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Rudi Garcia est-il si mauvais que ça ?

A l’été 2015 le quotidien italien La Reppublica annonçait que l’entraîneur de l’AS Roma, un certain Rudi Garcia, avait refusé de remplacer Carlo Ancelotti au Real de Madrid. Si aujourd’hui, cette anecdote suscite l’incrédulité, voire le rire, elle n’en demeure pas moins très révélatrice du changement de perception dont est victime Rudi Garcia.  Longtemps considéré comme l’un des meilleurs techniciens français, l’un des rares à combiner réussite nationale et étrangère, il est actuellement vu comme un coach très moyen, même médiocre pour certains. 
Alors est-il si mauvais que ça Rudi Garcia ?

Un entraîneur jugé initialement positivement 

Rudi Garcia lors de la victoire de Lille en Coupe de France lors de la saison 2010/2011.

Rudi Garcia compte d’abord de multiples réussites à son actif. Il a su performer avec des clubs de moindre envergure. À Dijon ( avec une montée du National à la Ligue 2 ) ou au Mans avec une saison 2007-2008 très positive (une 9 ème place et l’émergence d’une génération de joueurs prometteuse : Pelé, Sessègnon, Gervinho ou encore De Melo ).  Garcia a également remporté des titres comme à Lille lors de la saison 2010-2011 qui est marquée par le doublée coupe-championnat. Il a également prouvé qu’il était capable de réussir hors de France lors de son passage à l’AS Roma, où Garcia termina deuxième derrière l’intouchable Juventus entre 2013 et 2015. 
Enfin Garcia dispose aussi de références européennes puisqu’il a emmené l’OM en final de l’Europa League en 2018 mais également franchi deux fois les poules de la Ligue des Champions avec la Roma et l’OL. 

Rudi Garcia avec l’idole romaine Francesco Totti.

En outre Garcia est réputé pour sa capacité à bien faire jouer ses équipes. Lors de sa conférence de presse d’intronisation comme entraineur de l’OL il déclara «  J’ai toujours pensé qu’en jouant bien, on avait plus de chances de gagner beaucoup de matchs, plutôt qu’en se concentrant uniquement sur le résultat ». Se voulant adepte d’un 433 reposant sur un jeu court et des redoublements de passes,Garcia fait reposer son animation offensive sur ses deux ailiers qui doivent être capable de prendre la profondeur et de repiquer dans l’axe, à la manière d’un Gervinho ou d’un Florian Thauvin. 

Le natif de l’Essone peut également faire preuve d’innovation tactique, les exemples de Florenzi évoluant comme ailier droit, Bouna Sarr défenseur droit ou plus récemment Maxwell Cornet comme défenseur gauche illustrent ce fait.  De plus sous sa houlette de nombreux joueurs ont connu une véritable progression : Rami, Gervinho, Cabaye, Thauvin, Ocampos, Manolas, Strootman, Lopez, Sarr, Sow…

Des problèmes structurels et un déclin progressif

Car la difficulté principale de Rudi Garcia, celle qui aura empoisonnée toute sa carrière, c’est une incapacité chronique à battre les équipes ayant un niveau supérieur à la sienne. Si c’est à l’OM que cette tendance est apparue au grand jour, avec un bilan cataclysmique face aux clubs du top 3 (1 victoire, 3 nuls et 13 défaites), celle-ci est existante depuis ses débuts à Lille. En effet, pendant ses cinq années au LOSC, Garcia n’aura remporté que 25% des matches majeurs (l’opposant à un membre du top 4 ou en coupe d’Europe). 
A Rome, la tendance est un peu meilleure, mais reste dans la même lignée avec 34% de « gros matchs » remportés. Un dernier chiffre, illustrant les difficultés de Garcia dans les matchs à enjeux, est son ratio de point par match en LDC qui s’élève à 0.85, soit la moyenne la plus faible pour un coach ayant disputé au minimum 20 matchs dans cette compétition.

Rudi Garcia lors de sa dernière saison catastrophique à Marseille.

