FootballLigue 1

Tüchel finira-t-il comme Emery ?

Emery et Tuchel partageront-ils le même destin ?

Ils ne viennent pas du même territoire, l’un est bavarois et l’autre basque. Pourtant les points communs entre Thomas Tuchel et Unai Emery sont légions . Un parcours quasiment similaire avec une expérience de joueur médiocre, que compense une carrière d’entraîneur positive. Mais aussi des traits de caractère : une véritable passion du football, une impressionnante rigueur de travail et une même incarnation de l’autorité.
Enfin au niveau des idées Emery et Tuchel sont des apôtres du jeu de transition et de la flexibilité tactique, avec une référence les réunissant en la personne de Pep Guardiola.
Et cerise sur le gâteau, tous deux doivent leurs nominations au prince Al-Thani (propriétaire du PSG). A l’inverse de Carlo Ancelotti qui était lié au directeur sportif de l’époque, Leonardo. Quant à Laurent Blanc il n’était que le quatrième ou cinquième choix du board parisien.

Car Tuchel et Emery font face au même objectif, faire passer un cap au PSG en Ligue des Champions. Malgré ses qualités évidentes le basque a échoué, dès lors le bavarois suivra-t-il le même chemin ?

Des problématiques communes

Tuchel fait face au même problèmes que son prédécesseur.

La comparaison entre Tuchel Emery est pertinente car leurs parcours respectifs à Paris semblent quasiment se refléter. 
On retrouve le même problème d’autorité concernant l’hygiène de vie (le meilleur exemple étant Verratti) ou l’engagement des joueurs parisiens (les multiples fins de saisons en roue libre), dont le poids au club demeure toujours aussi excessif. Là où Unai Emery dut plier face au refus de son vestiaire de pratiquer son jeu de transition (après une défaite 2-0 à Toulouse en septembre 2016). Thomas Tuchel s’inclina face à la vedette du club Neymar comme l’avait très bien résumé le journaliste de l’After Foot, Daniel Riolo « devant Neymar,  il se couche. Il lui cire les pompes, il lui range ses fringues. C’est horrible ».

Pourtant par le passé, Tuchel et Emery surent faire preuve d’autorité. Le premier n’hésitait pas à vider les placards de Gundogan, car il jugeait son alimentation inadéquate avec les exigences du football professionnel. Quant au second il ne fut pas réticent à avoir une entrevue virile, d’homme à homme, avec son attaquant star Carlos Bacca. A croire que l’institution parisienne est si faible, qu’elle rend amorphe n’importe quel individu essayant d’instaurer une rigueur au sein du club. 

Car sans autorité et professionnalisme, le PSG ne peut progresser mentalement. Or si le club de la capitale a subi deux humiliantes « remontada » et n’a jamais dépassé les quarts de LDC, c’est principalement par son incapacité à affronter une situation émotionnelle forte. Emery et Tuchel réalisèrent deux des meilleurs matchs de l’histoire du PSG contre le Barça (4-0) et ManU (2-0). Mais, l’état de fragilité absolue des joueurs parisiens les conduisirent à des défaites historiques lors des confrontations retours.

La fameuse « remontada » qui hante toujours le club parisien.

En outre ces deux entraîneurs, aussi réputé pour leur maîtrise tactique, imposèrent rarement leur patte sur le jeu parisien. Pendant ses deux années à Paris, Emery n’appliqua son style que lors de quelques rencontres : contre Lyon (4-1) et Monaco (4-1) pour le Trophée des Champions 2016 et la Coupe de la Ligue 2017 ainsi que lors des matchs de LDC contre Barcelone (4-0) et Munich (3-0). Tout le reste, ne fut que pâle copie du jeu de possession stéréotypé installé par Laurent Blanc entre 2013 et 2016. Concernant Tuchel son projet souffre d’un manque de continuité, ce qui rend complètement illisible le jeu parisien sur le long terme. Certes, les blessures récurrentes qui frappent le PSG depuis quelques années (un nouvel exemple du manque d’hygiène des joueurs) n’aident pas, mais de là à utiliser 9 schémas tactiques différents (sur sa première année parisienne ), il y a tout de même un équilibre à trouver.

Thomas Tuchel en pleine action.

De plus si Tuchel et Emery partagent la notion de « remontada », ils ont tous les deux connu des revers surprenants sur la scène nationale. Si Emery peut avancer l’excuse du Monaco de Jardim version 2016-2017 pour justifier la perte du titre, Tuchel a perdu les coupes nationales face à Guingamp et Rennes…

Le Monaco 2016-2017, un des rares clubs à avoir contesté la domination nationale du PSG.

