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Tirage au sort de l’Euro 2020 : La France dans le groupe de la mort avec l’Allemagne et le Portugal !

Le couperet est tombé pour notre équipe de France : placée dans le groupe de la mort avec l’Allemagne et le Portugal, le parcours s’annonce des plus sinueux pour nos Bleus. Dans un Euro 2020 étalé dans toute l’Europe et plus indécis que jamais, analysons ensemble les différentes forces en présence qui pourraient se mettre en travers du chemin des hommes de Didier Deschamps. Une chose est sûre : les matchs vont être de toute beauté !

Un tirage au sort pratiquement sans suspens

Petit retour et coup de gueule inaugural sur le tirage au sort. Il a été critiqué de toute part, que ce soit de la part des Belges ou encore récemment Joshua Kimmich, pour son manque de suspens. Il faut dire qu’avec la nouvelle Ligue des Nations en plus de la formule-même de cet Euro, difficile de trouver un réel intérêt au tirage.

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Crédit : Bein Sports

En effet, l’édition 2020 se déroule dans douze pays différents, allant de l’Azerbaïdjan à l’Angleterre, pour célébrer les 60 ans de la compétition. Ce qui déterminait déjà beaucoup de choses. Les pays organisateurs, qui accueillent chacun trois rencontres d’un même groupe, avaient la garantie de recevoir au moins deux matchs de poule en cas de qualification de leur sélection. L’Italie qui disputera le match d’ouverture à Rome, la Russie, le Danemark, les Pays-Bas, l’Angleterre, l’Espagne et l’Allemagne ont ainsi déjà leur place dans le tableau à ce titre. La Belgique et l’Ukraine étaient en outre envoyés d’office respectivement dans les groupes B et C.

Les Belges connaissaient même leurs adversaires avant même le tirage au sort, la Russie ne pouvant affronter l’Ukraine, pour des raisons politiques. On s’est donc retrouvé avec un tableau tronqué, retirant toute la joie et le suspens d’un tirage au sort, pour satisfaire une formule bancale. Il fallait un groupe de la mort et c’est sur les Bleus que c’est tombé.

Le groupe de la mort est pour la France !

La légendaire chatte à Dédé, en service depuis 2014, s’est brusquement éteinte ce samedi 30 novembre. Point de Suisse-Albanie-Roumanie comme en 2016, là, on est sur du sérieux. Ce n’est pas moins que l’Allemagne et le Portugal qui peupleront le fameux groupe de la mort. Un petit rappel de 2008, où la France s’était retrouvée avec l’Italie et les Pays-Bas, pour le résultat que l’on connaît.

Crédit : Winamax Sport

En plus d’un barragiste (qui pourrait être notamment l’Islande), on a donc dans ce groupe F les deux derniers champions du monde, ainsi que le dernier champion d’Europe. Trois des quatre demi-finalistes de la dernière édition du championnat d’Europe. Bref, que du lourd. Analysons donc les futurs adversaires de nos Bleus, pour dédramatiser une situation qui paraît très compliquée de prime abord.

Une Allemagne jeune, ambitieuse mais déséquilibrée

Après une Coupe du Monde catastrophique, Joachim Low était tout proche de prendre la porte. Surtout après la défaite contre les Bleus au Stade de France, deux buts à un. La défense à 5, souvent utilisée lors des grands matchs, n’a pas tout le temps porté ses fruits. La cinglante défaite à domicile 4 à 2 contre les Pays-Bas a montré une Allemagne friable défensivement, qui produit énormément de jeu mais qui s’expose aux contres.

Sur les derniers matchs des éliminatoires, Low est revenu à quatre défenseurs. Les résultats se sont vite fait sentir : un seul but pris en quatre rencontres. Cette animation avec Klostermann et Hector sur les ailes, avec Emre Can et Tah en défense central ramène une solidité qui était un peu partie. Même si avec un Neuer revenu à son meilleur niveau et le meilleur gardien actuel Ter-Stegen, l’Allemagne présente énormément de garanties défensives.

Joshua Kimmich, couteau suisse. Crédit : AFP – DPA – FEDERICO GAMBARINI

Cette défense est également plus efficace parce que le milieu est renforcé. Que ce soit en 4-3-3 ou un 4-2-3-1 évolutif selon les phases défensives ou offensives, le Boy’s band KKGG (Kroos-Kimmich-Gundogan-Goretzka) est la vraie définition du bonheur pour les amoureux du football. Et notamment Joshua Kimmich, toujours plus fort, quelque soit sa place sur le terrain.

Serge Gnabry, machine à buts. Crédit : Icon Sport

Mais en plus d’être cohérent, malgré quelques faiblesses défensives, l’Allemagne s’appuie énormément sur sa jeunesse. En attaque, que ce soit Brandt, Gnabry ou Werner, c’est très fort, très rapide et surtout très jeune. Gnabry s’épanouit complètement sous Low, avec 13 buts en 13 matchs ! L’Allemagne est une équipe joueuse et extrêmement ambitieuse. Reste à savoir si lorsque l’enjeu grimpera d’un cran, elle saura être tueuse.