Au-delà de ses échecs répétés dans les « gros matchs », sa rigidité tactique peut aussi être pointée du doigt. Car Garcia donne parfois l’impression de ne maîtriser que son 433, ce qui le pousserait à s’enfermer dans cet unique schéma de jeu. De ses débuts à Dijon à sa première saison avec l’OM il n’aura utilisé quasi-exclusivement ce système. La remise en question intervenant enfin après deux défaites sanglantes à la fin de l’été 2017 contre Monaco (6-1) et Rennes (3-1).

Un autre point extrêmement négatif chez Rudi Garcia est sa communication. Pourtant elle n’a pas toujours été catastrophique et notamment en Italie. Par exemple après une victoire 2-0 contre la Lazio qui mettait fin à deux années de non-succès dans le derby romain, Garcia déclara en conférence de presse « nous avons remis l’église au centre du village ». Cette punchline très appréciée des tifosis romains, signifiait que la Roma, après deux saisons ternes, était de retour pour jouer le podium de la Série A.  Cela tranche donc énormément avec l’impression donnée en France. Où Garcia à de nombreuses reprises (et particulièrement à Marseille) a réalisé des conférences de presses absolument lunaires : « on est éliminé d’un match qu’on a gagné » (après une défaite en Coupe de Ligue au TAB à Rennes) , « je me déplace à Francfort pour gagner et augmenter notre coefficient UEFA » (pour finalement aligner une équipe B et perdre 4-0),« nous n’avons pas besoin de recruter un numéro 9 pour la saison prochaine » (malgré le fait que l’OM ait passé 75% de son mercato d’été 2018 à courir en vain derrière Balotelli), « On a pris 20 buts en 6 matches et 6 buts en 15 matchs. Vendredi (contre Montpellier), il faudra la défense qui prend 6 buts en 15 matches, qui est peut-être la meilleure défense de France » (forcément si on enlève les performances négatives d’un bilan global, il ne peut rester que le positif).

En outre la gestion des mercatos, est là encore une donnée très négative concernant Rudi Garcia. Car ce dernier apprécie avoir la gestion exclusive des transferts. Or Garcia a tendance à faire travailler ses propres agents en priorité (le transfert de Sertic en janvier 2017 à l’OM). Mais il privilégie également ses anciens joueurs, malgré le fait que ces derniers n’ont pas toujours gardé leur niveau d’antan (l’exemple de Strootman). Il convient donc de strictement encadrer les pouvoirs de Garcia, car lorsque ses marges de manœuvres sont trop grandes, le résultat peut s’avérer désastreux comme avec les 200 millions d’euros censés permettre le développement de « l’OM Champion’s Project ».

Quel avenir pour coach Garcia ?

Rudi Garcia lors de sa présentation à Lyon.

Incapacité à produire du jeu, résultats extrêmement mitigés, communication balbutiante et crise avec les supporters, ses débuts lyonnais s’inscrivent dans la même lignée que sa fin marseillaise.  La seule performance positive du Lyon de Garcia étant, pour l’instant, la qualification pour les 8 ème de finales de la Ligue des Champions. Mais cette stuation, qui relève du miracle, est surtout liée à une conjoncture favorable (la victoire de Benfica sur le Zenith et le relâchement de Leipzig en deuxième mi-temps). Sylvinho aura d’ailleurs remporté autant de points que Garcia en deux matchs. Seulement 12 ème d’une Ligue 1 historiquement faible, Garcia n’a pas le choix il doit impérativement redresser son équipe malgré les blessures de Depay et de Reine-Adélaïde. Car si sa côté reste plutôt bonne en Italie, un nouvel échec à Lyon signerait sûrement la fin de sa crédibilité française. 

En définitive, Rudi Garcia n’est pas un mauvais coach, il a même par le passé été plutôt bon . Cependant, il semble sur le déclin comme en témoigne sa dernière saison en totale roue libre à Marseille et ses débuts à Lyon.

Selon moi, quatre points handicapent lourdement ses capacités d’entraîneurs : une communication désastreuse, des échecs répétés dans les matchs à enjeux, une mauvaise gestion des mercatos et une vision passéiste du football. Sur le plan tactique et notamment en ce qui concerne les nouveaux outils d’analyses (principalement statistiques) utilisés aujourd’hui.

Pour retrouver son niveau, Garcia devrait donc se transformer radicalement sur ces quatre points, mais peut-on encore changer après 50 ans ?

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