Enfin les deux techniciens ne purent et ne peuvent cohabiter avec leur directeur sportif.  Antero Henrique n’a jamais pu s’accorder avec Emery et Tuchel sur de multiples points : mercato, staff technique et gestion du centre de formation… 
Quant à Leonardo, ses relations compliquées avec Tuchel, s’expliquent principalement par la volonté du Brésilien de nommer lui-même l’entraîneur du PSG.

L’énigmatique Antero Henrique en pleine conversation avec Nasser Al-Khelaïfi et Thomas Tuchel.

Un contexte plus favorable pour Tuchel

Il existe toutefois une différence majeure concernant les trajectoires de Tuchel et d’Emery dans la capitale francilienne. Le secteur sportif du PSG, a depuis cet été, un véritable patron capable d’incarner le projet et de le mener à bien.  En effet, c’était déjà Leonardo qui avait lancé la période QSI avec un entraîneur cinq étoiles comme Ancelotti, des recrues stars (l’exemple d’Ibrahimovic), parfois toujours présentes au club : T.Silva, Marquinhos, Verratti ou encore Cavani. 

Leonardo, sauveur du PSG ?

Dès lors son retour, datant de l’été dernier, améliore considérablement la position parisienne. Le PSG a enfin fait preuve d’autorité et a su se comporter comme une véritable institution l’été dernier. Comme l’illustre l’interview de Leonardo du 31 août, après une victoire à Metz « La position de Neymar a toujours été claire. La nôtre aussi. On se parle avec le joueur. On a toujours dit la même chose depuis le début : s’il y a une proposition qui nous satisfait, il peut partir. Ça n’a pas été le cas. S’il peut rester ? Il est sous contrat avec nous (jusqu’en 2022). C’est clair. Jusqu’à présent, il n’y a pas d’accord. »

Neymar arrivera-t-il enfin à justifier le prix de son transfert en faisant passer un cap au PSG ?

De plus le mercato 2019, encore une fois l’oeuvre du DS brésilien, semble avoir permis un renforcement important de l’effectif. Avec des recrues, moins clinquantes mais plus combatives, venant combler des manques au sein du club parisien : Gueye, Navas, Diallo, Sarabia et Herrera. Le club a aussi préparé l’après Cavani avec la signature d’Icardi. Enfin sur le secteur des départs, le staff parisien a également bien valorisé les jeunes de son centre de formation. Comme en témoigne les départs de Nkunku, Weah, Zagre, Nsoki et Diaby pour 60 millions d’euros.  De surcroit les dirigeants parisiens n’ont pas prolongé des vieilles gloires sur le déclin (Buffon et Alves). Et ils se sont aussi débarrassés de plusieurs indésirables : Krychowiak, Jesé, Trapp, Areola et Rabiot.

L’environnement parisien est donc plus stable cette année, avec un effectif plus complet et un homme fort dans le secteur sportif. Ces deux facteurs peuvent donc ouvrir des perspectives plus favorables à Tuchel.  A cela, se rajoute une attitude médiatique bien différente. A l’inverse du basque, souvent moqué et rabaissé, le bavarois profite d’une forme d’immunité vis-à-vis des médias. Cette situation, étant sûrement liée au fait qu’il verrouille beaucoup moins sa communication qu’Emery.

Unai Emery, souvent moqué par les médias français.

Les clés éventuelles d’un succès parisien

Et si la lumière venait du 442 ? Ce nouveau dispositif, résolument offensif et installé depuis 2 matchs peut être la clé d’un succès parisien contre Dortmund. Car si aligner une attaque autour d’un quatuor Di Maria-Mbappé-Icardi-Neymar semble dangereux pour la gestion des transitions défensives, cette option pourrait être viable avec des attaquants mettant de l’intensité et de l’envie à la récupération du ballon. Et c’est exactement ce qu’il c’est passé lors des matchs contre Saint-Etienne et Amiens. 

Le 442 est-il la solution pour Paris ?

Cependant, de multiples fois dans son histoire récente, le PSG paraissait avoir trouvé la solution à ses problèmes récurrents. L’espérance est donc ici légitime, mais la prudence et la modestie doivent être des obligations.

En définitive, même si il est mieux armé, Thomas Tuchel devrait scruter le destin d’Unai Emery à la manière dont il regarderait une boule de cristal. Emery n’est pas complètement son passé, pourtant il est son présent et il risque aussi d’être son futur.

Thomas Tuchel fera-t-il mieux qu’Unai Emery ?


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