet, capable d’avaler les kilomètres et de parcourir inlassablement le terrain. Des qualités très utiles pour récupérer des ballons pour participer pleinement au jeu de transition de l’OM version 2019-2020. Par exemple, lors de sa dernière saison nantaise, Rongier était au bout de 10 journées, le joueur ayant parcouru le plus de kilomètres en Ligue 1 (11,8 km par match).

Cette même mobilité, permet également à Rongier de se projeter vers l’avant de manière régulière. Là encore, la compatibilité avec les principes de Villas-Boas est criante. Car Rongier n’est pas un meneur de jeu en retrait ou une sentinelle évoluant devant la défense. C’est un box-to-box qui, prioritairement, cherche la verticalité. Cette verticalité se ressent aussi statistiquement avec 1,3 passe-clé en moyenne par match, cette année.

Sur cette image extraite du match face à Rennes, illustre la capacité de projection vers l’avant de Rongier. Ici sa recherche de la verticalité lui permet d’investir la zone libre. Mais aussi de proposer une solution de passe à Sakai dans le demi-espace. De plus sa mobilité lui a permis de se défaire de Camavinga.

Rongier est également capable de participer à des circuits de balles reposant sur du jeu court, avec des combinaisons dans des espaces plus réduits. Une nouvelle fois, ses prises de risques et surtout sa mobilité lui permettent de s’offrir et d’offrir à ses partenaires des situations dangereuses.

Là encore, Rongier prend un temps d’avance grâce à sa vivacité et son appel offre une solution plus intéressante que celle proposée par Sarr. De surcroît, son déplacement permet même de combiner en triangle (Sakai-Rongier-Sarr) afin que l’action aboutisse à un centre.

En outre, Rongier est un joueur juste techniquement avec un pourcentage très élevé de passes réussies (87%). Seul Maxime Lopez fait mieux dans le milieu marseillais. Face à Bordeaux, par exemple, Rongier était le joueur marseillais ayant touché le plus de ballons, mais il était aussi celui qui en avait perdu le moins. Son niveau technique lui garantit également la maîtrise des ballons longs (2,4 en moyenne par match), ce qui lui permet d’appliquer l’idée de renversement du jeu, instaurée par Villas-Boas depuis sa prise de poste.

Ici, les Brestois sont en supériorité numérique (7 contre 5). L’OM est donc mis en difficulté par le bloc breton, d’où la nécessité d’écarter le jeu via un renversement. Sakai offre une solution pertinente en s’engouffrant dans l’espace laissé à droite, Rongier prend l’information et transmet proprement au Japonais. Les lignes brestoises sont ici brisées par la transversale de l’ex-nantais.

Cependant, il manque encore à Valentin Rongier une flèche à son arc : être décisif. Malgré 1,8 tir tenté par match en moyenne, le milieu français n’a toujours pas trouvé les filets, en dépit de tentatives souvent dangereuses. Du côté des passes décisives, le bilan est légèrement mieux avec une offrande, nous l’avons vu, distribuée pour Radonjic contre Bordeaux. Mais cela tranche, avec sa dernière saison nantaise où Rongier semblait avoir franchi un cap statistiquement (4 buts et 6 passes décisives en Ligue 1).

Ici à l’image, la tendance de Rongier pour tirer à l’entrée de la surface (les 2/3 de ses frappes cette saison). Cette situation se répète notamment lors de corners.

Dans cette affaire tous les voyants sont au vert. Un transfert au montant correct et souhaité par toutes les parties, des performances très bonnes.Mais aussi un profil idoine dans le système AVB. Sans compter un aspect non négligeable quant à la politique sportive du club : l’acquisition d’un joueur à valeur marchande élevée. De quoi mieux respirer face à la pression du fair-play financier et entrevoir la fin de l’éternel problématique de la masse salariale olympienne souvent plombée par ses trentenaires. En dépit d’une progression indéniable ces dernières saisons quoique relativement lente, Valentin Rongier peut et doit progresser dans les trente derniers mètres adverses et se faire plus décisif. En attendant qu’il ne soit encore plus complet qu’il ne l’est déjà, il fait un bien fou à l’OM…

Maël Kebabsa et Blaise

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