La Mannschaft sera à coup sûr un adversaire de très haut niveau pour les Bleus, surtout pour un match d’ouverture sur leurs terres de Munich des plus séduisants. Réussir à performer d’entrée contre l’un des favoris à la victoire finale sera un vrai défi pour Didier Deschamps, qui ne pourra pas faire monter doucement son équipe en température.

Un Portugal laborieux mais talentueux

Après l’Allemagne, la France jouera le match à impérativement gagner contre la quatrième équipe qualifiée. La Hongrie chez elle pourrait être compliquée, tout comme l’Islande mais normalement, les Bleus doivent l’emporter sans coup férir.

Le dernier match de poule les opposerait ensuite contre le Portugal, pour la revanche de 2016. Si les Portugais représentaient l’équipe la plus forte du chapeau C, elle reste extrêmement dépendante de Cristiano Ronaldo. Et même s’il enfile les buts comme les perles et ne semble pas connaître la vieillesse, son équipe sort d’une phase de poules extrêmement laborieuse.

Le maître et l’élève.

Leur jeu n’a pas réellement évolué en quatre ans, toujours sous la houlette de Fernando Santos. L’équipe est solide, est toujours aussi talentueuse en attaque mais ne semble jamais être prête à produire du jeu. Pourtant, l’apport du nouveau joyaux João Félix est indéniable mais il manque un sens du collectif. Si le Portugal s’en était sorti il y a quatre ans en poules, ils avaient eu extrêmement chaud. Et dans un groupe où ils enchaîneraient Allemagne puis France sur leurs deux derniers matchs, pas le droit à l’erreur dès le départ.

Et pour ceux qui auraient peur des légendaires 0-0 signés Deschamps pour le dernier match de la phase de poule d’une compétition internationale, inutile de rappeler que si la France avait l’opportunité de sortir le Portugal, ils ne s’en priveraient pas.

Et la France dans tout ça ?

Enfin, c’est bien beau de parler des deux adversaires connus des Bleus, mais il faut également discuter de l’état de nos joueurs français. La phase de poules n’a pas toujours été de haut niveau, notre équipe de France ne produisant pas souvent énormément de jeu. C’est toujours la crainte après un succès mondial : ne pas se renouveler et se crasher dès la prochaine échéance.

Sur ce point, Didier Deschamps ne rassure pas vraiment. Le sélectionneur a gardé peu ou prou le même groupe des champions du Monde de l’été 2018. Si DD a monté une équipe parfaitement calibrée pour répondre aux exigences des matchs à haut-niveau – ces matchs qui ne jouent pas, mais qui se gagnent – l’absence de fond de jeu est source de quelques inquiétudes. L’absence de Pogba s’est faite cruellement ressentir, Sissoko ou Tolisso n’offrant pas le même profil, tandis que Mbappé a continué de montrer tout son individualisme.

Toujours critiqué, rarement décevant.

Et quand Griezmann passe en courant alternatif, difficile de trouver du liant technique dans tout cela, tandis que Giroud en attaque reste la seule option valable, du moins selon Didier Deschamps. Il ne faut pas douter de la capacité de DD à créer un groupe et une équipe faite pour les grandes échéances, et la France sera un des grands favoris à l’Euro. Avec une défense solide (surtout avec Pavard, Varane et surtout Hernandez), deux flèches et deux leaders techniques, les Bleus ont de quoi faire. Attention néanmoins à ne pas uniquement se reposer sur ses acquis et à prendre quelques risques. La désillusion pourrait être grande.

Analyse du parcours possible de la France

Mettons sur la table notre boule de cristal et étudions deux des trois cas de figure possible pour nos Bleus. En effet, si la France finit troisième, deux cas de figure s’offrirait à elle et il faut avoir la médaille Fields pour comprendre le système des meilleurs troisièmes. Pour les équipes rencontrées, je prendrais bien évidemment les favoris à chaque fois.

Si les Bleus finissent premiers de leur groupe

Si la France sort première de son groupe, c’est presque une voie royale qui s’offre à elle. Complètement propulsée par de bons résultats face à de grosses équipes, elles joueraient un des meilleurs troisièmes – probablement le Pays de Galles, la Suisse ou le Danemark – ce qui est largement à leur portée.

Qui fait le malin tombe dans le ravin Gareth… Crédit : Getty Images

Puis ce serait la Croatie ou la Suède qui se dresseraient sur notre chemin. Une revanche face au Croate aurait une saveur toute particulière, bien que l’équipe croate ait perdu en qualité depuis leur formidable parcours à la Coupe du Monde. Pour la Suède, elle reste une équipe sérieuse mais, pour un quart de finale, cela reste un tirage incroyablement favorable. Que, pour le coup, nos Bleus auront bien mérité.

Pour la demi-finale en revanche, quel que soit le favori, la rencontre sentira le soufre. Cela pourrait être une Italie qui a retrouvé de très belles couleurs sous la houlette de Roberto Mancini et qui sort d’une phase de poules parfaite. Avec un beau mélange de jeunes joueurs – Chiesa, Pellegrini, Sensi, Barella – et des tauliers – Verratti, Immobile, Jorginho – les Italiens seraient une menace sérieuse. Je les pense néanmoins pas assez rompus aux joutes du très haut niveau européen pour passer leur adversaire des quarts de finale qui n’est autre que… la Belgique !

Il y a des images qui donnent la pêche.

Et oui ! Deux ans plus tard, quasiment jour pour jour, on retrouverait nos amis belges pour une revanche de la fameuse demi-finale de la Coupe du Monde. L’affiche serait savoureuse et symbolique, pour ce qui ressemble à une dernière chance pour la génération dorée belge de soulever un trophée. Elle-aussi sortant d’une phase de poule parfaite et avec ses talents à tous les postes, elle fait figure de grande favorite de cet Euro 2020, ayant enfin prouvé qu’elle pouvait battre les gros avec leur victoire face au Brésil.

Crédit : AFP

Enfin, la finale pourrait leur faire retrouver l’Angleterre pour un Crunch version football, l’Espagne pour un match aux allures de corrida ou encore les Pays-Bas et leur génération incroyablement talentueuse menée par celui qui devrait être Ballon d’Or si Messi n’existait pas (Van Dijk). Sauf si, encore une fois, les Allemands décident de nous retrouver pour une revanche.

Si les Bleus finissent deuxièmes

Ce parcours serait savoureux, parce que l’on aurait tout gagné. Pourtant, pour la beauté du football, si la France finissait deuxième, elle devrait réaliser des travaux herculéens pour arriver à soulever son troisième Euro.

En huitièmes, place à la Perfide Albion. Nos ennemis les Anglais, bien trop surestimés à la dernière Coupe du Monde, représenterait un adversaire de taille aussi tôt dans la compétition. Plus forts mentalement et bénéficiant de joueurs rompus au rythme effréné de la Premier League, l’Angleterre de Southgate s’avance comme l’une des équipes favorites du tournoi. Et si l’on se fait souvent humilier au rugby, ce match aurait une toute autre allure.

Autre adversaire historique, même si c’est davantage au basket, ce serait l’Espagne qui se mettrait sur notre chemin en quarts. Même si cela fait plus de treize ans, le souvenir d’un huitième de finale en 2006 où un môme nommé Ribéry et un génie nommé Zizou ont renvoyé les Espagnols chez eux est encore vivace. Depuis, les Espagnols ont régné sur l’Europe et le monde mais restent sur deux campagnes désastreuses. Les imbroglios au poste de coach n’ont pas aidé l’équipe à se stabiliser et l’Espagne a les pieds un peu trop fragiles pour incarner un réel favori.

Crédit : Getty Images

A mes yeux, le vrai favori de cette compétition arriverait en demie : les Pays-Bas. Les Oranges ont une génération de feu, avec la pépinière de l’Ajax. De Jong et De Ligt, même en difficulté depuis leur départ, restent incontournables en sélection. Van Dijk est le saint-patron et Wijnaldum ne cesse d’étonner à LIverpool. Enfin, Memphis Depay s’impose comme la menace offensive numéro une, rajoutant une pincée de folie dans la recette batave. Un très gros morceau, qui rappelle les Pays-Bas de 98 ou 2000, des équipes au jeu léché et ambitieux mais qui se sont cassés les dents face à plus froids. Faîtes revenir Dennis Bergkamp…

Enfin, on attendrait tous le France-Belgique en finale, qui, quel que soit le gagnant, délivrerait à la planète Terre une quantité de memes capable de nous sustenter pour les cinquante années à venir. Entre deux peuples qui se chambrent constamment et dont l’inimitié est encore vive, ce serait la folie. Ainsi qu’un vrai match de foot.

Vous l’aurez compris, la France ne va pas avoir la tâche aisée dans cet Euro 2020. Il faut croire qu’à formule particulière, réussite particulière. C’est un mal pour un bien : les Bleus seront obligés de rentrer très vite dans la compétition et ne pourront pas tricher ou se reposer. En outre, voir des France-Allemagne ou France-Portugal d’entrée, cela réjouit nos petits coeurs d’amoureux du football. Dans un Euro 2020 qui s’annonce plus indécis que jamais, l’équipe de France devra cravacher. Cela sera dur, mais qu’est-ce que ça pourra être beau


Crédit photo de couverture : AFP/Bertrand Guay

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